Intercéréales
La souveraineté alimentaire au menu

Si la souveraineté alimentaire est souvent évoquée, beaucoup d’obstacles se dressent pour qu’elle puisse s’exercer pleinement par manque de vision politique.

La souveraineté alimentaire au menu
La souveraineté alimentaire était au coeur des débats lors de l’assemblée générale de l’interprofession céréalière Intercéréales. crédit : DR

Il a été question beaucoup de souveraineté alimentaire lors de l’assemblée générale de l’interprofession céréalière Intercéréales qui s’est déroulée le 22 novembre à Paris. Invitée à débattre du sujet, Natacha Polony, directrice du magazine Marianne et chroniqueuse à France Inter, a notamment insisté sur le fait que la souveraineté ne peut exister que si un pays dispose des armes nécessaires à son exercice. « Pour être souverain, il faut avoir les armes de cette souveraineté », a-t-elle déclaré.

Ainsi il en est de la souveraineté alimentaire, souvent évoquée dans les discours depuis la crise de la Covid et de la guerre en Ukraine. Elle reste encore à l’état de concept en Europe en raison des nombreux obstacles qui se dressent sur le chemin, selon Céline Imart, présidente du comité de promotion communication d’Intercéréales. Et l’agricultrice de déplorer les nombreuses directives imposées par Bruxelles, les accords de libre-échange, les surinterprétations de l’administration française, l’influence grandissante des ONG qui empêchent la souveraineté alimentaire de s’exercer pleinement.

Sur la question de l’eau par exemple, indispensable à l’agriculture, un sujet particulièrement prégnant aujourd’hui avec le conflit de Sainte Soline dans les Deux-Sèvres. Même si le ministre de l’Agriculture a jugé « désespérants », les débats autour des projets de réserve de substitution et « qu’il n’y a pas d’autres solutions que de stocker en période hivernale quand la ressource est abondante pour la restituer en été », il n’en reste pas moins que le tempo est donné par les ONG environnementales sur le sujet.

La France absente à Bruxelles

En clair, l’Europe et la France en particulier manquent de vision politique en la matière. La faute aux ONG, à Bruxelles, dira-t-on à Paris. Mais s’il en est ainsi, si Bruxelles impose toujours sa  vision un tant soit peu malthusienne, la France doit reconnaître sa part de responsabilité. Elle n’a pas suffisamment investi l’espace européen, contrairement à d’autres pays, estime Henri de Castries, l’ancien président d’Axa et président de l’Institut Montaigne, un think tank libéral, également invité à l’Assemblée générale. Avant de mettre en garde les professionnels de ne pas rater la prochaine révolution technologique (les biotechnologies, le numérique…), comme l’a fait l’imprimerie au XVe/XVIe siècle, ou le moteur à explosion au début du XXème siècle. Une façon de délivrer un autre message : ne pas être en permanence sur la défense de l’existant. Exemple, plutôt que de se battre contre la signature d’accords de libre-échange et les distorsions de concurrence, les professionnels devraient promouvoir la mise en place d’une taxe carbone aux frontières qui ménagerait un espace de compétitivité pour les entreprises. Message reçu par Jean-François Loiseau, réélu à la présidence d’Intercéréales, en indiquant que la filière céréalière devait être attentive aux innovations, « montrer son ambition » et « ne pas se défendre en permanence ». 

Actuagri

Assemblée nationale : Une mission d’information sur la souveraineté alimentaire

La commission des affaires européennes de l’Assemblée nationale a décidé de lancer une mission d’information sur la souveraineté alimentaire européenne. Charles Sitzenstuhl, député Renaissance du Bas-Rhin et Rodrigo Arenas, député LFI de Paris, ont été désignés comme rapporteurs. De plus en plus de voix s’élèvent pour déplorer l’excessive dépendance de la France et de l’Europe pour certains produits alimentaires. De nombreux élus appellent l’Union européenne à réviser sa Stratégie de la Ferme à la table qui sacrifie trop la production agricole au profit d’enjeux environnementaux. Le ministre de l’Agriculture en est convaincu. « On ne peut dépendre totalement des autres. On ne peut faire comme si la crise de la Covid et le conflit ukrainien n’existait pas », a-t-il indiqué à l’Assemblée générale d’Intercéréales.