Publié le 17/04/2020 à 14:10 / Talluto Franck

OVINS

« Le consommateur a retrouvé le chemin de l'agneau, espérons que ça dure »
S'il y a dix jours encore, le pire était à craindre, force est de constater que les agneaux ont finalement trouvé preneurs, mais à des prix bien inférieurs à ceux de 2019, indiquait l'Idele le 9 avril.

L’agneau est la viande des fêtes religieuses de toutes les religions monothéistes.

Grâce à la campagne d’Interbev, à l’implication de beaucoup d’opérateurs de la filière et des grandes surfaces qui ont été sommées de mettre en avant l’agneau français, les volumes, à la veille de Pâques, se sont finalement mieux écoulés que ce qui était craint. Mais pour Philippe Chotteau, chef du département économie de l’Institut de l’élevage (Idèle), « il est encore bien trop tôt pour crier victoire, a-t-il déclaré le 9 avril lors d’un webinaire (1). Les agneaux vendus sont moins nombreux qu’en 2019 et qu’ils l’ont été à des prix bien inférieurs ».

 

Ainsi, en semaine 14 (celle du 30 mars), les cours se sont effondrés de 35 centimes, à 6,18 euros le kilo. Du jamais vu juste avant Pâques, selon l’Idèle, alors que « l’approvisionnement des boucheries et des GMS (Grandes et moyennes surfaces) n’était pas finalisé ». Pour Michèle Boudoin, présidente de la Fédération nationale ovine, rien ne justifie un tel décrochage, « qui a fait plonger les prix des agneaux sous signes officiels de qualité au niveau des standards ».

Des prix en net recul y compris pour les chevreaux

Alors comment l’expliquer ? « Un mouvement de panique générale semble avoir envahi les distributeurs, avec l’inquiétude de ne pas écouler leur gigot dans le cadre du confinement où les grands repas familiaux sont limités…Il y a pu y avoir aussi une volonté de reconstitution de marges par certains acteurs », confie Philippe Chotteau. Ce souci de prix affecte aussi fortement la filière chevreau, qui a vu ses ventes reculer de 70 %. Face au nombre important d’annulations de commandes, les cotations ne connaissent donc pas la hausse saisonnière attendue, si bien que le prix actuel, de l’ordre de 2,90 euros le kilo soit 20% en dessous des prix “normaux”, ne couvre plus les coûts d’engraissement, mettant en difficulté la filière.

 

Au-delà des prix, la question des volumes est, selon la plupart des analystes, loin d’être résolue, et bien malin celui qui sera en capacité de faire des prévisions, ne serait-ce qu’à très brève échéance. « Certes, le consommateur a retrouvé le chemin de l’agneau, et espérons que ça va durer, mais la fermeture de boucheries halals dans les quartiers populaires, car les files d’attente y étaient trop importantes ou mal maîtrisées, est de nature à inquiéter », estime l’économiste.

Sophie Chatenet

(1) conférence en ligne

Mots clés : AGNEAU ÉLEVAGE OVIN PÂQUES 2020