CLIMAT

Les monts du Forez aussi ont besoin d'eau
La sécheresse qui sévit cette année a également amputé les récoltes sur les reliefs foréziens. Les responsables professionnels et la DDT étaient sur le terrain jeudi 1er août à Lézigneux.

Sans eau, pas d'agriculture. Les éleveurs ligériens sont inquiets pour l'avenir.

Après le Roannais, c'est dans les monts du Forez, à Lézigneux sur le Gaec de Mérigneux (Mathieu, Vincent et la maman, Christine Lombardin), que la Chambre d'agriculture, les responsables FDSEA-JA et la DDT se sont transportés jeudi 1er août. Si la pluie du week-end précédent, entre 25 et 35 mm, est venue remettre un peu de couleur dans le décor, la situation de fond est toujours la même, avec en prime, pour cette partie du territoire, une grêle début juillet qui a sévèrement endommagé les toitures.

Sur un peu plus de 120 ha de SAU (18 ha de céréales, 11 ha de maïs, 40 de prairies temporaires, le reste en prairies permanentes, très accidentées), l'exploitation produit 500 000 litres de lait à partir de 75 vaches avec donc un chargement modeste (1,06).
Le début de carrière de Mathieu (30 ans) et Vincent (28 ans), installés depuis respectivement 4 et 2 ans, est pour le moins délicat. « Nous avons vécu déjà 3 sécheresses en 4 ans ». Preuve que l'incident climatique est en train de devenir la norme. « Au printemps, nous avons subi 50 % de pertes. Or ici, c'est à ce moment-là que se fait la récolte », déplorent les membres du Gaec. Les Monts du Forez bénéficient d'un microclimat, l'air est sec, au point que la pluviométrie de Boën a été inférieure à celle de Valence !
Le bilan fourrager, présenté par Pierre Vergiat, ingénieur référent prairies de la Chambre d'agriculture, n'était guère rassurant. La récolte de l'ensilage s'élève à moins de 2 tonnes/ha (soit 85 t) alors qu'on est en droit d'attendre 3 ou 3,5 t/ha. La récolte d'enrubannage se monte à 12 t et celle de foin à 19 t soit un total 116 t. Sachant que les besoins du troupeau se montent à 418 tonnes, le déficit et donc de l'ordre de 303 tonnes dans l'attente des récoltes de dérobées et de maïs. La contribution du pâturage devrait atteindre 163 tonnes.
L'exploitation a déjà acheté pour 10 000 euros de fourrages et 5 500 euros de paille-litière. Elle prévoit au total d'acquérir 20 t de foin, 53 t de maïs ensilage et 50 t de maïs épis soit un total de 123 t. « En l'an passé, les achats de fourrages avaient déjà couté 28 000 euros... », rappellent les éleveurs. En théorie pourtant, l'exploitation est autonome et devrait produire, en « année normale », 609 t.
A noter que l'abreuvement des animaux, tout sur le réseau, coute 6 000 euros par an.
Un projet à l'eau
« On sait que l'eau du canal ne montera pas ici. Il faut créer des retenues », insiste Raymond Vial, à la lecture de cet inquiétant bilan. « Des jeunes qui ont encore 40 années de carrière devant eux, on ne peut pas les laisser comme ça. Ils doivent pourvoir irriguer au moins leurs maïs. »
Ce n'est pas faute d'avoir essayé... Ici, le Gaec avec deux exploitations voisines avaient mené un projet collectif de création d'une retenue mais les contraintes techniques et économiques ont rendu la faisabilité impossible. « Il fallait faire un fossé de ceinture, le coût était exorbitant par rapport au volume stocké », pestent les agriculteurs. Au final, les trois exploitations ont bataillé pendant plus de deux ans pour rien.
Mais créer une retenue collinaire n'est pas forcément la panacée, « elle ne s'est remplie qu'au tiers cet hiver », signalait un éleveur d'un village voisin. D'autres regrettaient « les dates de remplissage trop limitées. »
Bref, la bataille de l'eau ne fait que commencer. Et Raymond Vial est prêt à la mener. « Dans le bassin RMC, ils peuvent faire des retenues. Et nous, sur le bassin Loire-Bretagne, on va crever. Entrons en résistance ! ». Et d'énumérer les différents projets clefs sur le département : sécuriser le canal du Forez, faire de gros investissements rive droite, faire une retenue à Villerest, faire venir de l'eau depuis le Rhône pour le bassin stéphanois... « La Loire veut être un département pilote sur l'irrigation. L'eau est longtemps restée un sujet tabou mais c'est terminé. »
Demander de l'aide
Face à cette situation exceptionnelle, Louis Metton, élu MSA, a rappelé la possibilité pour les agriculteurs en difficultés d'obtenir des reports de cotisations. « Surtout, faîtes vous connaître, venez négocier un échéancier. N'hésitez pas à contacter votre élu cantonal MSA ».
La directrice départementale des territoires, Élise Régnier, tenait pour sa part à rassurer les JA inquiets de ne pas respecter leur PDE : « On tiendra compte des circonstances exceptionnelles ».
La cheffe du service agricole de la DDT, Delphine Bonthoux signalait qu'un audit global (économique, social et technique) était proposé, et en partie financé, aux exploitants qui le désiraient.
Par ailleurs, la profession négocie actuellement avec les banques des conditions très favorables pour des emprunts à court-terme pour les achats de fourrages.
Achat de paille
La FDSEA de la Loire travaille actuellement à l'achat de paille pour ses adhérents. Les conditions météo ont amputé le potentiel de production du Vaucluse, il ne fournira que 300 tonnes contre 700 l'an passé. Les professionnels ont trouvé des solutions de remplacement dans le Loiret et dans l'Aube. « Nous avions annoncé un prix de 120 euros la tonne, nous serons en-dessous, sûrement même inférieurs à 100 euros », se félicitait Gérard Gallot qui entend, pour les années à venir, sécuriser les approvisionnements « et éviter le yoyo des prix ». Raymond Vial pour sa part s'indignait que certains paysans n'aient pas encore réglé la note de la paille de l'an passé : « C'est inadmissible, on enverra les huissiers si nécessaire».