Publié le 31/12/2017 à 08:55 / Talluto Franck

Portrait

Il y a cinquante ans, la Stéphanoise Christiane Lillio était élue Miss France
Dans la nuit du 31 décembre 1967 au 1er janvier 1968, le titre de Miss France 1968 revenait à la Stéphanoise Christiane Lillio, âgée alors de 17 ans. Cinquante ans plus tard, c'est en sa qualité de présidente du comité Miss Prestige national qu'elle prépare la finale du 13 janvier. 26 jeunes femmes brigueront ce titre lors d'une soirée organisée à la Comédie de Saint-Etienne et retransmise en direct sur une vingtaine de chaines de télévision locales dont TL7.

Christiane Lillio, Miss France 1968, préside le comité Miss Prestige national. Celui-ci organise sa finale à Saint-Etienne le 13 janvier.

C'est un joli clin d'œil. Pratiquement cinquante ans jour pour jour après son élection comme Miss France 1968, Christiane Lillio couronnera à son tour une jeune femme et la soirée aura lieu chez elle, à Saint-Etienne. La finale de Miss Prestige national – elle préside depuis 2011 ce concours de beauté créé un an plus tôt par Geneviève de Fontenay – se déroulera effectivement le 13 janvier dans le magnifique écrin de la Comédie. « J'ai toujours rêvé de faire cet événement à Saint-Etienne, souligne-t-elle depuis sa maison de La Fouillouse. On a eu des demandes pour l'organiser ailleurs, mais ce sera l'occasion de faire mon jubilé, de mettre en valeur la ville et le département, de remercier les Stéphanois pour tout ce qu'ils m'ont apporté. »

 

D'emblée, cette « jeune fille plutôt gâtée par la vie » affiche la couleur : « J'aime les belles choses. Mais j'ai travaillé dur pour avoir ce que j'ai, pour construire ce que je fais. » En témoigne une vie aux allures de scénario débutée à Settat, au Maroc. Elle y vit ses huit premières années, huit années qui forgent sa personnalité. En 1958, après l'indépendance du pays, la famille fait ses valises pour Saint-Etienne, d'où était originaire son père. Plus précisément, cap sur Terrenoire, qui, en ce temps-là, est encore une commune à part entière. « On avait une belle maison au Maroc et, à notre arrivée ici, on n'était pas les bienvenus... se rappelle-t-elle. C'était très compliqué, on en a souffert, mais nous sommes des battants, on a le sens du travail. »

 

Le foyer continue de s'agrandir (quatorze enfants) et Christiane fait partie des aînés, appelés à s'occuper des plus jeunes. « J'ai fait en sorte d'être toujours bienveillante à leur égard, mais je dois être honnête : j'ai accompagné mes frères et sœurs jusqu'à mes 17 ans. Ensuite, j'ai eu une vie trépidante... » La "faute" à ses voisins, raconte-t-elle, qui l'inscrivent, à son insu, à l'élection de Miss Saint-Etienne : « J'avais 16 ans, mon père m'a demandé de me rendre en mairie pour dire que je ne me présenterais pas. Ce que j'ai fait, mais M. Faugué (président du comité des fêtes) m'a demandé de rester pour la présélection et Mme Nercessian, la mère du comédien Jacky Nercessian, m'a dit que j'étais la plus belle, que je devais venir dans sa boutique, Madame L, afin qu'elle m'habille pour l'élection. » La voilà donc sacrée au printemps 1967 et qualifiée pour la finale de Miss France. Un rendez-vous dont elle ne mesure pas alors l'importance.

