Publié le 09/02/2018 à 08:40 / Talluto Franck

Fibre optique

Très haut débit : état des lieux dans la Loire
Le Siel et Orange déploient un réseau fibre optique qui doit permettre à l'intégralité des 326 communes de la Loire d'avoir accès à l'internet très haut débit à l'horizon 2020. Etat des lieux.

Très haut débit : état des lieux dans la Loire

Saint-Bonnet-les-Oules, Saint-Hilaire-Cusson-la-Valmitte, Marcoux, Saint-Martin-la-Sauveté, Lentigny... En ce début d'année, les réunions publiques se multiplient pour informer les usagers de l'arrivée prochaine de l'internet très haut débit dans leur commune et leur proposer d'être raccordés gratuitement, dernière étape avant de pouvoir souscrire un abonnement auprès d'un fournisseur d'accès internet (FAI). Où en est-on, entre communes déjà connectées, sur le point de l'être ou pour lesquelles études et travaux se poursuivent ? Etat des lieux du déploiement de ce réseau.

Le très haut débit, c'est quoi ?

L'ADSL, internet haut débit qui passe par le cuivre (le réseau téléphonique historique), reste le mode d'accès à internet le plus répandu dans les foyers ligériens. Cette technique présente toutefois plusieurs points faibles. En particulier, un débit qui « a tendance à se dégrader à mesure que la distance entre le central téléphonique et le modem de l'abonné augmente », estime Que Choisir. Ce qui explique que certains abonnés ne puissent pas bénéficier de la télévision par internet.


L'Etat a fait le choix de miser sur la fibre optique et de généraliser son déploiement. En plus d'offrir des débits bien plus élevés, elle a pour atout de pouvoir « transporter des données sur de très longues distances quasiment sans subir d'atténuation du signal conduit », note le site jechange.fr. Ce fil de verre « permet d'avoir un excellent débit autant pour émettre que pour recevoir des données », souligne aussi le Syndicat intercommunal d'énergies du département de la Loire (Siel). De quoi favoriser l'essor de services comme les communications vidéo avec ses proches, la télésurveillance ou les téléconsultations médicales.


Pour les collectivités, l'enjeu est de taille. « Avec le très haut débit, l'espace rural va se rapprocher de la décision, ce qui change tout. Cela va donner de nouvelles opportunités à certains territoires et pose de nouvelles questions d'aménagement territorial. On n'aura plus besoin de concentrer les gens », estime Bernard Laget. Maire de Châteauneuf, il s'exprime là en tant que président du Siel, l'organe qui a été chargé de construire le réseau très haut débit sur la majeure partie du département. Pour rappel, cet Etablissement public de coopération intercommunale (EPCI) « regroupe toutes les communes de la Loire, 27 structures intercommunales et le Conseil départemental », peut-on lire sur son site internet.

Son déploiement dans la Loire

Dans le cadre du plan France très haut débit, les opérateurs privés ont pu choisir d'équiper eux-mêmes une partie du territoire. C'est ce qu'a fait Orange dans la Loire en se positionnant pour les 43 communes qui composaient alors Saint-Etienne Métropole et les 6 réunies à l'époque au sein de Grand Roanne agglomération (qui a depuis intégré Roannais Agglomération). La société a pour objectif de les avoir couvertes en intégralité fin 2020.


Pour les 277 autres, le Siel a bâti le programme THD42 avec l'ambition, là encore, de les couvrir en intégralité d'ici 2020, ce qui représente « l'équivalent de 172 000 foyers et entreprises ». Cet investissement public vise à installer 11 000 km de fibre optique. Il s'élève à 280 millions d'euros, financés à hauteur d'un tiers par le Siel, un tiers par les collectivités locales, l'Etat et la Région se partageant le dernier tiers.


Bernard Laget insiste sur le tour de force que représente ce chantier : « On déploie en cinq ans ce qui s'est fait en 50 ans pour l'électricité ! » Justement, l'un des impératifs consiste à s'appuyer sur un maximum d'infrastructures existantes. Dans le détail, le réseau THD42 se déploie à « 50 % sur des poteaux électriques du Siel, 25 % dans des conduites ou sur des poteaux téléphoniques, 25 % avec des infrastructures créées spécialement par le Siel ». Celui-ci fait appel pour cela à une petite vingtaine d'entreprises qui mobilisent 600 personnes. En amont, il a fallu "dessiner" le réseau et c'est dans ce cadre que de nombreuses communes ont lancé des procédures d'adressage, permettant d'associer un nom de voie et un numéro à chaque bâtisse.


