Publié le 21/02/2018 à 15:40 / Talluto Franck

Accords de libre échange

Etat Général d'Agacement
Mercredi 21 février, les agriculteurs de la FDSEA et de Jeunes agriculteurs de la Loire ont répondu présent à l'appel lancé par le réseau national pour manifester contre les accords de libre échange avec le Mercosur, une semaine après une première mobilisation départementale.

Les manifestants ont organisé des barrages filtrants avec distribution de tracts au niveau de la sortie Terrenoire dans le Stéphanois (photo) et de l'échangeur de Balbigny dans le Roannais.

A l'appel des réseaux nationaux et coordonnée à l'échelle régionale par la FRSEA Aura, la mobilisation a été suivie dans la grande majorité des départements concernés mercredi 21 février. Dans la Loire, elle s'est concrétisée par le blocage de routes, l'affichage de banderoles, la distribution de tracts et les visites de permanences parlementaires de La République en marche. Malgré quelques automobilistes agacés, le message est globalement approuvé, comme en témoignent les nombreux commentaires de soutien sur les réseaux sociaux. En effet, le Gouvernement a récemment annoncé la signature des accords de libre échange entre l'UE et le Mercosur, notamment lors du Congrès national de la FNB.

 

De quoi faire bondir les éleveurs ligériens, qui ont souhaité exprimer leur inquiétude dès la semaine dernière, aux sous-préfectures de Montbrison et de Roanne. Comme en témoigne Gérard Gallot, le président de la FDSEA42 : « Nous avons tenu à réagir rapidement. L'objectif était d'alerter l'Etat sur l'inquiétude que nous avons par rapport ces accords et leurs impacts sur le pays, sur les éleveurs et en particulier dans notre département. » Pour Rémi Jousserand, président de Jeunes agriculteurs Loire, « il était urgent de tirer la sonnette d'alarme » sur des secteurs où l'on imagine difficilement d'autres productions que l'élevage : « Rappelons que 40 % des installations dans la Loire sont en bovin viande. Comment un jeune qui s'installe aujourd'hui peut-il réaliser son plan d'entreprise avec des prix qui ne couvrent pas les coûts de production ? »

 

Dans le Roannais, les éleveurs sont inquiets eux aussi, dans un contexte déjà difficile et des cours à la baisse. Avec un différentiel de prix de l'ordre de 5 euros par kilo de viande bovine, c'est tout le secteur allaitant qui est menacé par les accords de libre échange avec le Mercosur, y compris les emplois induits par l'élevage.

A contre-courant

Sont pointées du doigt : les incohérences entre les accords internationaux en cours et l'ambition alimentaire portée lors des Etats généraux de l'alimentation (EGA). Pour Rémi Jousserand, « c'est un coup de plus porté à l'agriculture, dans un tournant agricole où l'on attendait beaucoup des EGA. Les exploitants ont beaucoup travaillé sur leurs coûts de production face à la crise et pour proposer des solutions. Ces accords vont à contre-courant de l'idée de traçabilité dans la construction du prix du producteur jusqu'au consommateur. C'est une perte de valeur pour notre agriculture ».


Gérard Gallot précise : « Nous ne sommes pas contre les accords internationaux, mais ceux-ci doivent prendre en compte les différences dans les règles et les modes de production des pays. »
Pour Maxime Brun, président de la Section bovine de la FDSEA, c'est une véritable « concurrence déloyale » qui est imposée aux éleveurs français : « On ne peut pas exiger que les éleveurs français répondent à des normes environnementales, sociétales et de bien-être animal toujours plus importantes tout en laissant entrer de la viande des pays d'Amérique du Sud, produite dans des conditions d'élevage qui sont très loin de celles garanties en France. »

 

Ces deux premières vagues de manifestations devraient donner suite à de nouvelles mobilisations dont on ne connaît pas encore la teneur. « Il faudra que l'on soit offensifs dans la durée » a déclaré Gérard Gallot.

Les consommateurs trompés

« N'oublions pas le CETA, traité entre le Canada et l'UE qui devrait être ratifié prochainement, rappelle Maxime Brun. Les conditions d'élevage de type feed lots sont loin de correspondre aux attentes des consommateurs français. » Les consommateurs, justement, sont l'autre cible des manifestations : « Nous voulons les alerter. Car cette viande, on ne va pas la retrouver dans les rayons des supermarchés, mais dans la restauration hors foyer, c'est-à-dire les maisons de retraite, les hôpitaux, les écoles... Il faut savoir que déjà 70 % de la viande consommée dans ces établissements est importée. » Pour Gérard Gallot, il est nécessaire de « rappeler aux consommateurs qu'ils peuvent avoir des exigences envers les producteurs français mais qu'ils doivent aussi en avoir auprès du gouvernement ».

 

Les manifestations sont l'occasion d'interpeler les sous-préfets et les députés sur d'autres sujets d'inquiétudes qui pèsent sur l'élevage dont la révision des zones défavorisées simples. « Nous avons appris que 200 communes de la région sortiraient de la carte, pourtant actée en avril 2017 et qui nous convenait, explique Gérard Gallot. Actuellement, nous ne savons pas encore de quelles communes il s'agit, mais nous restons vigilants et nous saurons mettre la pression si nécessaire. » Le président de la FDSEA rappelle également que « nous sommes dans une période de négociation au niveau des entreprises sur les prix des produits dont le Salon de l'agriculture est le point final. Nous savons d'ores et déjà que certaines GMS ne joueraient pas le jeu. Nous allons peser dans ces négociations pour que la charte signée lors des EGA soit réellement appliquée ».

Anaïs Labrosse
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