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Produits carnés

Cancer et viande, un lien à relativiser

L’annonce de l’OMS sur le lien avéré entre cancer et viande transformé a fait grand bruit ce début de semaine. L’interprofession bétail et viande insistait sur le fait que les conclusions doivent être remises en perspective par rapport aux niveaux réels de consommation de viande rouge en France.
Cancer et viande, un lien à relativiser

Le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), agence de l'organisation mondiale de la santé (OMS) spécialiste du cancer, a publié en début de semaine sa première évaluation de la cancérogénicité de la consommation de viande rouge et de viandes transformées. Il explique que les viandes transformées ont été évaluées «cancérogènes pour l'homme». On trouve dans ces viandes transformées les charcuteries (salaison, maturation, fermentation, fumaison...), mais aussi les viandes en conserve. La viande rouge (bœuf, veau, porc, agneau, mouton, cheval, chèvre) est jugée «probablement cancérogène». La classification du Circ indique le degré de certitude selon lequel un agent peut provoquer le cancer (danger), mais pas la probabilité qu'un cancer survienne (risque). Il mesure seulement la solidité des liens observés par les scientifiques entre l'apparition de cancer et l'exposition à un produit. Le classement «cancérogène» indique que l'on dispose d'indications convaincantes qu'un agent cause le cancer chez l'homme, grâce à une étude épidémiologique, ou à des données probantes sur les effets d'un agent sur le développement du cancer chez l'homme. Le classement cancérogène «probable» signifie qu'un lien a été observé avec l'exposition de l'homme à un agent, mais que d'autres explications n'ont pas pu être exclues.

Face à cette annonce, Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, a mis en garde contre la «panique». «Je ne veux pas qu'un rapport comme celui-là mette encore plus la panique chez les gens, a-t-il déclaré. Au delà d'un certain niveau de consommation, on peut avoir un cancer. On le savait déjà. On peut et on doit consommer de la viande, mais on doit le faire de manière raisonnable», a-t-il ajouté. «Il n'y a rien de nouveau. C'est la compilation d'un certain nombre d'études, sans porter assez d'attention aux quantités consommées», a réagi Robert Volut, président de la Fédération des industriels de la charcuterie (Fict). «Il ne faut pas tout mélanger : les quantités consommées en France aujourd'hui font qu'on est loin d'une problématique de santé publique», a renchéri Marc Pagès, directeur général de l'interprofession bétail et viandes Interbev.

Le communiqué d’Interbev du 26 juillet allait dans ce sens. Il souligne que « il ne s’agit pas d’une nouvelle étude scientifique mais d’un jugement d’experts ayant fait un état de l’art d’études existantes. De plus, aucune étude scientifique à date n’a permis d’affirmer qu’un aliment pouvait être à lui seul la cause d’un cancer, une maladie complexe et multifactorielle. Enfin, comme le précise le Circ, leurs classifications indiquent une cause éventuelle de cancer, mais font l’impasse sur le niveau de risque réel. Ce niveau de risque devrait prendre en compte le niveau d’exposition tel que les quantités consommées, la régularité, le mode de vie… Les conclusions de la monographie sont donc impérativement à remettre en perspective par rapport aux niveaux réels de consommation de viande rouge en France et à l’équilibre global de l’alimentation ».

En effet, les niveaux moyens de consommation se situent en France en dessous du seuil de 500 g par semaine de viande rouge cuite (soit environ 70 g par jour), préconisé par le WCRF (World Cancer Research Fund). La consommation française moyenne de viande de boucherie (boeuf, veau, agneau, viande chevaline, porc hors charcuterie) est seulement de 52,5 g/jour/personne, selon l’étude CCAF 2013 (Comportements et consommations alimentaires en France), soit l’équivalent de trois fois par semaine. « Cette consommation moyenne de viande de boucherie en France est donc inférieure à la limite recommandée par le WCRF », commente Interbev.

Le communiqué de se poursuivre ainsi : « Comme le rappelle le Circ, la viande participe à l’équilibre alimentaire grâce à ses qualités nutritionnelles et à sa capacité à structurer le repas. Elle apporte des nutriments d’intérêt avec des protéines de haute valeur biologique, du fer et du zinc bien assimilés ainsi que des vitamines du groupe B (dont la vitamine B12, uniquement présente dans les produits d’origine animale). Elle aide également à la structuration naturelle des repas au sein de menus équilibrés et variés car elle ne se mange pas seule mais accompagnée de légumes ou de féculents ».

 

LGF