« Je ne me rendais pas compte... »

L'élection de Miss France 1968 se déroule à Grenoble. A l'époque, la coutume veut que la décision se fasse durant la nuit de la Saint-Sylvestre. « Il n'y avait pas le faste d'aujourd'hui, raconte Christiane Lillio. Chaque candidate emmenait ses tenues, hormis le maillot de bain, on avait une coiffeuse pour tout le monde, on se maquillait nous-mêmes... » La Ligérienne peut compter sur le soutien du comité des fêtes stéphanois, venu en nombre. C'est d'ailleurs l'un de ses membres qui, entre deux portes, lui annonce sa victoire. « Je ne comprenais pas, je me disais que ce n'était pas possible... J'étais très jeune, je ne me rendais pas compte de ce qu'il m'arrivait. » Très vite, la meute de photographes fond sur elle, les interviewes s'enchaînent et, dès le lendemain, elle rejoint la capitale pour parcourir les plateaux des émissions de radio et de télévision. C'est ainsi qu'elle croise Salvatore Adamo, l'un de ses artistes préférés.

 

 

La Tribune Le Progrès 4 janvier 1968
(La Tribune Le Progrès, 4 janvier 1968 / © archives municipales de Saint-Etienne)

 

 

 

La Tribune Le Progrès du 5 janvier 1968
(La Tribune Le Progrès, 5 janvier 1968 / © archives municipales de Saint-Etienne)

 

 

Le retour à Saint-Etienne, quelques jours plus tard, est extraordinaire : « J'ai eu les honneurs de la ville, c'était féérique. Tous ces enfants qui couraient autour de la voiture, le drapeau bleu, blanc, rouge, les motards... C'était assez exceptionnel. » Si l'ancienne reine de beauté évoque cette période avec un plaisir évident, elle ne vit pas pour autant dans le passé. Il suffit d'observer les photos qui ornent les murs de son domicile : ses enfants, ses petits-enfants, son compagnon. Pas d'archives. Elle a bien conservé quelques souvenirs, « dans (ses) placards ».

Mannequin puis agent général d'assurances

Saint-Etienne, Christiane Lillio y est viscéralement attachée. Elle s'y est d'ailleurs installée après avoir vécu à Paris l'année suivant son sacre tout en revenant régulièrement. Jusqu'à 30 ans, elle fait beaucoup de mannequinat et participe à la création de plusieurs établissements. Suite à son mariage, la jeune femme explore un nouvel univers professionnel en tant que conjointe collaboratrice. Agent général d'assurances, elle le deviendra à son tour, à 44 ans et après six mois intensifs à potasser du côté de Chartres. De quoi tordre le coup au célèbre « Sois belle et tais-toi » qui colle parfois aux basques des miss.

 

Sa carrière l'a vue naviguer entre des établissements en Haute-Loire et à Firminy avant, une fois divorcée, de racheter deux gros points de vente en Haute-Savoie, où elle s'est établie jusqu'à la retraite. En parallèle, elle a toujours gardé un pied dans le monde des miss. D'abord en tant que présidente des comités Miss Loire Forez pendant plus de vingt ans et Auvergne pays du Velay une quinzaine d'années : « C'était mon petit ballon d'oxygène, je retrouvais mes copines et cela me permettait de rester dans le monde de la mode, que j'ai toujours aimé. »

La brouille avec Geneviève de Fontenay

Cette passion constitue aujourd'hui un travail à plein temps pour la Feuillantine, qui multiplie coups de fil et déplacements. Ce n'était pas prévu lorsqu'elle a suivi Geneviève de Fontenay quand celle-ci a claqué en 2010 la porte du groupe Endemol, auquel la famille de Fontenay avait vendu la société Miss France en 2002. Christiane Lillio a dû prendre du grade lorsque la justice a contraint la dame au chapeau à respecter une clause de non concurrence.

