Alimentation

Le mieux manger au menu des Français
Faire vivre les traditions, prendre soin de sa santé, préserver l'environnement... les raisons qui poussent les Français à chercher à mieux manger sont nombreuses. Nos modes alimentaires, qu'ils soient influencés par des évolutions de la société ou des tendances marketing, guidés par des choix personnels assumés ou dictés par des nécessités financières, sont le reflet de l'époque dans laquelle nous vivons. Décryptage.

La nourriture occupe une place prépondérante pour 9 Français sur 10, selon l'observatoire Cetelem.

Quelle vision avez-vous de l'alimentation des Français ?

Michel Namy : « A l'UFC-Que Choisir, nous partons du principe que nous sommes capables de payer nos produits alimentaires plus chers dès lors que l'origine est française, provenant de préférence des circuits courts. Nous nous battons pour que l'argent aille aux petits producteurs, aux agriculteurs, plutôt qu'aux grandes surfaces. Si nous sommes aujourd'hui convaincus qu'il faut miser sur ces circuits courts, ce n'est pas encore le cas des consommateurs qui continuent de s'approvisionner dans les centres commerciaux. Nous nous devons de mettre des moyens pour les aider à se rapprocher des producteurs, afin de contribuer au manger local. Nous avons récemment pris contact avec le syndicat Jeunes agriculteurs et nous envisageons de monter des actions communes dès le début de l'année 2020. Il ne faut pas oublier que l'un des slogans de l'association est « Mieux consommer, mieux manger ». Avec le soutien des jeunes agriculteurs, nous souhaitons les aider à valoriser les circuits courts auprès du grand public. Nous sommes convaincus que nous avons les moyens de faire quelque chose ensemble. Cependant, nous ne sommes qu'au début de notre démarche et cela peut être très long... »

Quelles sont les tendances de consommation ?

M.N. : « Les grandes surfaces font tout pour attirer le consommateur, notamment avec l'ouverture des centres commerciaux le dimanche après-midi. Nous sommes bien entendu contre cette surenchère de la consommation, mais le grand public n'a pas encore conscience de ce qu'il se cache derrière puisque les magasins sont régulièrement pleins ces jours-là. Aujourd'hui, ce sont toujours les hypermarchés et les supermarchés qui ont la mainmise sur l'alimentation. Ils ont des moyens que les agriculteurs n'ont pas et font du lobbying... C'est là-dessus que nous devons parvenir à faire changer les mentalités des Français. »

Qu'entendez-vous par « faire changer les mentalités » ?

M.N. : « Aujourd'hui, les consommateurs font trop vite confiance. C'est valable non seulement pour les produits alimentaires, mais aussi pour les produits de beauté et autres. Il faut changer les moeurs en expliquant réellement ce que l'on trouve dans nos assiettes. À l'UFC-Que Choisir Grenoble, nous nous battons depuis des années pour faire changer les choses. Cependant, je pense qu'il faut un investissement de tous, politiques, gérants de grandes surfaces, associations de défense des consommateurs, etc, afin d'offrir un langage commun. Est-ce qu'un jour, nous réussirons à rassembler tous les grands patrons pour travailler ensemble ? C'est ce qu'on souhaite, et j'aimerais d'ailleurs rencontrer Michel-Edouard Leclerc à ce sujet. »

Pensez-vous que ce sont ces « grands patrons » qui guident actuellement les tendances de consommation ?

M.N. : « C'est une évidence même. Les lobbys sont un leurre pour les producteurs français. Avec des actions communes, nous pourrions faire en sorte, tous ensemble, que la répartition des prix soit plus équilibrée et que les agriculteurs puissent mieux vivre. Les réformes actuelles montrent bien les disparités, en termes de salaire, qui existent entre le patron d'un supermarché et un agriculteur. Pour l'instant, c'est bien l'aspect financier et politique qui maîtrise l'alimentation des Français. »

 

Michel Namy, président de l’UFC-Que Choisir Grenoble.

De quoi doivent se méfier les consommateurs d'aujourd'hui ?

M.N. : « Dans les grandes surfaces, il faut sensibiliser les acheteurs à bien lire les étiquettes. On retrouve par exemple des « produits France » sur lesquels on remarque que la viande a été abattue dans un pays étranger. Il faut bien entendu vérifier la traçabilité, la date limite de consommation, la sécurité alimentaire et sanitaire. Si le consommateur a un doute sur la provenance, la traçabilité du produit, il ne faut pas l'acheter et se retourner vers un producteur local, qui saura expliquer d'où vient son produit et comment il a été fabriqué, élevé, etc. »

Un autre sujet, sur la sécurité sanitaire et alimentaire, fait parler de lui ces dernières semaines. Qu'en est-il ?

M.N. : « En effet, l'interdiction du dioxyde de titane dans les produits alimentaires fait l'objet de nombreux revirements. L'interdiction prévue par arrêté au 1er janvier 2020 est aujourd'hui remise en cause par la Commission européenne. Cette dernière estime que les données scientifiques sur les risques sont insuffisantes et entend annuler la mesure française. Cela remet donc en question le principe de précaution alors que cet additif est jugé cancérogène possible pour l'homme par le centre international de recherche contre le cancer. Une fois encore, l'incertitude bénéficie aux industriels et non à la santé des consommateurs... »

Propos recueillis par Amandine Priolet
Dossier complet à retrouver dans notre édition papier datée du 10 janvier 2020
Mots clés : ALIMENTATION UFC-QUE CHOISIR CIRCUITS COURTS MICHEL NAMY