Comment la profession agricole a pu infléchir le nouveau Sdage ?
Quelles ont été les dernières étapes avant l’adoption définitive du Sdage ?
Bernard Denis : « Le Schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (Sdage) Loire Bretagne a été adopté le 4 novembre 2015 et sera la référence pour la période 2016-2021. Le texte de ce document, écrit par le secrétariat technique de bassin, a été soumis à une consultation du public, des assemblées, des collectivités. Notre profession n'a pas manqué d'apporter sa contribution. Toutes les chambres départementales d’agriculture des 36 départements et les chambres régionales ont fait valoir leurs points de vue par écrit. Beaucoup d'avis sont aussi remontés du syndicalisme et d'agriculteurs à titre personnel. On doit aussi remercier ici tout le travail fait par les services de nos structures agricoles pour nous aider à étayer et faire remonter nos arguments et les attentes professionnelles.
La rédaction finale est le fruit d'une synthèse des avis de consultation par la Commission restreinte (Commission planification), où bien sûr le collège des usagers économiques, dont l'agriculture et les industriels, a été très présent au cours des nombreuses séances pour faire valoir les attentes professionnelles et essayer de négocier de la modération dans les orientations de ce Sdage.
Le résultat est un document très technique et complexe dont il faudra surveiller l'application sur certains sujets. Des contraintes subsistent pour les exploitations agricoles. »
Pourquoi les représentants de la profession agricole se sont-ils abstenus lors du vote du Sdage ?
BD : « Le territoire de Loire Bretagne est divers et l'acuité des adaptations est différente selon les régions, même en agriculture. Notre vote aurait pu être éclaté. Nous avons souhaité avoir un vote unitaire sans cautionner la rédaction du Sdage, mais sans hypothéquer les discussions à venir. Nous nous sommes donc abstenus lors du vote du Sdage. »
Quel a été le rôle des représentants de l’agriculture dans l’élaboration du Sdage ?
BD : « Les deux années consacrées à la rédaction du Sdage ont été difficiles, d’une part à cause de l'ambiance parfois délétère, et d’autre part en raison de la quantité de documents à étudier. Les représentants agricoles ont tenté de faire évoluer la rédaction en étant force de propositions, parfois par de fortes oppositions. L'agriculture a été souvent malmenée, accusée et rarement écoutée.
Nos élus professionnels au Comité de bassin ont le sens de l'intérêt général, mais aussi et surtout le pragmatisme nécessaire pour faire la part des choses. En Loire Bretagne, une problématique n'a pas la même intensité suivant le territoire, que l’on soit en Bretagne, en Pays de la Loire, dans le Limousin, en Bourgogne ou en Rhône-Alpes... Ce Sdage, moins pire que ce qu'il avait été écrit au départ, conserve des contraintes pour l'agriculture. Au cours des interventions orales avant le vote, beaucoup de membres du Comité de bassin, des usagers économiques et voire de quelques élus, ont demandé avec insistance qu'il puisse être adapté à chaque territoire par une concertation locale avec les Commissions locale de l'eau (CLE) et leur président qui gèrent les Sage (Schéma d'adaptation et de gestion de l'eau), ainsi qu'avec l'administration locale qui doit faire preuve d'écoute et de réalisme. »
Quelles sont les suites à donner au Sdage localement ?
BD : « Pour notre profession, il s’agira de ne pas laisser réécrire localement de ce que nous avons pu éviter dans le Sdage. Restons vigilants et mobilisés pour le Sage. Pour notre part, en ce qui concerne Rhône-Alpes et la Loire en particulier, la gestion quantitative et le stockage de l'eau, la gestion des zones humides et des têtes de bassin, la définition des cours d'eau et leur entretien sont nos priorités. Dans notre département, la profession a essayé de mettre en place plus de dialogue avec les structures gestionnaires de ces problématiques. Des avancées ont eu lieu : invitation de nos représentants dans les contrats de territoires, dialogue constructif pour l'inventaire des zones humides. Nos élus sont sensibilisés, continuons le dialogue et l'écoute avec eux, oublions le passé, où certains omettaient de participer ou de se faire représenter dans les instances décisionnaires... Nous sommes des défenseurs de l'intérêt général, d'un territoire qui est vivant économiquement, avec une agriculture forte qui perdurera que si le juste équilibre se maintient entre l'environnemental, l'économique, le technique. L'ensemble de nos réseaux professionnels a travaillé pour rendre vivable le Sdage Loire Bretagne pour toutes les agricultures du bassin. Soyons maintenant présents dans les instances locales de travail et réclamons une juste contrepartie financière des nouvelles contraintes. »
Propos recueillis par Lucie Grolleau Frécon