Publié le 07/06/2018 à 08:10 / Talluto Franck

EGA

Entre avancées et incohérences, la mobilisation se poursuit
Alors que le vote de la loi des Etats généraux de l'alimentation (EGA) a eu lieu jeudi dernier, une nouvelle mobilisation nationale se prépare pour dimanche. Eclairage avec les présidents de la FDSEA et de Jeunes agriculteurs Loire, Gérard Gallot et Rémi Jousserand.

Pour les présidents de la FDSEA et de Jeunes agriculteurs Loire, Gérard Gallot et Rémi Jousserand, les accords internationaux sont incohérents avec la politique de construction du prix mise en place dans le cadre des EGA.

Il y a quelques jours, vous avez manifesté vos inquiétudes auprès des parlementaires avec des actions au niveau des permanences face aux débats et aux nombreux amendements de la loi sur les EGA. A l'issue du vote de la semaine dernière, considérez-vous que les messages sont passés ?

Gérard Gallot : « On était effectivement très inquiets. On avait senti venir un vent défavorable pour les agriculteurs. Cela s'est mieux passé qu'on ne le craignait. Le réseau FDSEA-JA s'est largement mobilisé. On a mis la pression et cela a payé. J'en profite pour remercier les parlementaires qui ont fait le travail, dont Dino Cinieri qui a porté nos revendications. Le travail auprès des parlementaires de LREM a aussi porté ses fruits. Plusieurs amendements ont été retirés. Mais attention ce n'est pas parfait. La loi doit maintenant monter au Sénat. Il va falloir maintenir la pression. Nous serons vigilants sur la mise en application. Nous avancerons pas à pas, en s'appuyant sur les plans de filières. Nous saurons remobiliser le réseau si besoin. Malheureusement, il faut souvent en passer par là pour arriver à faire bouger les choses. »

Rémi Jousserand : « On jugera sur le résultat final. Le travail, le réseau l'a fait et l'a bien fait. Nous avons rencontré les parlementaires, apporté toutes les explications. Je dirais que les messages sont plutôt bien passés, mais qu'ils ne sont pas tous passés. Nous espérons que le Sénat va rectifier les points manquants. Nous verrons aussi comment la loi est traduite dans les ordonnances. La loi n'arrêtera pas le travail des filières. Nous serons vigilants jusqu'au bout. Si tout va dans le bon sens, il nous faudra vérifier que tout est bien appliqué. Enfin, je resterais nuancé sur la participation des députés ligériens. Certains étaient relativement absents lors des votes. » (lire l'encadré ci-dessous)

Ces avancées législatives sont-elles suffisantes ? Qu'allez-vous dénoncer lors de la mobilisation sur les raffineries à partir de dimanche ?

R.J. : « On va être obligé de faire une démonstration de force sur les raffineries. Notre objectif est de montrer les incohérences et notre ras-le-bol face à celles-ci. Dans la loi sur l'alimentation et le commerce, on rééquilibre les rapports de force entre les maillons de la filière. Dans le même temps, on crée un déséquilibre au niveau international. Concernant l'importation d'huile de palme, nous sommes concernés de façon indirecte dans la Loire, sur le plan de la protéine. N'oublions pas qu'en toile de fond, c'est bien de la rémunération des agriculteurs qu'il s'agit. Encore une fois, c'est le moment de se mobiliser et d'y croire. C'est un appel national, on ne peut pas ne pas y être. Mobilisons-nous ! »

G.G. : « Nous sommes toujours inquiets par rapport aux différents accords signés tout azimut avec le Mercosur, le Mexique, l'Océanie... en complète incohérence avec les EGA. Le blocage des raffineries dimanche et pendant quelques jours a pour objectif de montrer notre mécontentement face à ces incohérences. Nous voulons aussi alerter les élus et l'opinion publique sur l'augmentation des charges qui pèse sur notre revenu. Si nous avons résisté à la crise, c'est aussi parce que les charges n'avaient pas augmenté. Hors, actuellement, on constate de véritables augmentations, sur le carburant en particulier. Améliorer le revenu des exploitations passe par l'augmentation de la valeur des produits mais aussi par la diminution des charges. Il faut nous battre pour ne pas laisser brader notre agriculture. Si on ne réagit pas aujourd'hui, ce sera trop tard après. Nous devons rester mobilisés. »

Les propositions législatives de la Commission européenne pour la Pac 2021-2027, présentées vendredi, annoncent des baisses de budget pour la France, une ombre de plus au tableau ?

R.J. : « C'est un coup de poignard dans le dos des agriculteurs. Les politiques nous donnent l'impression de ne plus croire en l'agriculture. Nous avons mené un gros travail pendant les EGA, nous avons fait des propositions pour ramener du revenu sur les exploitations. On a l'impression qu'il n'y a pas d'ambition au niveau européen. »

G.G. : « Ceci n'est pas tenable. Surtout, il faudra rester vigilants à ce que le budget qui est destiné à l'agriculture ne soit pas utilisé à d'autres fins. Je pense aussi à la Pac actuelle, notamment sur les budgets montagne et bio pour lesquels les engagements ne sont pas tenus. L'Etat a fait des choix et doit les assumer. »

Propos recueillis par Anaïs Labrosse

 

 

Participations des députés ligériens

Le site internet de l'assemblée nationale permet une consultation publique des données sur les votes des parlementaires durant les travaux du 22 au 30 mai 2018 sur le projet de loi pour l'équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine et durable. En voici une synthèse :
- Dino Cinieri (4e circonscription) : vote final de la loi : abstention ; 45 votes d'amendements (sur 103) ; 6 jours de présence (sur 7 de travail sur les amendements) ;
- Régis Juanico (1re circonscription) : vote final de la loi : contre ; 1 vote d'amendements (sur 103) ; 1 jour de présence (sur 7 de travail sur les amendements) ;
- Valéria Faure-Muntian (3e circonscription) : vote final de la loi : pour ; 11 votes d'amendements (sur 103) ; 2 jours de présence (sur 7 de travail sur les amendements) ;
- Nathalie Sarles (5e circonscription) : vote final de la loi : pour ; 15 votes d'amendements (sur 103) ; 2 jours de présence (sur 7 de travail sur les amendements) ;
- Jean-Michel Mis (2e circonscription) : vote final de la loi : pour ; 4 votes d'amendements (sur 103) ; 1 jour de présence (sur 7 de travail sur les amendements) ;
- Julien Borowczyk (6e circonscription) : vote final de la loi : pour ; 32 votes d'amendements (sur 103) ; 5 jours de présence(sur 7 de travail sur les amendements).
Source : site internet de l'assemblée nationale

 

dossier complet à retrouver dans notre édition papier datée du 8 juin 2018
Mots clés : FDSEA JA LOIRE AGRICULTURE ASSEMBLÉE NATIONALE GÉRARD GALLOT DÉPUTÉS PARLEMENTAIRES RÉMI JOUSSERAND ETATS GÉNÉRAUX DE L'ALIMENTATION