Changement d’heure : pourquoi il faudra avancer nos horloges ce week-end
Dans la nuit de samedi à dimanche, la France passera à l’heure d’été : à 2 heures du matin, il sera 3 heures. L’occasion d’explorer l’histoire de cette mesure, ses impacts et de donner quelques conseils pour mieux vivre cette période de changement.
Malgré le nombre croissant d’objets connectés (smart- phone, montre, télévision, etc.), il va tout de même falloir penser à régler horloges, réveils et autres fours ce week-end. La France s’apprête en effet à passer à l’heure d’été, en ajoutant 60 minutes à l’heure légale dans la nuit de samedi à dimanche : pour être clair, à 2 heures du matin, il sera 3 heures. Si l’Union européenne (UE) a un temps travaillé à la fin de cette mesure (lire l’encadré) qui touche les citoyens à chaque fin des mois de mars et d’octobre, le changement d’heure est toujours d’actualité !
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Une bonne occasion d’en apprendre davantage sur cette organisation en place depuis 50 ans en France. En mai 1976, elle avait ainsi vu les Verts de l’AS Saint-Étienne disputer la finale de la Coupe d’Europe des clubs champions à Glasgow quelques semaines après un premier passage à l’heure d’été… qui n’en était pas réellement un : le pays avait connu pareil fonctionnement pendant trois décennies. Il avait été adopté en juin 1916, en pleine Première guerre mondiale, déjà dans un but de limiter la consommation de gaz, de charbon et de pétrole. Le débat porté par le député des Basses-Alpes André Honnorat avait agité les esprits avant que l’Hexagone s’aligne sur les modèles allemands et anglais, pour l’abandonner en 1946.
C’est le premier choc pétrolier de 1973 qui l’a remis d’actualité et les archives de l’INA permettent de revoir Valéry Giscard d’Estaing, ministre de l'Économie et des Finances à l’époque, annoncer le retour de cette pratique. Elle se concrétisera sous sa présidence avec un décret publié en 1975 pour une application au printemps suivant. L’objectif ? Favoriser des économies d’énergie en décalant les heures d’activité vers des périodes plus lumineuses. Nos voisins ont progressivement suivi le mouvement et les dates de changement d'heure sont harmonisées au sein de l’UE depuis 2002.
Un impact économique moindre
Dans un article paru à l’automne dernier, Le Monde s’est intéressé à ses répercussions sur nos factures. Grâce à cette mesure, « les foyers paient, en moyenne, un peu plus en électricité le matin, mais économisent finalement le soir. Pour avoir un ordre d’idées, une heure d’éclairage en moins permet d’économiser environ 10 centimes ». S’appuyant sur une étude de l’Ademe parue en 2010, ses auteurs signalaient qu’en 2009 cela avait permis d’économiser 440 GWh, « principalement sur l’éclairage public. Soit l’équivalent d’un an d’éclairage pour une ville de 800 000 habitants, comme Marseille ». Or l’amélioration des systèmes d’éclairage, sous l’impulsion des ampoules basse consommation et de la technologie LED, réduit un impact qui pourrait chuter à 258 GWh à l’horizon 2030. « Sachant que la majorité de la consommation d’énergie des ménages provient du chauffage et non de l’éclairage, les preuves d’économies d’énergie restent donc encore à démontrer », peut-on lire encore.
Quoi qu’il en soit, il faudra donc à nouveau faire avec ce fonctionnement qui perturbe les organismes humains et ceux des animaux. En bousculant notre horloge biologique, le changement d’heure peut avoir des conséquences en termes de fatigue, de troubles du sommeil ou d’humeur. Si cela ne dure généralement que quelques jours, des conseils simples permettent d’anticiper : « Avancez votre heure de coucher de quinze minutes chaque jour avant le passage à l’heure d’été, évitez les écrans avant de dormir (la lumière bleue perturbe le sommeil), gardez une routine stable (horaires fixes pour les repas et le coucher), exposez-vous à la lumière naturelle, surtout le matin », énumère info.gouv.fr, le site du gouvernement.
Franck Talluto
L'info en +
Évoquer en groupe le passage à l’heure d’été, c’est l’assurance que quelqu’un finisse par poser la question : « Mais ça ne devait pas s’arrêter ? » Effectivement, la fin du changement d’heure n’est pas une légende urbaine. Alors que l’ensemble des pays membres a progressivement adopté cette mesure initiée en France en 1976, l’Union européenne a bel et bien avancé dans cette direction. L’affaire aurait même pu être entendue dès 2021, chaque État se trouvant libre de choisir entre heure d’été et heure d’hiver. « En mars 2019, les eurodéputés ont voté pour un projet de directive supprimant le changement d'heure saisonnier. La directive devait être adoptée par le Conseil fin 2020, puis transposée par les États membres. Cependant, en raison de la crise sanitaire liée à la Covid-19, ce texte sur la fin du changement d'heure n’est plus à l’ordre du jour », résume le site d’État service-public.gouv.fr. Le Brexit et les différents conflits expliquent aussi la relégation de cette mesure en queue de peloton des priorités continentales.
« On s’adapte en décalant la traite »
Deux éleveurs du département évoquent le changement d'heure, qu'ils jugent sans impact majeur pour leur exploitation.
Si le changement d’heure peut perturber les humains, qu’en est-il dans les exploitations ? On a posé la question à Céline Mazet, établie au sein d’une exploitation avec bovins et ovins allaitants à Saint-Jean-Soleymieux. « Sincèrement, en dehors de l’heure de sommeil en moins, ce n’est pas du tout un sujet pour nous », balaie-t-elle tranquillement. Si l’éleveuse reconnaît que les animaux peuvent être perturbés deux ou trois jours, elle assure que les choses rentrent facilement dans l’ordre car « ils s’adaptent tranquillement, d’autant que beaucoup sont en plein air ». « Non, vraiment, il n’y a pas d’impact en ce qui nous concerne. C’est peut-être plus le cas pour les éleveurs laitiers », interroge Céline Mazet.
Pour avoir la réponse, direction Saint-Héand. Entre deux tâches à l’extérieur, Benjamin Moulard prend quelques minutes pour évoquer son expérience personnelle. « Sur le quotidien, il n’y a pas d’enjeu majeur, constate-t-il. On s’adapte en décalant la traite d’une demi-heure sur deux jours, ce qui permet de basculer sereinement pour ne pas impacter les habitudes de nos vaches. » Concrètement, l’opération est avancée progressivement : 6 heures le samedi, 5h30 le dimanche soit 6h30 à l'heure d'été, pour se fixer à 6 heures le lundi. Selon ce professionnel, ce sont plutôt travaux extérieurs qui sont concernés : « On a tendance à décaler nos horaires de travail, en terminant plus tard puisqu’on se calque facilement sur le coucher du soleil. »
F.T.