Publié le 13/06/2016 à 08:35 / Lucie Grolleau

Gaec La ferme des délices

Des installations raisonnées selon les effluents produits
Le méthaniseur du Gaec La ferme des délices, à Saint-Cyr-les-Vignes, a été mis en service à l’automne 2015. Charles Giraud, un des associés, revient sur la réflexion qui a précédé les travaux et sur le fonctionnement de l’installation.

Des installations raisonnées selon les effluents produits

Lorsque le Gaec La Ferme des délices a construit, en 2007, un nouveau bâtiment accueillant les vaches laitières, au moment de l’installation de Charles Giraud, les associés avaient déjà en tête l’optimisation de la gestion des effluents, et pensaient un peu à la méthanisation. Mais à cette époque, le projet de méthanisation n’était pas viable. « Nous ne voulions pas construire des installations qui ne seraient plus utilisées ensuite, qui nous gêneraient pour de possibles évolutions ou qu’il faudrait casser ». C’est pour cela que le Gaec a par exemple fait le choix d’une fumière couverte dans le bâtiment pour stocker le fumier. « Nous voulions un minimum de lisier pour limiter la taille de la fosse. Nous avons investi uniquement dans une poche à lisier ».

 

C’est lors du regroupement du troupeau du Gaec avec celui d’un éleveur voisin que le projet de méthanisation est devenu viable. La stabulation a alors été agrandie, en partie à la place de la fumière, et deux robots de traite ont été ajoutés à celui déjà existant. L’exploitation compte désormais 190 vaches laitières (165 en permanence à la traite) et 190 ha. Le Gaec La ferme des délices compte trois associés et 1,5 salarié. Une SARL a été constituée pour l’activité de production de glaces à partir du lait de la ferme, avec deux autres membres de la famille Giraud et 1,5 salarié. Pour l’activité de méthanisation, c’est une SAS qui a été constituée (SAS Métha-Sermage). Elle a financé les installations de méthanisation et de mise aux normes, et prend en charge les effluents de la ferme. « Le lait est la production initiale du Gaec, et nous la diversifions avec la vente de génétique, les cultures de vente, l’agro-tourisme » (que développe actuellement l’épouse de Charles).

 

Plusieurs années de réflexion

Les installations de méthanisation ont été dimensionnées en fonction de la production d’effluents de l’exploitation (80 kW). « Nous voulions être dépendants le moins possible de fournisseurs pour les intrants. L’objectif est que l’unité tourne toujours à son maximum pour optimiser la rentabilité ». De plus, «nous avons voulu des installations les plus autonomes possibles car la charge de travail est déjà importante sur l’exploitation. L’automatisation était de mise ».

 

Déjà, lorsque le Gaec avait construit la première partie du bâtiment, les associés avaient visité plusieurs installations de méthanisation pour comprendre le principe et anticiper de possibles installations. Ils en ont visité d’autres en 2013 et 2014, en France et à l’étranger, avant l’agrandissement du bâtiment. « Nous avions déjà pris contact avec un assemblier, Bio4gas. C’est avec lui que nous avons finalement travaillé, après en avoir consulté plusieurs, et après que le bureau d’étude ait confirmé que notre projet était viable. L’assemblier a dimensionné l’installation en fonction du process choisi et de l’exploitation ». Charles Giraud met en garde les agriculteurs qui se lanceraient dans un tel projet : « Comme pour le photovoltaïque, il faut se méfier des opportunistes, qui n’assurent pas un suivi dans le temps. La gestion du fumier sur une exploitation est trop importante pour la prendre à la légère. »

 

Des installations personnalisées

Les déjections des vaches laitières sont acheminées vers une pré-fosse par les racleurs, située au bout de la stabulation (60 m3 utile). Elle a été dimensionnée de manière à stocker des déjections pendant 24 à 48 heures au cas où le méthaniseur soit en panne. Du fumier est également incorporé à ce lisier (fumier de la stabulation et de l’autre siège de l’exploitation), ainsi que des déchets verts (collectés, broyés et livrés par une entreprise spécialisée). Cette installation permet une alimentation automatisée du méthaniseur, puisque cette fosse lui est reliée avec une pompe et une canalisation enterrée. Toutes les heures, 2,6 m3 de lisier sont incorporés dans le digesteur.

 

« Nous tenons à avoir des vaches laitières propres. C’est pour cela que nous mettons de la paille dans les logettes. Elle est ramassée et broyée à l’autochargeuse. Nous avons donc dû adapter les installations pour qu’elles fonctionnent avec de la paille. » C’est pour cela que la pompe de la pré-fosse est équipée d’un broyeur de pailles. « Plus les fibres sont courtes et défibrées, meilleure sera la digestion dans le méthaniseur. »

 

Le digesteur, d’un volume de 1 000 m3, est en fait constitué de deux cuves : une sur la partie centrale et une seconde sur la partie périphérique. Les deux communiquent entre elles par le bas. Un système de pression permet de brasser le contenu, et donc de faire des économies d’énergie liées au mixeur. Le digesteur est équipé d’une sonde d’analyse en continu pour mesurer le pH et la température. L’unité est également équipée d’autres sondes d’analyse, comme par exemple pour mesurer le taux de méthane ou de souffre. Le gaz résultant de la digestion est saturé à 100% en humidité. Il circule dans une canalisation pour évacuer l’eau. Le gaz asséché tombe dans un puits de condensat ; il peut alors être utilisé par le moteur alimentant la génératrice d’électricité. L’électricité est revendue à EDF. La chaleur générée par le moteur sert à sécher le foin, à chauffer le couloir de visite, les abreuvoirs.

 

La cuve de stockage du digestat, de 4 000 m3, est couverte pour éviter les pertes d’ammoniac et l’entrée des eaux de pluie. Quand il entre 2,6 m3 de lisier dans le digesteur, il en sort 2,6 m3 de digestat, qui entre dans cette cuve de stockage. « Nous avons voulu une capacité de stockage suffisante pour pouvoir utiliser le digestat quand nous en avons besoin », d’autant plus que l’exploitation est située en zone vulnérable aux nitrates. Le lisier est épandu à l’aide d’une tonne à lisier avec enfouisseur à disques. « La méthanisation change la forme de l’azote, de nitrique à ammoniacale, qui est plus volatile. Il faut enfouir le lisier pour éviter les pertes d’azote. » Le Gaec a réalisé plusieurs analyses, que ce soit du produit entrant dans le méthanisateur et celui en sortant. « Le digestat est un produit que nous ne connaissons pas. Il est différent d’une ferme à l’autre, d’un troupeau à l’autre. »

 

Le Gaec cultivait jusque là beaucoup de luzerne, en mélange avec des graminées. L’utilisation du lisier incite les associés à augmenter la surface. « Nous avons épandu du digestat sur des vieilles luzernes. Il a favorisé la pousse des graminées sur les premières et deuxièmes coupes. » Pour le Gaec, l’objectif de la méthanisation est de faire des économies d’engrais. « Nous estimons une économie de 2 000 euros sur les fertilisants. »

Lucie Grolleau Frécon

 

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Mots clés : METHANISATION GAEC LA FERME DES DÉLICES