Catastrophe naturelle
Orages de grêle : un an après...

Samedi 15 juin 2019, un violent orage de grêle s’abattait sur plusieurs communes de la Loire, entre Saint-Etienne et la limite avec la Haute-Loire, réduisant à néant les récoltes d’herbe et de céréales sur son passage. S’en sont suivis d’autres épisodes de grêle sur notre département : lundi 1er juillet, sur quasiment le même secteur, le Jarez et le sud des monts du Lyonnais, un orage de grêle touche des exploitations d’élevage et arboricoles ; samedi 6 juillet, un nouvel orage traverse la Loire des monts du Forez aux monts du Lyonnais (axe Montbrison – Feurs) et occasionne d’importants dégâts sur les toitures. Comment les agriculteurs concernés ont surmonté cette épreuve ? Quel travail a été fait le le réseau FDSEA-JA après ces orages et depuis un an sur le plan de la protection ?
Orages de grêle : un an après...

« Le rôle du syndicalisme est d'être sur le terrain pour, dans un premier temps, soutenir les agriculteurs après un orage de grêle, car ils sont démunis », voici comment Jean-Luc Perrin, secrétaire général de la FDSEA de la Loire, argumente l'organisation de plusieurs visites dans les exploitations suite aux orages de grêle qui ont occasionné de nombreux dégâts en début d'été 2019. « Le premier orage a eu un impact sur onze communes », entre Saint-Etienne et la limite avec la Haute-Loire. « Très rapidement, le réseau FDSEA – JA s'est mobilisé. Le soir même de l'orage, les deux présidents ont été alertés. Le dimanche matin, ils étaient sur place. Et le lundi était organisée une tournée sur le secteur pour constater les dégâts ». Après le soutien psychologique, « le rôle du réseau est, dans un second temps, de voir si des aides financières peuvent être obtenues, mais ceci demande plus de temps. C'est pour cela que rapidement nous avons sollicité les services de l'État et les élus pour qu'ils constatent sur le terrain les dégâts. »
Quand le président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes a appris que des orages de grêle avaient touché plusieurs secteurs de son territoire, il a souhaité faire le tour des départements concernés pour être aux côtés des agriculteurs. Il s'est alors rendu sur l'exploitation du Gaec de Colonge, à Saint-Maurice-en-Gourgois, vendredi 21 juin. De nombreux agriculteurs de la Loire et de Haute-Loire voisine avaient fait le déplacement. « Quand on voit que nous sommes soutenus, ça redonne du baume au coeur », avoue Jean-Luc Perrin, lui même directement concerné par les conséquences de l'orage de grêle du 15 juin. « Mais, précise-t-il, nous n'avons jamais assuré les agriculteurs qu'ils auraient des aides. »

 

