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Le syndicalisme rencontre la nouvelle préfète

Situation climatique, nuisibles, future Pac, conjoncture… autant de sujets qui ont été abordés, mardi 6 octobre, entre les responsables syndicaux FDSEA et JA et la nouvelle préfète de la Loire. Retour sur ce premier entretien avec Nicolas Lenoir, président de Jeunes agriculteurs Loire, et Gérard Gallot, président de la FDSEA.
Le syndicalisme rencontre la nouvelle préfète

Lors de l'assemblée générale de la FDSEA, mi-septembre, il avait été acté de constituer un dossier de demande de reconnaissance en calamités agricoles pour le département. Où en êtes-vous dans cette démarche ?
Nicolas Lenoir, président de Jeunes agriculteur Loire : « Les cartes fournies par le système Isop (Information et suivi objectif des prairies) mettent en évidence que tout le département est concerné par la sécheresse. Nous devrions donc pouvoir demander le classement de l'ensemble du département en calamités agricoles. Un nouveau point sera fait avec la DDT le 20 octobre. L'objectif est de déposer le dossier de la Loire en fin d'année ou début d'année 2021. Mais déposer un dossier ne veut pas dire qu'il sera accepté, ni que tout le département sera retenu. Nous avons déjà connu ce genre de déboires les années passées. »
Gérard Gallot, président de la FDSEA de la Loire : « Nous attendons désormais le rapport de Météo France, qui doit dire si l'année climatique a un caractère exceptionnel ou pas. Nous rencontrerons les représentants de la DDT ensuite pour poursuivre ou non le travail de constitution du dossier. Tout le département pourrait effectivement être classable, mais on voit bien des différences selon les territoires. Il y a donc un risque pour que tout le département ou une partie du département ne soit pas retenu par le CNGRA. A nous de constituer un dossier solide pour mettre toutes les chances de notre côté. Des bilans ont été faits en fin d'été par la Chambre d'agriculture. Nous attendons de rencontrer la DDT pour voir s'il faut les compléter ou pas. »

 

Quelle est la situation actuellement dans les exploitations vis-à-vis du manque de pluviométrie ?
GG : « D'après les remontées du terrain via le réseau FDSEA, même si tout le département est concerné par la sécheresse, certaines zones sont plus impactées que d'autres. Il y a aussi des différences selon les systèmes d'exploitation. Je pense en particulier au Roannais, qui subit des sécheresses de manière récurrente. En 2019, la sécheresse a perduré sur l'automne, et elle a sévi à nouveau en 2020. C'est inquiétant. La rencontre avec la préfète a été l'occasion d'aborder, même rapidement, l'irrigation. Différents leviers existent pour aider les exploitations à s'adapter au changement climatique ; l'irrigation en fait partie. La préfète et nous estimons qu'il faut poursuivre le travail enclenché avec les services de l'Etat sur la ressource en eau. »
NL : « La pluie arrive malheureusement trop tard. En plus, sur certains secteurs, la pluie est tombée en abondance ces derniers jours et les animaux ont tendance à abîmer les prairies... Mais globalement, la pluie a redonné un peu le moral aux agriculteurs. Certains éleveurs ont pu anticiper l'achat de fourrages et devraient passer plus facilement l'hiver. D'autres non, et les prochains mois seront compliqués pour eux. Notre réseau doit vraiment être vigilant envers ces agriculteurs pour qu'ils ne se sentent pas isolés. Faire remonter via le réseau les problèmes de son voisin n'est pas de la délation mais bien du soutien. On sent de la détresse chez des agriculteurs, notamment des éleveurs du Roannais. Ils sont inquiets, avec la sécheresse, mais aussi la conjoncture... Les jeunes sont bien évidemment directement concernés, avec des investissements récents. »

 

