CIRCUITS COURTS
Au bonheur du drive

Dès la mise en place du confinement et la fermeture annoncée du marché du samedi matin à Rive-de-Gier, les producteurs se sont organisés en « drive » dans un endroit très bien placé, proche de l'autoroute. Une aventure bénéfique à plus d'un titre.
Au bonheur du drive

« C'est bientôt les fraises ? » Par la fenêtre de leur voiture entrouverte, les clients du drive interrogent le maraîcher. Qu'ils se rassurent, leur impatience sera très bientôt récompensée.

Samedi 9 mai, le balai des véhicules était ininterrompu - mais très bien organisé – sur un terrain nu, converti en lieu d'abondance, juste à la hauteur de la sortie 11 de l'autoroute A47. Le drive de la Madeleine, à Saint-Maurice-sur-Dargoire, n'aura pas tardé à attirer ses adeptes. Retour sur la genèse de cette organisation.

 

Des producteurs très réactifs


Quand la nouvelle de la fermeture du marché de Rive-de-Gier est tombée, les producteurs locaux qui le composaient n'ont pas baissé les bras, question de survie. Ils ont lancé l'idée d'un drive et se sont mis immédiatement en quête d'un terrain privé pour l'installer. « J'ai frappé à quelques portes et finalement le propriétaire du restaurant entre Rhône-et-Loire nous a dit oui », explique Cyril, éleveur ovin et responsable du groupe. Ainsi, dès le samedi suivant, sans aucune coupure, le drive de la Madeleine était en place !
« Au départ, j'étais sceptique », avoue, Jérôme, le producteur de volailles, « je croyais que nous ne verrions que quelques dizaines de clients. »
Bien sûr, tout ne fut pas simple. Il a fallu s'occuper des démarches administratives, avec l'aide de la Chambre d'agriculture, roder l'organisation et communiquer.
Pour Huguette, productrice de fromages, c'était un peu la dernière chance « C'est bien simple, avant, on faisait six marchés. Dans un premier temps, ils ont tous fermé, en plus de l'arrêt des restaurants... On a réussi à sauver celui de Longes et donc celui de Rive-de-Gier avec ce drive. C'était indispensable car si pour le lait de vache on peut jongler avec la laiterie, pour la chèvre, en pleine lactation, il fallait vendre. »

 

Un succès à court terme, des outils à long terme


Pour le premier drive, les producteurs ont tout juste eu le temps de prévenir leurs bons clients par SMS. Résultat : 180 véhicules. Ensuite, le chiffre n'a fait que grimper pour atteindre au maximum 400 voitures ! « La création de notre page Facebook a été déterminante », analyse Cyril.
Le principe est relativement simple, les clients passent commande par SMS aux producteurs avant le jeudi midi. (« Au départ, on avait mis le vendredi midi, mais le délai était trop court pour préparer les commandes », reconnaissent les agriculteurs), qui leur confirment toujours par SMS avec le montant à préparer (chèque ou espèces) et le numéro de commande. Les clients n'ont plus qu'à se présenter, à ouvrir leur coffre pour que les producteurs le remplissent. « De cette manière ils sont certains d'avoir ce qu'ils veulent, de ne pas trouver un étalage vide », font remarquer les producteurs.
Mais le drive a sensiblement bouleversé leur organisation. La préparation des commandes est un travail long, « surtout pour ceux qui doivent faire de la découpe », et méticuleux. « Je gère mes commandes sur un tableau Excel. Peut-être existe-t-il des logiciels qui pourraient nous faciliter la tâche ? », s'interroge Cyril.

Alors, certes, les producteurs n'ont pas attiré jusqu'au drive tous les clients, « notamment les personnes âgées de Rive-de-Gier » mais ils en ont gagné des nouveaux. « Je ne devrais pas le dire mais j'ai fait mon meilleur Pâques depuis que je suis installé », reconnaît l'éleveur d'agneaux. Les clients viennent de toutes les communes alentours, jusqu'à Givors. Certains se sont organisés pour passer commande pour 6 ou 7 personnes d'un même quartier.
Au final, les producteurs se sont dotés d'outils très précieux (réseaux sociaux, listing, téléphone). « On a explosé le nombre de nos contacts. Ce sera très utile à l'avenir. Imaginez quand un producteur aura un surplus de marchandises en plein pic de production, il pourra solliciter ses clients pour doper sa vente. »

 

Avec l'aide de bénévoles !


Parmi les bonnes surprises de cette période de confinement à retenir, la solidarité des consommateurs. « Des gens sont venus spontanément nous proposer leur aide. Ainsi nos documents de communication diffusés régulièrement sur Facebook ainsi que la gestion de la circulation à l'entrée du parking sont assurés par des bénévoles », signalent les exposants. L'un des bénévoles a même eu l'idée de préparer un questionnaire sur la faune et la flore pour faire patienter les clients dans la file d'attente, qui au demeurant, n'a jamais excédé 15 à 20 minutes.
La solidarité s'est aussi manifestée entre les producteurs mais cela n'a pas surpris Huguette « On se connaît depuis longtemps, on avait l'habitude de se rendre des services sur le marché. »

 

Retour à Rive-de-Gier


Si le marché de Rive-de-Gier reprend ses droits dès samedi, le principe du drive sera maintenu pour ceux qui le souhaitent. D'autres idées ont déjà germé comme celle de proposer à la vente (35 euros) des paniers « tout faits » composés d'un panachage de produits des agriculteurs.
Les producteurs envisagent de se monter en association pour se faciliter la tâche lorsqu'ils ont des dépenses collectives à assumer. « On organisera prochainement un apéro jus de pomme-gâteaux pour remercier ceux qui nous ont suivis sur le drive. » Les consommateurs le méritent bien. « On a sauvé nos fermes grâce à ça ».

 

David Bessenay

 

Des clients satisfaits et solidaires

« Nous sommes des fidèles du marché et nous voulions continuer à consommer local. C'est facile, bien organisé avec le numéro de commande ». L'avis de ce couple de retraités de Rive-de-Gier semble refléter l'opinion générale. L'efficacité et la rapidité du système drive sont louées par tous même si, bien sûr, les consommateurs seront contents de retourner flâner sur le marché de leur ville.
Leur démarche se veut aussi militante : « On soutient les producteurs ! Mais ça marche dans les deux sens car c'est bien pour nous aussi : pour la sécurité sanitaire de tous et la qualité alimentaire... Le commerce de proximité, il n'y a que ça de vrai ! C'est là que se joue l'économie. »
Cyril est aussi ravi de ce nouveau rapport qui s'est établi avec les clients. « Pour les commandes, nous avons donné nos prénoms, ça crée de la complicité. Ils nous envoient des SMS pour nous remercier d'avoir bien mangé, pour se réjouir pour nous quand il pleut. Ils ajoutent des smileys, c'est génial. »