Propriétaires de ces infrastructures, le Siel et les collectivités locales ont, en 2015 et après appel d'offres, confié son exploitation à la société Axione pour une durée de quinze ans. Charge ensuite à cette « filiale de Bouygues spécialisée dans les réseaux numériques » d'en assurer la maintenance et de le commercialiser auprès des FAI désireux de proposer leurs offres d'abonnement aux usagers.

Bonson, retour d'expérience

C'est la première commune du département à avoir été entièrement couverte par la fibre : depuis l'été 2015, les habitants de Bonson peuvent se connecter à l'internet très haut débit. Deux ans plus tôt, le Siel avait effectivement retenu cette commune du canton de Saint-Just-Saint-Rambert pour mener un test grandeur nature. Alexandre Allion, responsable communication du Siel, revient sur les raisons de ce choix : « Bonson était caractéristique d'une commune à forte densité de population, en périurbain avec diverses configurations de logement et bâtiments permettant de bien couvrir les différentes situations rencontrées dans la Loire : hameaux, logements sociaux, entreprises, centre-ville... En outre, la faiblesse du débit constaté avant le déploiement de la fibre assurait le Siel d'une grande attente de la part de la population, ce qui était essentiel pour réussir une expérimentation. Les autres solutions un temps envisagées sur la commune n'étaient économiquement pas intéressantes par rapport à un passage direct au 100 % fibre. »


Tout n'a pas été rose. En raison du petit nombre d'habitations raccordées, aucun FAI n'a souhaité s'implanter à Bonson lorsque le réseau internet leur a été ouvert. Pour répondre à la demande de ses habitants, la commune a donc proposé un accès internet municipal les premiers mois, puis Nordnet est arrivé et d'autres ont suivi. Il a fallu attendre l'automne dernier pour voir Bouygues Telecom être le premier "gros" opérateur à s'implanter sur la commune (lire l'entretien ci-dessous). « Aujourd'hui, nous recensons 40 % d'abonnés à une offre internet très haut débit parmi les logements raccordés à Bonson, constate Bernard Laget. On a déjà en trois ans ce que l'on observe en moyenne au bout de six années ailleurs, ce qui est très satisfaisant. »

Où en est-on ?

Du côté d'Orange, « 77 000 locaux (logements, établissements professionnels, bâtiments publics) de 20 communes, 15 de Saint-Etienne métropole (SEM) et 5 de l'ex-Grand Roanne, peuvent déjà souscrire à nos offres », indique Guillaume Michel. Le délégué régional adjoint et directeur des relations avec les collectivités locales de la Loire détaille : « L'état d'avancement est divers selon les communes. Sur SEM, un tiers des foyers peuvent souscrire, contre quasiment 50 % sur les six communes du Roannais dont nous nous occupons. » Le cap, contractualisé avec SEM l'été dernier, ne change pas : l'objectif est d'avoir déployé le réseau sur l'intégralité des 49 communes fin 2020. « On est en avance, assure Guillaume Michel, et 2018 verra une accélération de notre programme avec un démarrage dans neuf communes de SEM. »


Concernant le Siel, on peut s'abonner au très haut débit sur tout ou partie d'une cinquantaine de communes. Sur ces secteurs opérationnels, Bernard Laget évoque le chiffre de « 10 000 prises posées sur un potentiel de 30 000 et bientôt 60 000 ». « Cela correspond aux observations de l'Arcep qui prennent la forme de courbes sigmoïdes, avec une accélération au bout de quelques années, puis une stagnation aux alentours de 80 %, estime le président du Siel. Le principal facteur qui incite à passer à la fibre, c'est le mauvais débit en cuivre. Autrement, l'usager se demande pourquoi il prendrait le risque de changer, d'avoir à gérer une résiliation avec son opérateur actuel, etc. si sa connexion ADSL convient à l'utilisation qu'il en fait. Dans le temps, on remarque souvent un effet boule de neige : il faut que quelqu'un fasse ce changement et soit satisfait pour que d'autres personnes de son entourage suivent. »


Responsable communication du Siel, Alexandre Allion assure néanmoins qu'il existe un véritable engouement pour le très haut débit. « La fibre répond à une vraie attente de la population », ajoute-t-il, mentionnant les 15 000 personnes ayant déjà participé aux réunions publiques organisées dans les communes avant la phase de raccordement, soit « entre 200 et 600 » par date. Si l'objectif 2020 est tenu, « la Loire sera, avec l'Oise, le premier département entier d'Europe dont tous les habitants en milieu rural auront accès au très haut débit en technologie FTTH », souligne-t-il encore.