Qu'avez-vous rapporté à la préfète concernant la conjoncture ?
NL : « En fait, nous attendons toujours que les EGA s'appliquent dans les exploitations.
Paul Meunier, secrétaire général de JA Loire, a abordé les cours des broutards, qui sont actuellement bas. Les prix ne sont pas cohérents avec les indicateurs de la FNB.
Pour le lait, tous les voyants sont favorables à des cours corrects. Nous avons peur que les laiteries se cachent derrière le Covid pour ne pas payer les producteurs comme il se doit. »
GG : « Il y a une forte inquiétude quant à l'application des EGA, notamment dans la filière allaitante. Il semblerait que les cours de la viande se soient améliorés. C'est surtout la situation du broutard qui est problématique. Nous ne sommes pas dans une situation d'abondance de broutards, la demande semble se maintenir en Italie. Nous ne comprenons pas les cours pratiqués, qui mettent en péril les exploitations. Le syndicalisme réfléchit à des actions à conduire pour remédier à cela. Je pense que des solutions pourraient être trouvées avec les opérateurs. Du côté de la filière laitière, des choses ont été faites, mais il en reste encore à faire. La FDSEA, et plus globalement la FNSEA, soutient l'Organisation de producteurs livrant à la laiterie Guilloteau pour que les EGA s'appliquent. Le tribunal est allé dans le bon sens (lire dans le journal du 2 octobre), mais des discussions sur le contrat doivent avoir lieu. Le syndicalisme travaille sur ce dossier avec des avocats pour aller dans le sens de l'application de la loi Alimentation. »

 

Quels sont les points de vigilance quant à la future Pac ?
GG : « Avec la préfète, nous avons fait un point sur l'importance de la Pac dans notre pays. Les deux dernières réformes ont plutôt été favorables pour notre département. La quasi-totalité des communes de la Loire a été classée en zone défavorisée. C'est pour cela que nous serons vigilants sur le deuxième pilier, qui est donc stratégique pour notre département. Mais nous n'oublions pas le premier pilier, avec des aides destinées aux professionnels. Nous sommes donc attachés à une vraie définition de l'actif agricole. Si la Pac est professionnelle, elle sera mieux comprise par nos concitoyens. »
NL : « Pour la future Pac, nous sommes particulièrement attentifs au deuxième pilier. Il faut absolument que l'Etat et les Régions arrivent à trouver un accord pour éviter que des territoires comme le nôtre ne soient perdants vis-à-vis des montants de la DJA et du PCAE, deux aides qui sont co-financées par l'Etat et la Région. Actuellement, ces aides viennent à 80% de l'Etat et à 20% de la Région. Si ces pourcentages tendent à se rapprocher, les régions n'auront pas d'enveloppe suffisante. C'est pour cela que JA pousse pour que ces pourcentages restent les mêmes. C'est une nécessité si nous voulons des installations demain : si la Pac n'accompagne pas autant les agriculteurs de notre territoire, il n'y aura plus d'éleveur demain. »

 

Les dégâts de nuisibles sur les cultures ont inévitablement été abordés ?
NL : « Effectivement, un point a également été fait sur les dégâts de gibiers. Les choucas des tours ont occasionné beaucoup de dégâts sur les cultures ce printemps. Le syndicalisme travaille actuellement sur ce dossier dans l'objectif de demander une dérogation pour permettre des tirs de prélèvement pour cette espèce, non classée comme nuisible. »
GG : » Je confirme, plusieurs centaines d'hectares de cultures concernées par des dégâts de choucas des tours ont été signalés à la FDSEA. Nous avons aussi évoqué les dégâts de sanglier. Sur ce point, nous avons besoin d'une administration réactive. Les discussions portent actuellement sur le piégeage. La FDSEA et les JA apporteront leur contribution pour mettre en place des cages dans les zones où la chasse est compliquée. »

 

L'agribashing fait-il aussi partie des sujets de préoccupation des responsables professionnels et des agriculteurs ?
GG : « Dans un communiqué daté de la semaine dernière, la FDSEA et les JA apportent tout leur soutien au monde du cheval, qui vit des moments difficiles avec les mutilations faites aux équidés. Entre ces attaques et les vidéos filmées dans des élevages, souvent hors-sol, ou des abattoirs et diffusées par des associations de défense du bien-être animal, on vit une extrémisation des positions dans notre société, mal vécue par les agriculteurs. Les éleveurs sont passionnés de leur métier et savent s'occuper de leurs animaux. Un positionnement politique est plus que nécessaire. L'agriculture est une activité économique, il faut donc faire attention aux règles qui s'y appliquent. On ne peut pas demander à l'agriculture française de monter en gamme et en même temps dire que les produits français coûtent trop cher, et aussi importer des aliments de l'étranger produits avec d'autres règles vis-à-vis de l'environnement et du bien-être animal. »
NL : « Notre projet de mandature est la communication positive sur l'agriculture, mais c'est difficile de le mettre en œuvre dans ce contexte. Heureusement, le groupe communication ne manque pas d'idée ».

 

Propos recueillis par Lucie Grolleau Frécon