 

Si les deux femmes sont brouillées et ne se sont plus vues depuis deux ans, on ne tire pas un trait comme cela sur un demi-siècle d'amitié. « Geneviève peut cracher son venin, je ne dirai jamais du mal d'elle, qui a été si importante dans ma vie, glisse la Stéphanoise, les yeux humides. Je l'ai vraiment aimée, je crois qu'elle ne l'avait pas compris... Tout ce que j'ai fait en partant d'Endemol, je ne l'ai pas fait par hasard, mais pour elle, pour revivre ensemble cette belle aventure. »

« Chez nous, l'humain reste la priorité »

Christiane Lillio le reconnaît : Miss Prestige national n'a pas la même visibilité que Miss France. « Je ne regrette rien, ajoute-t-elle. On réalise un beau projet sans avoir des millions, mais on a un savoir-faire. Et, surtout, on a une belle jeunesse dont il faut savoir être respectueux. Chez nous, il y a des règles à suivre (âge, taille, situation familiale, etc.) et des huissiers sont présents, mais je tiens à ce que l'humain reste la priorité chez nous car j'ai vu certaines choses, y compris lors de finales... Miss Prestige national est un joli tremplin pour ces jeunes filles, qui vivent une belle aventure. »

 

Pour cette édition 2018, elle aurait voulu innover en sortant des sentiers battus et des « questions banales » : « Aujourd'hui, toutes les jeunes filles font des études, mais ce n'est pas parce qu'on s'inscrit à la fac qu'on y va... Et puis une fille avec bac+4 n'est pas forcément plus intéressante qu'une autre qui n'a que son bac. Il n'y a pas que la beauté qui compte, mais aussi la vivacité d'esprit. L'idée ne serait pas de les piéger, mais de leur proposer un petit quiz de connaissances pour voir comment elles sont capables de répondre, observer leur façon de s'exprimer. »

 

Ce sera peut-être pour 2019. Si Christiane Lillio souhaitait boucler la boucle à Saint-Etienne, elle sera sans doute encore aux commandes l'an prochain : « J'aurais aimé pouvoir passer la main et quelqu'un saura prendre la suite, j'en suis convaincue, mais cette personne a besoin d'encore un peu de temps. Quoiqu'il en soit, je ne laisserai pas tomber des personnes qui, comme moi, ont travaillé pendant plus de trente ans aux côtés de Geneviève de Fontenay. Je les accompagnerai toujours. Aujourd'hui, il ne me reste plus rien à réussir, mes enfants sont bien installés et heureux... Ce n'est pas pour moi que je fais tout cela, mais pour emmener ce comité à un bon niveau et faire plaisir à cette génération de jeunes, leur transmettre des valeurs humaines. »

Franck Talluto

 

 

2009, rendez-vous manqué

Le Zénith de Saint-Etienne aurait du accueillir l'élection de Miss France en décembre 2008, mais l'affaire avait finalement capoté. « On ne connaîtra jamais les dessous de cette histoire, estime Christiane Lillio. Tout était prêt, il ne manquait que la signature du maire (Michel Thiollière). Sauf qu'il y a eu des élections et que le nouveau maire (Maurice Vincent) a trouvé une situation financière catastrophique. Bien évidemment, il n'a pas signé. » Certes « déçue » par cette issue, Christiane Lillio relativise : « Cette décision ne m'avait pas choquée outre mesure car je connaissais la situation. Une ville, si elle est endettée, doit d'abord penser à ses citoyens, à redresser la situation avant de donner de l'argent aux autres (le groupe Endemol, propriétaire de la société Miss France)... »

 

 

Pour suivre la finale de Miss Prestige national

La finale de Miss Prestige national aura lieu samedi 13 janvier à la Comédie de Saint-Etienne. Dès aujourd'hui, le public peut voter pour sa candidate préférée depuis le site du comité Miss Prestige national. Le jury présidé par Bernard Montiel établira quant à lui une présélection de douze jeunes femmes. Différents temps forts rythmeront la soirée, dont les passages en robes folkloriques, robes longues et maillots de bain. Plusieurs centaines de billets sont mis en vente au prix unitaire de 75 euros sur Ticketmaster.fr et dans certaines enseignes partenaires (Auchan, Cora, Leclerc et Cultura). Cet événement sera aussi à suivre sur une vingtaine de chaines de télévision locales, dont TL7, et sur leurs sites internet.
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