Publié le 29/11/2018 à 07:50 / Talluto Franck

INTERVIEW

« L'aide sécheresse devrait concerner entre 8 000 et 10 000 éleveurs »
Le président du conseil régional, Laurent Wauquiez, a annoncé une aide de soutien face à la sécheresse qui a frappé les éleveurs cette année. Il détaille le dispositif de 15 millions d'euros.

Le président du conseil régional, Laurent Wauquiez, lundi 26 novembre, entouré des responsables professionnels, détaille le dispositif de soutien face à la sécheresse.

Quelles sont les raisons qui ont poussé le conseil régional Auvergne-Rhô- ne-Alpes à mettre en place une aide sécheresse, qui était encore une idée écartée à la rentrée ?

Laurent Wauquiez : « La sécheresse de 2018 a fait des dégâts considérables. Nos estimations montrent qu'il y a entre 12 000 et 16 000 exploitations touchées, certaines puisent dans les stocks de fourrage depuis début juillet. Cette situation va peser sur les exploitations. Cela arrive dans un contexte où l'agriculture est fragile. Nous sommes donc face à une situation qui est grave. Deuxième élément, j'ai une attention très importante pour l'agriculture, le budget agricole sera l'année prochaine le plus important des budgets agricoles de toutes les régions françaises. Dans ce cadre-là, on a profité du Sommet de l'élevage pour réfléchir, avec des responsables professionnels, afin d'imaginer un dispositif de soutien. »

Que prévoit donc ce dispositif d'aide à la sécheresse ?

L.W. : « On a fixé quelques règles de fonctionnement. D'abord, il faut y mettre les moyens, deuxièmement, il faut que ca aille vite et trois, il faut que ce soit simple. On a pris la décision de mettre 15 millions d'euros sur la table. Nous allons faire adopter ce dispositif avant la fin de l'année. On prendra les premiers dossiers dès la fin décembre et au début de l'année prochaine avec une sélection jusqu'à mi-février avec des versements immédiats dans la foulée. Les agriculteurs ne doivent pas être découragés pour faire la démarche. Le dossier fait moins de deux pages à remplir en ligne par internet ou par les chambres d'agriculture. Ensuite, les éleveurs fournissent une attestation bancaire sur les annuités d'emprunt et une déclaration sur l'honneur des aides des minimis déjà̀ perçus. C'est très simple. Cela devrait concerner entre 8 000 et 10 000 éleveurs, et toutes les exploitations d'élevage ayant des pertes de fourrage sont concernées : bovins, ovins, caprins, équins. »

En quoi va consister concrètement cette aide ?

L.W. : « Pour s'inscrire dans les règles européennes, cette aide se fait en remboursement d'annuités d'emprunt. La Région va ainsi aider les exploitations à payer une partie du capital sur les dettes concernant des bâtiments ou du matériel agricole. On soulage ainsi les agriculteurs ayant investi sans autre critère. Il y aura deux niveaux d'aides qui pourront aller de 300 jusqu'à 2 000 euros. Une première tranche pour ceux qui ont subi entre 30 et 40 % de perte et une deuxième tranche pour les plus de 40 %. Dès que chaque zonage sera arrêté par les commissions d'enquête départementale et signé par les préfets, nous pourrons appliquer l'aide. »

Cette enveloppe est-elle prise sur le budget agricole 2019 ?

L.W. : « C'est effectivement dans le budget agricole 2019, mais c'est un plus par rapport à 2018. Je ne le prends pas sur d'autres lignes. J'ai conscience que, pour les agriculteurs, cela ne va pas tout compenser, mais je veux qu'ils voient que leur Région les défend. C'est un dispositif sans précédent pour la Région et certainement en France. »

Avec le dérèglement climatique, les sécheresses longues vont s'intensifier. Que fait le conseil régional pour accompagner l'adaptation de l'agriculture régionale ?

L.W. : « Il faut d'abord arrêter de se laisser marcher sur les pieds sur la question de l'irrigation et des retenues collinaires. Le dérèglement climatique ne va pas s'arrêter. Depuis 2016, nous avons accompagné 140 projets d'irrigation ou de retenues collinaires pour un montant de 5 millions d'euros. Les projets sont majoritairement situés en Rhône-Alpes, car l'agence de l'eau Loire-Bretagne est très réticente, mais on essaye de la faire bouger. Si les agriculteurs ont des projets, on est prêt à les aider. On est le château d'eau de la France, il faut s'adapter en retenant l'eau pour l'agriculture. Il faut, bien sûr, faire des systèmes économes en eau avec des nouvelles stratégies, mais il nous faut être beaucoup plus efficaces, car l'irrigation est la meilleure façon de protéger les agriculteurs sur la durée. Face au dérèglement climatique, la protection contre les orages est aussi importante. On a mis en place un vaste plan d'aide à l'investissement pour la protection des cultures pérennes avec les filets paragrêles, des dispositifs antigels ou des tunnels. »

Propos recueillis par Camille Peyrache
Mots clés : AGRICULTURE ÉLEVAGE LAURENT WAUQUIEZ AUVERGNE-RHÔNE-ALPES NOVEMBRE 2018 AIDE SÉCHERESSE