Sicarev coop
Un équilibre matière complètement bouleversé

Les abattoirs du département n’ont pas cessé de fonctionner pendant le confinement. Philippe Fénéon, responsable filière bovine au sein de Sicarev coop, fait le point sur les outils d’aval du groupe coopératif situés dans la Loire.
Un équilibre matière complètement bouleversé

A l'annonce du confinement, les supermarchés ont été pris d'assaut. « Les entreprises comme la nôtre ont connu un sursaut d'activité que nous n'avions pas anticipé, avoue Philippe Fénéon, responsable filière bovine au sein de Sicarev coop. Cette situation a duré deux semaines. S'en sont suivies deux semaines atones, avec des grandes disparités selon les sites et la localisation du client, poursuit celui qui a en charge le pilotage des sites aval de la filière. » L'abattoir de Saint-Etienne fournit l'atelier de désossage de Sury-le-Comtal, dont les clients sont en majorité des grossistes pour la restauration hors foyer. « Les volumes ont chuté de 50 %. » L'outil de Roanne a comme clientèle surtout la grande distribution. « L'effet négatif a été moins marqué. On estime à une baisse de 5 à 10 % d'activité. »
L'équilibre matière a complètement été bouleversé. « Nous avons des difficultés à valoriser certains morceaux. Nous avons été obligés de congeler des filets de bœuf avant Pâques. Les avants sont demandés pour les produits élaborés, notamment pour les steaks hachés frais et congelés. »
Philippe Fénéon précise que « même si nous sommes à un niveau un peu plus bas que d'habitude pour le commerce traditionnel, l'activité d'abattage et de découpe s'est désormais stabilisée. L'arrêt de la restauration hors foyer s'est traduit par un stock de vaches laitières dans les troupeaux. Il tend désormais à se résorber. La demande en haché a suscité un regain de demande pour les vaches allaitantes. » L'arrêt de la restauration hors foyer a aussi un gros impact sur les veaux gras. Cette activité est à l'arrêt à l'abattoir de La Talaudière. « Il y a de gros stocks dans les exploitations, décalant les plannings, indique Philippe Fénéon. C'est compliqué pour les élevages qui sont en intégration pour cette filière. Nous avons été obligés de congeler de la viande. Ceci engendre un surcoût et des problèmes de trésorerie. On ne sait pas quand on pourra vendre cette viande puisqu'on ne sait pas quand la restauration hors foyer reprendra ». De plus, pendant l'été, « la RHF est habituellement à l'arrêt » en raison des congés.
Le marché des jeunes bovins reste également délicat, notamment en raison de l'export vers l'Italie qui est compliqué. « Les départs vers l'Italie sont limités et les prix sont décevants. Nous avons été obligés de réduire les abattages de jeunes bovins, qui restent dans les fermes. »
Philippe Fénénon confie que « nous avons un problème avec les sous-produits comme les cuirs. Habituellement, nous en exportons beaucoup vers l'Italie. Dans ce pays, l'activité de traitement de cuirs s'est arrêtée. Le marché s'est cassé la figure. Nous avons dû trouver des solutions de stockage pour les cuirs, sans savoir si nous pourrons les vendre un jour. Ils risquent de partir pour la destruction. »

 

Mesures strictes

Le site de Roanne a une activité moyenne d'abattage de 25 000 tonnes équivalent carcasse et de découpe de 20 000 tonnes. Le site de La Talaudière abat 36 000 tonnes et le site de Sury-le-Comtal découpe 15 000 tonnes. Ces trois sites emploient au total 400 personnes en production.
Actuellement, « nous comptons autour de 10 % d'absentéisme chez le personnel, pas en raison de la baisse d'activité mais pour la garde d'enfants. » D'ajouter : «Nous n'avons aucun cas confirmé de Covid-19 sur Roanne. Les salariés ont déjà de bonnes habitudes en matière d'hygiène en raison du secteur d'activité de l'entreprise. Ça aide dans ce type de crise sanitaire. Nous avons interdit l'accès à l'intérieur du site à toute personne n'y travaillant pas. Nous avons interdit les audits, les intervenants extérieurs... »
« Notre crainte était d'avoir des salariés malades et de devoir fermer des outils. Nous n'avons pas eu ce type de souci, mais nous avons conscience que nous ne sommes pas au bout du tunnel. Chacun doit rester vigilant. Nous maintiendrons les dispositifs en place encore un certain nombre de mois pour éviter de relâcher l'attention."

 

Des sueurs froides

Les outils d'abattage ont toujours pu être approvisionnés en animaux. « Les chauffeurs de camions ont toujours pu aller ramasser les animaux dans les élevages, même si les technico-commerciaux ne se déplacent que très exceptionnellement dans les fermes », explique Philippe Fénéon. En matière de maintenance ou d'approvisionnement en consommables, « nous avons eu quelques sueurs froides au début du confinement, le temps que les entreprises prennent leurs dispositions et s'organisent. Désormais, nous constatons que les entreprises se sont mises en ordre de marche." Le groupe coopératif a dû anticiper. « Nous nous sommes organisés pour avoir trois mois de stock de pièces de rechange. L'inconvénient est que cela demande de la trésorerie. » et quand une panne survient, « nous devons être encore plus vigilants que d'habitude lorsqu'une personne extérieure entre pour réparer ».
Dans les supermarchés, les rayons traditionnels ont fermé au début du confinement. Quelques-uns ont ré-ouvert. La viande a surtout été commercialisée en UVCI (Unité de vente consommateur industrielle, produits élaborés). «Au début du confinement, nous avons eu peur de manquer de barquettes pour vendre les morceaux. Mais finalement nous n'avons pas eu de problème d'approvisionnement. »
Philippe Fénéon assure également que « nous n'avons pas eu de problème de logistique pour livrer les clients. La force du groupe Sicarev coop est de détenir sa propre filiale de transport et logistique. » Néanmoins, les responsables de Sicarev coop sentent arriver un problème : « nous allons sûrement devoir faire face à des non paiements par des clients, qui eux-mêmes n'arrivent pas à se faire payer de leurs clients. Nous aurons des dossiers compliqués à traiter. »

 

Lucie Grolleau Frécon