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Prédation

Dans la Loire, les éleveurs en colère : « Le loup n’a pas sa place chez nous ! »

Mercredi 8 mars, la préfecture de la Loire a donné rendez-vous aux agriculteurs pour échanger autour d’un sujet explosif : le loup. Les échanges, houleux, n’ont pas convaincu les agriculteurs quand la DDT a rappelé que le prédateur n’est pas une espèce chassable.

Par Alexandra Blanchard-Pacrot
Dans la Loire, les éleveurs en colère : « Le loup n’a pas sa place chez nous ! »
Une centaine d'agriculteurs sont venus à la rencontre de la DDT de la Loire pour échanger autour de la présence du loup. Les discussions se sont avérées tendues. ©ABP

Dans la salle des fêtes de Pélussin ce mercredi 8 mars, l’ambiance est tendue, électrique. Une centaine d’agriculteurs font face aux représentants de la préfecture de la Loire et au directeur de la Direction départementale des territoires (DDT), Sébastien Vienot. Les bras sont croisés, les regards hostiles. La Loire, qui était un territoire préservé du loup il y a encore quelques années est désormais un front de colonisation du fauve : 51 victimes ont été recensées depuis 2025.


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Un diaporama présentant les différentes réglementations en vigueur ainsi que les indemnisations disponibles est censé appuyer les propos de la DDT. Dans les faits, il n’intéresse pas les éleveurs ; beaucoup sont venus avec une revendication en tête : pouvoir éliminer le prédateur, réintroduit en France en 1992. « On ne demande pas d’aides ! On n’est pas des mendiants ! Ce qu’on veut, c’est pouvoir vivre de notre travail et ne pas nourrir le loup ! » L’agricultrice n’a pas le temps de finir sa phrase que des applaudissements de soutien retentissent. La colère des exploitants est tangible, presque palpable.

Pour définir les territoires exposés à la prédation lupine, les communes sont classées par cercle : 0,1,2 et 3. Pour la première fois cette année en France, toutes basculent en cercle 3. Dans la Loire, une vingtaine de communes, principalement du Pilat, évoluent vers le cercle 2. Des changements qui peuvent avoir des conséquences, notamment sur les aides et les indemnisations. Comme le cercle 3, le cercle 2 permet non seulement de bénéficier des aides pour les dépenses liées aux chiens de protection (achat, stérilisation, test de comportement, entretien) et un accompagnement technique, mais aussi du soutien pour de l’investissement matériel en clôtures électrifiées et pour les analyses de vulnérabilité de l’exploitation à la prédation. « En cercle 2, au bout de deux attaques et s’il n’y a aucun moyen de protection mis en place, il n’y a pas d’indemnisation à la troisième », poursuit la DDT.

Une cinquantaine de victimes ont été recensées dans la Loire en 2025. ©ABP

Le tollé en réponse ne se fait pas attendre. Une éleveuse bondit de sa chaise, laissant éclater sa colère. « Le loup n’a pas sa place chez nous ! » Une autre répond : « Vous parlez des chiens de protection, mais on sait tous qu’un seul ne suffit pas à protéger un troupeau. Il en faut plusieurs et moi, j’ai fait le choix d’élever des moutons, pas des chiens ! » « Avec ces mesures, on n’est plus maîtres chez nous ! » renchérit un autre agriculteur. Le technicien de la DDT se répète, sans trop vraiment savoir quoi opposer à l’ire des agriculteurs : « La protection, c’est la clef. »

Difficile cohabitation avec le patou 

Certains tentent de raisonner plus posément. Un éleveur caprin prend la parole : « On a ouvert nos fermes pour que les enfants, les familles, puissent venir voir nos chèvres, qu’ils découvrent notre métier. Qu’en est-il si on met des patous ? Est-ce qu’il faut refermer nos portes ? En tant qu’agriculteurs, et nous sommes de moins en moins nombreux, notre seule défense, c’est d’avoir une image impeccable ! » Sébastien Vienot tranche sans compromis : « Bien sûr que non, il ne faut pas fermer les fermes. » Dans des zones semi-urbaines et touristiques, la compatibilité des habitants, visiteurs et du patou est pointée du doigt : « S’il y a un problème avec les chiens, qui sera tenu pour responsable ? Nous, encore nous ! »


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Si les chiens ne sont pas le seul moyen de protection, les autres ne tiennent guère la route aux yeux des agriculteurs. « Ce que vous présentez fonctionne dans les Alpes, mais notre parcellaire est très différent, très en pente. » Avec la question du financement : « L’aide au matériel (filets, clôtures électrifiées...) c’est très bien, mais qui paie pour notre travail et pour le temps passé ? » Une éleveuse chasse d’un geste de la main ce qui lui paraît dérisoire. « Vous pouvez passer directement à la diapo suivante et nous parler des autorisations de tirs des loups ! »

Tirs de défense

La salle s’agite, le directeur de la DDT précise aussitôt : « Le loup n’est pas une espèce chassable. Ne vous amusez pas à le tirer, c’est un délit. » Et tout contrevenant s’expose à des peines allant jusqu’à trois ans de prison et 150 000 euros d’amende. L’arrêté du 23 février 2026 définissant le statut de protection du loup stipule que des moyens d'effarouchement peuvent être mis en place sans demande préalable, avec des munitions spécifiques.

Pour les tirs de défense, une autorisation préalable est nécessaire. Un point qui fait bondir les agriculteurs puisqu’il faut attendre qu’un troupeau soit prédaté avant de les demander. « Il faut qu’il y ait eu des dommages », explique l’État. « Vous parlez de dommages, ce sont des sinistres, crache un éleveur. Vous parlez d’indices de prédation, ce sont des carnages ! » « Vous croyez qu’on va attendre que le loup détruise nos troupeaux si on le voit ? » tonne une autre.


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Le tir de défense peut être mis en œuvre (par un chasseur, un lieutenant de louveterie ou un agent de l’Office français de la biodiversité) pendant toute la durée de la présence du troupeau dans les territoires soumis à la prédation du loup. Néanmoins, il faut que le fauve soit à proximité du troupeau et sur le pâturage. « C’est quoi, à proximité ? » interroge un éleveur, veste de chasseur sur les épaules. « Tout n’est pas encore fixé, certaines choses dépendent de la Loi d’urgence agricole », répond la DDT.

Les demandes de tirs de défense se font via la plateforme Démarche numérique (https ://demarche.numerique.gouv.fr/commencer/declaration-prealable-au-tir-de-defense-contre-le-loup). L’analyse permet de délivrer un récépissé de déclaration. « Ce sont des dossiers extrêmement suivis, alerte Sébastien Vienot. Chaque réussite de tir est suivie par le Plan national d’action et les chiffres remontent à l’Europe. Plus on s’approche du taux limite, plus les autorisations peuvent être limitées. »

« En fait, il faut mettre nos brebis en pâture au loup pour avoir droit à un tir de défense », lâche un éleveur qui en a perdu huit dans une attaque, puis un chien. « Vous semblez penser que le tir de défense vous permettra de tuer le loup, mais ce n’est pas le cas... » rétorque la préfecture. « Le loup n’a pas de prédateur, il n’y a que l’homme. L’animal doit réapprendre à en avoir peur », lâche Madeleine Chaut, membre du bureau de la FDSEA et de la commission dégât de gibier.

Alexandra Blanchard-Pacrot