Publié le 10/02/2018 à 08:25 / Talluto Franck

Inondations

L'agriculture, une solution face aux aléas climatiques
Depuis plusieurs semaines maintenant, dans de nombreuses régions françaises, les zones habitées et les terres agricoles sont recouvertes par les eaux des rivières en crue. Mais une nouvelle fois, les pratiques agricoles sont accusées, et pour la FNSEA, « le monde agricole subit la double peine ».

Les inondations dans la moitié nord de la France ont fait la une des journaux ces dernières semaines et l'agriculture a souvent été pointée du doigt comme principale responsable.

« Non seulement les crues ont causé de nombreux dommages agricoles qui nécessiteront et du temps, et du financement, afin de reconstruire et réparer, mais en plus les agriculteurs sont montrés du doigt », écrit la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles) dans un communiqué daté du 29 janvier. Elle poursuit : « Plusieurs reportages, en particulier télévisés, ont en effet affirmé que les paysans et leurs pratiques étaient responsables des inondations. Au-delà de la colère face à ce type d'allégations, il est insupportable, encore une fois, de trouver un bouc émissaire facile : l'agriculture ! »


Les crues sont fortes et deviennent récurrentes. Pourtant, « depuis longtemps, les causes en sont connues », affirme la FNSEA :
- « une artificialisation des sols à marche forcée qui leur enlève leur perméabilité,
- un bétonnage à tout crin qui provoque les mêmes conséquences,
- un changement climatique avéré qui fait augmenter les aléas climatiques,
- le manque d'entretien des cours d'eau... ».

Des pratiques agricoles favorables

Pour la FNSEA, « il est temps que tout le monde sache que les pouvoirs publics (Etat et établissements publics territoriaux de bassin) décident d'inonder les champs en amont des villes afin de limiter les conséquences des crues sur les populations urbaines. Il est aussi temps de reconnaitre que de nombreuses pratiques agricoles (couverture des sols, bandes enherbées au bord des cours d'eau) protègent les sols afin d'en limiter l'érosion. L'agriculture est une solution face au changement climatique et non un problème ».


Raphaël Reynaud, agriculteur à Sury-le-Comtal et représentant ligérien à la section céréales de la FRSEA, revient sur les accusations à l'encontre de l'agriculture. « En matière d'inondation, il faut plutôt chercher des réponses du côté de l'artificialisation des terres que du côté de l'agriculture, explique-t-il. Les nouvelles routes, les nouvelles zones industrielles, etc. conduisent à trop de goudron et trop de béton, alors que l'emprise des exploitations agricoles, elle, se limite le plus souvent aux bâtiments. Rappelons qu'un département de terres agricoles disparait chaque année. Or, il est évident qu'un hectare de terre absorbera toujours plus de pluviométrie qu'un hectare de goudron. »

 

Pour lui, « l'urbanisation est aussi en cause, notamment lorsque des permis de construire ont été délivrés en zone inondable. Dans notre département, le fleuve Loire, même s'il est régulé par les barrages, est sorti de son lit en novembre 2008, inondant des habitations à Saint-Cyprien, Veauchette, et bien d'autres communes. D'autres collectivités proches des cours d'eau peuvent être concernées. La rivière La Mare, par exemple, déborde tous les quatre à cinq ans. A l'avenir, il faut éviter la construction en zone inondable, notamment dans les terres de chambons, terres d'alluvions ».

 

Pour Raphaël Reynaud, « l'agriculture doit plutôt être vue comme une solution pour lutter contre les inondations ».


Dans la Loire, à l'image d'autres départements, les agriculteurs ont des pratiques culturales favorables à la protection des sols, limitant l'érosion. « En réalité, peu de terres sont nues dans notre département et en France en général, confirme Raphaël Reynaud. Soit elles sont ensemencées en culture d'automne, soit elles ont un couvert hivernal ou environnemental en attendant la culture de printemps, ce qui limite l'érosion. La diversité des cultures étale leur stade végétatif tout au long de l'année. Ceci permet une évapotranspiration continue, favorisant le renouvellement du cycle de l'eau. Le maïs, par exemple, en été, fournit de l'eau à l'atmosphère et n'est pas plus consommateur d'eau qu'une autre céréale compte tenu de son cycle végétatif court. Cette diversité permet aussi de consommer l'eau de pluie et d'éviter son ruissellement tout au long de la période végétative. »

Politique de stockage de l'eau

Pour l'agriculteur de Sury-le-Comtal, « l'agriculture doit plutôt être vue comme une solution pour lutter contre les inondations et le réchauffement climatique. Des solutions doivent se mettre en place, comme par exemple favoriser le stockage de l'eau. En effet, retenir l'eau en amont des zones urbaines dans des bassins de rétention serait une solution à la fois pour l'irrigation des cultures et pour lutter contre l'érosion ».


La FNSEA va dans le même sens dans son communiqué : « Face au dérèglement climatique, aux sécheresses récurrentes et aux excès d'eau massifs, nous en appelons au Gouvernement pour qu'enfin nous ayons une véritable politique de stockage de l'eau hivernale à même de favoriser l'irrigation nécessaire à de nombreuses productions. »

Jocelyne Ferriol, FDSEA de la Loire, et Lucie Grolleau Frécon

 

Mots clés : INONDATIONS LOIRE AGRICULTURE URBANISATION CRUES RAPHAËL REYNAUD