Solutions techniques et aides financières

En premier lieu, il a fallu trouver des solutions techniques pour sauver ce qui pouvait encore l'être. Ce fut le rôle de la Chambre d'agriculture. « Dans cette situation, les agriculteurs ont dû, et ont su, s'adapter et rebondir. Ils ont eu la chance qu'une période clémente ait suivi cet épisode de grêle, avec un temps sec. » La plupart des agriculteurs ont ramassé les céréales en vert pour pouvoir semer des cultures pour assurer des stocks fourragers. « Cela fait des charges, mais il faut bien pouvoir nourrir les animaux. »
Le réseau FDSEA-JA, en lien avec la Chambre d'agriculture et l'administration, a travaillé sur le dossier de reconnaissance en calamités agricoles. « Il faut avoir au moins 30 % de pertes sur un seul événement ; on ne peut pas cumuler des pertes suite à un orage et suite à la sécheresse, rappelle Jean-Luc Perrin. Des bilans fourragers ont été réalisés sur plusieurs exploitations. Puisque les ensilages d'herbe avaient été faits avant l'orage, les pertes étaient entre 26 et 27 %. Ces chiffres ont été présentés au Comité départemental d'expertise (CDE). Le dossier de demande de reconnaissance en calamités agricoles de la Loire a été retoqué par le comité national. »
L'année précédente, les agriculteurs avaient pu bénéficier d'une aide de la Région pour la sécheresse. « Nous avons donc sollicité le Conseil régional pour avoir une aide suite à la grêle, sur le même principe. La Loire a travaillé avec la Haute-Loire sur ce dossier. Nous avons rencontré à plusieurs reprises Jean-Pierre, Taite, le vice-président en charge de l'agriculture. Mais la Région se basant sur les conclusions du CDE, et comme les pertes n'atteignaient pas 30 %, nous n'avons pas pu obtenir d'enveloppe. » Les agriculteurs ligériens frontaliers de la Haute-Loire sont nombreux à se demander pourquoi leurs collègues alti-ligériens ont touché une aide régionale. Jean-Luc Perrin explique : « les agriculteurs de quatre communes de Haute-Loire ont effectivement bénéficié d'une petite somme d'argent venant de la Région. La Haute-Loire fait partie des trois départements qui avaient un résidu d'enveloppe qui n'avait pas été utilisé précédemment. Il a finalement été affecté aux agriculteurs touchés par la grêle. La Loire avait consommé toute son enveloppe.»
Mais « nous avons quand même obtenu certaines choses pour les agriculteurs de notre département, même si je sais que ce n'est pas assez pour certains », poursuit Jean-Luc Perrin. Après sollicitation, « la MSA a joué le jeu ; elle a pu dégager une enveloppe. Les agriculteurs touchés par la grêle on dû remplir un dossier pour bénéficier d'une prise en charge des cotisations. Pour ceux qui en ont fait la demande, la somme n'était pas négligeable. » La FDSEA et les JA ont également négocié l'exonération de la TFNB. « Malheureusement, cette mesure n'a pas pu être obtenue pour les agriculteurs concernés par les autres orages. Nous sommes allés chercher tout ce que nous pouvions pour les agriculteurs. » Les banques ont proposé des emprunts à taux réduits, très accessibles, pour que les agriculteurs puissent acheter des stocks de fourrages.
Quant à l'orage du 6 juillet qui a troué beaucoup de toits, le syndicalisme était sur place dès le lundi après-midi avec l'administration pour voir quels leviers pouvaient être actionnés. « Les dégâts n'étaient pas les mêmes : principalement les toitures, mais aussi les cultures. Les grêlons étaient plus gros que les orages d'avant. Les assurances constituaient le premier levier à actionner. Les agriculteurs ne peuvent pas rester sans toits étanches plusieurs mois. C'est pour cela que la FDSEA est entrée en contact avec les deux principaux assureurs. C'est notre rôle d'inciter les responsables à faire accélérer les dossiers. »

 

Systèmes de protection

Les intempéries sont récurrentes et c'est du rôle du syndicalisme d'actionner tous les leviers pour aider les agriculteurs. Mais c'est aussi son rôle de travailler sur le sujet de la protection contre la grêle. « Il faut avancer vite en viticulture et en arboriculture pour protéger les plantations, estime Jean-Luc Perrin. Une des solutions est de passer par les collectivités pour qu'elles aident à financer certains investissements de protection. La Région peut par exemple s'appuyer sur le deuxième pilier pour trouver des solutions. La FRSEA travaille à des solutions. En élevage, des aides à l'achat de bâches de protection pour les silos pourraient être mises en place. Il ne faut pas oublier les communautés de communes ou les agglomérations : les collectivités pourraient nous soutenir pour des fusées ou des ballons anti grêle, que les agriculteurs ne peuvent pas financer seuls en raison du coût très élevé. Il faut mettre la société civile autour de la table et les assurances, car ces systèmes peuvent protéger beaucoup de biens. Ce sera un travail de longue haleine, mais les agriculteurs et le réseau FDSEA-JA sont prêts à s'en occuper. Dans le Rhône, des essais ont été conduits avec des fusées. Le retour est assez concluant, mais heureusement que la métropole lyonnaise a aidé financièrement.» Jean-Luc Perrin avoue qu'avec le confinement, « tous ces dossiers sont à l'arrêt. Nous devons nous remettre au travail, mais ce n'est pas en une année que tout va pouvoir se mettre en place. »

 

Lucie Grolleau Frécon