Publié le 11/05/2020 à 09:25 / Lucie Grolleau

Elevage

Fourrages : comment passer l’année en production ovine ?
Chaque année il convient d’essayer d’ajuster au plus juste les disponibilités en fourrages en fonction du nombre de brebis. La Chambre d’agriculture revient sur des notions à prendre en compte pour passer au mieux l’année.

Il est important de maximiser le pâturage tout au long de l’année pour éviter de gaspiller de l’herbe.

Une brebis consomme par an (herbe et fourrage conservé) entre 700 et 750 kg de MS de fourrage en fonction du gabarit des brebis. En général, on compte 2 kg de MS par jour, en baissant à 1,5 kg dans le quatrième mois de gestation et à 1,3 kg dans le dernier mois. Il faut ajouter 750 kg de MS par bélier et 300 kg par agnelle (du sevrage à un an).
Pour estimer les stocks de foin nécessaires pour l'alimentation du troupeau pour l'hiver, les besoins (y compris le foin pour les agneaux) sont variables en fonction du système :
- système brebis prolifiques (Grivette – F1 Grivette / Ile de France) : 380 à 400 kg de MS par brebis (six mois d'hivernage) ;
- système brebis rustiques (Rava – BMC – Noire du Velay – Limousine) : 300 à 350 kg de MS par brebis (six mois d'hivernage) ;
- système herbager (Charollais – Ile de France – Croisées Viande) : 250 kg MS par brebis (quatre mois d'hivernage).
On peut diminuer la quantité avec la mise en place du pâturage hivernal pour des brebis en début de gestation ou vides.

 

Optimiser le pâturage

Dans le hors-série à Paysans de la Loire dédié au réchauffement climatique (distribué avec le journal du 24 avril), le pâturage des brebis a été abordé. En résumé, il est important de maximiser le pâturage tout au long de l'année pour éviter de gaspiller de l'herbe. Même si le pâturage est plus compliqué à mettre en place, il faut envisager de sortir les brebis en lactation (au printemps et en automne) en leur réservant les meilleures parcelles. Il est alors possible de sortir les brebis avec leurs agneaux dans des parcelles proches de la bergerie. Sinon, il est possible de laisser les agneaux à l'intérieur pendant que les brebis partent en pâture. Pour la réussite de l'engraissement des agneaux qui sortent, il faudra être vigilant sur le parasitisme (strongles et ténia). Il est aussi possible de mettre un nourrisseur à l'herbe pour les agneaux, ce qui favorisera le sevrage.
Le chargement est de l'ordre de 15 à 20 brebis par hectare au printemps et de 6 à 10 en été.
Dans tous les cas, il faut estimer la quantité d'herbe disponible et ajuster le nombre de brebis à mettre dans la parcelle. Pour éviter le surpâturage, les brebis doivent changer de parcelle lorsque la hauteur d'herbe est de 3 à 5 cm. Et lorsqu'il n'y a plus d'herbe, il vaut mieux rentrer les brebis en bâtiment ou « sacrifier » une seule parcelle en leur donnant du foin ou de la paille.

 

Réformer les improductives

Réformer les brebis improductives est la mesure la plus radicale pour réaliser des économies. Chaque brebis improductive coûte entre 80 et 90 € par jour (source Inosys réseau d'élevage ovin).
On réformera donc les brebis âgées et/ou en mauvais état corporel ; les femelles avec un seul quartier de lait, limitant le nombre d'agneaux allaités et leur croissance ; les « mauvaises » mères qui adoptent mal leurs agneaux ; les brebis (souvent grasses) qui ratent régulièrement leur agnelage ; les boiteuses chroniques.

 

Notation de l'état corporel des brebis

Surtout lorsque l'on distribue de la paille ou si l'herbe est insuffisante, le suivi de l'état d'engraissement des brebis aux différents stades physiologiques est indispensable. Pour cela, l'éleveur pratique une palpation dorsale au niveau des reins. Une vingtaine de brebis suffit, l'important est de choisir les plus représentatives du troupeau.
En fin de gestation et à la mise bas, les brebis doivent être « en état » afin d'assurer un poids de portée suffisant puis une bonne lactation. En effet, à cette période, les besoins sont difficilement couverts par l'alimentation et la brebis doit puiser sur ses réserves de graisse.

 

Diagnostic de gestation

Il est conseillé de réaliser une détection de gestation 45 jours après la lutte. Ainsi, on allotera les femelles vides pour les remettre en lutte, les pleines avec un agneau et celles avec deux agneaux ou plus.
Le coût du diagnostic est de l'ordre de 1 à 1,5 € avec dénombrement, soit l'équivalent de 10 à 17 de kg de paille. Il est donc facilement compensé par l'économie sur l'alimentation. Il est possible de trouver dans les vides celles qui sont réellement improductives.

 

Mise en reproduction

Sauf en système herbager où l'on peut décaler les luttes d'un mois, il faut éviter de changer les dates de reproduction, sinon la fertilité diminue et il est souvent difficile de recaler les luttes l'année suivante.
Pour une bonne fertilité, les brebis mises en lutte doivent être en reprise de poids. Il est possible de faire un « flushing » si la qualité de l'alimentation est un peu déficitaire en distribuant 300 g de céréales en commençant trois semaines avant la lutte, pendant la lutte et 21 jours après la lutte (nidation du fœtus). Les luttes sont de 5 à 6 semaines à contre saison et de 4 à 5 semaines en saison sexuelle. Il faut 25 à 30 brebis par bélier à contre saison et jusqu'à 40 en saison. Les agnelles seront luttées à part avec un bélier adulte, à raison de 20 agnelles par bélier.

 

Achat d'aliments

Avant de passer commande pour de l'aliment, il est impératif d'en demander la composition, la valeur en UFL, PDIN et PDIE, MAT, et de vérifier s'il est conforme aux cahiers des charges (Label rouge, ...) et de comparer le prix de l'UFL par rapport à des céréales.

 

Quelques principes alimentaires

Il est impératif de garder le bon foin pour les brebis en lactation et fin de gestation.
Il n'est pas possible de nourrir des brebis avec peu de foin ou de paille. Il faut qu'elles mangent suffisamment de fourrage grossier pour, d'une part, ruminer et, d'autre part, être rassasiées.
On peut faire des rations qu'avec de la paille pour des animaux à faibles besoins (entretien et début de lactation). Pour les brebis en fin de gestation et en lactation, on peut remplacer une partie du foin par de la paille, mais la complémentation sera plus conséquente. Il faudra calculer le coût de la ration.
Les brebis peuvent consommer tout type de fourrage même avec de l'ensilage de maïs.
Même si les brebis peuvent faire l'accordéon, elles doivent être bien alimentées en fin de gestation (quatrième et cinquième mois) afin d'avoir des agneaux lourds à la naissance et en début de lactation (bonnes croissances des agneaux, en séparant les mères allaitant des simples de celles ayant des jumeaux). Un agneau lourd à la naissance (3,5 à 4,5 kg pour des doubles, 5 à 6 pour des simples selon le type génétique) et ayant une bonne croissance consommera moins de concentré et aura un poids de carcasse supérieur : une différence de 1 kg à la naissance, c'est au moins 1 kg de carcasse de plus. Des agneaux petits à la naissance (moins de 2,5 kg) ont plus de chance de mourir.

 

Philippe Allaix, Chambre d'agriculture de la Loire

 

Mots clés : ALIMENTATION OVINS FOURRAGES