Êtes-vous concerné ?

Pour savoir si vous pouvez bénéficier du très haut débit, c'est très simple. Rendez-vous sur le site internet www.thd42.fr ou sur cette carte interactive (ou sur reseaux.orange.fr pour les 49 communes desservies par le réseau déployé par cet opérateur). Dans la rubrique Raccordement, saisissez votre adresse. Si une pastille rouge figure sur votre habitation, il faudra faire preuve de patience. Il peut y avoir plusieurs explications : secteur pas encore connecté, erreur de référencement, construction récente et donc non prise en compte, etc. Si la pastille est verte, vous pouvez faire une demande de raccordement, laquelle se fera selon l'une des deux modalités : durant les trois mois qui suivent le raccordement d'un secteur, les usagers peuvent faire leur demande en ligne, être recontactés pour fixer un rendez-vous avec un technicien, qui installera une prise terminale optique dans le logement ; passé ce délai et jusqu'en 2025, c'est le FAI auprès duquel l'usager s'abonne qui s'en chargera. Attention : cette intervention est gratuite, mais tous les aménagements et travaux privatifs, tels que la réparation d'une gaine bouchée ou cassée, nécessaires pour pouvoir faire passer la fibre de la rue au logement seront à la charge de l'usager.

 

Franck Talluto

 

 

Bouygues Telecom : « 27 communes de la Loire éligibles dès aujourd'hui »

C'est le premier "gros" opérateur à commercialiser ses offres internet sur le réseau THD42 bâti par le Siel. Bouygues Telecom annonce aujourd'hui son arrivée dans une petite trentaine de communes, pour commencer. Entretien avec Thibault Gentien, responsable des ventes fibre optique FTTH.

Depuis quand Bouygues Telecom propose-t-il ses offres internet très haut débit à Bonson, commune expérimentale du réseau THD42 déployé par le Siel ?
Thibault Gentien : « Depuis septembre, mais je dois rappeler que nous étions déjà présents dans la Loire via les infrastructures déployées par Orange autour de Roanne et Saint-Etienne. Bouygues Telecom mène effectivement une démarche globale sur l'ensemble des dispositifs très haut débit en étant présent sur ces deux réseaux. Notre stratégie consiste à proposer la vie numérique au plus grand nombre en s'adressant aussi bien aux zones denses qu'aux zones moins denses. Nous avons donc passé un accord avec Axione (concessionnaire du réseau THD42, NDLR) pour commercialiser ces prises raccordées, il s'agit de notre deuxième partenariat de ce type après le Vaucluse. »
Vous tenez une conférence de presse aujourd'hui même avec le Siel. Qu'annoncerez-vous ?
T.G. : « Au 9 février, 27 communes (en plus de celles déjà desservies autour de Saint-Etienne et Roanne, NDLR) seront éligibles dans la Loire, soit 18 000 logements. Au fur et à mesure, nous proposerons nos offres sur l'ensemble des foyers éligibles. A compter de février, la Loire sera le département avec le plus de foyers éligibles à nos offres très complètes (internet très haut débit, téléphone fixe, télévision) sur les réseaux RIP (bâtis par les acteurs publics, NDLR). J'en profite pour rappeler que nous proposons notre offre bobx Miami fibre à 14,99 euros par mois (plus 3 euros de location de la box) pendant un an au lieu de 27,99 euros par mois (offre proposée jusqu'au 25 mars mais qui pourrait être prolongée jusqu'à fin avril, NDLR).
Pouvez-vous dresser un premier bilan commercial de votre action à Bonson ?
T.G. : « L'ouverture a eu lieu mi-septembre, auprès de 1 875 foyers éligibles. On ne communique pas de résultats, ce sont des données très sensibles. Je peux simplement vous dire que nous sommes satisfaits, nous sommes largement dans notre plan de marche. » n
Propos recueillis par F.T.
Mots clés : LOIRE ORANGE INTERNET TRÈS HAUT DÉBIT SIEL FIBRE OPTIQUE 2018 BOUYGUES TELECOM THD42