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Nuisibles

Frelon asiatique dans la Loire : c’est le moment de piéger les fondatrices

Arrivé en France en 2004, le frelon asiatique poursuit sa progression. Dans la Loire, sa présence est attestée depuis 2015 et l’espèce est désormais implantée sur l’ensemble du territoire. Redouté par les apiculteurs, ce prédateur représente aussi un risque pour la biodiversité et, dans certains cas, pour la santé humaine.

Par Alexandra Blanchard-Pacrot
Frelon asiatique dans la Loire : c’est le moment de piéger les fondatrices
Pour piéger les frelons asiatiques, les pièges contiennent un appât à base de vin, de bière et de sirop de fruits rouges. ©ABP

«Le frelon asiatique est aujourd’hui présent dans toute la France. C’est une espèce qui se reproduit très vite et qui a très peu de prédateurs », explique Emeline Villard, coordinatrice technique au Groupement de défense sanitaire (GDS) de la Loire. Une seule fondatrice aurait suffi à l’introduction de l’espèce en 2004. Depuis, les populations n’ont cessé de croître. Un nid secondaire peut abriter entre 3 000 et 5 000 individus.

Le principal impact du frelon asiatique concerne les abeilles. Contrairement au frelon européen, il exerce une forte pression sur les ruches. « Il se poste devant l’entrée et attend les abeilles. Sous ce stress permanent, elles n’osent plus sortir pour butiner. La colonie finit par s’affaiblir et peut mourir », précise l’experte.


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Ce prédateur ne se limite pas aux abeilles. À la belle saison, il consomme surtout des protéines et s’attaque à de nombreux insectes, avec un impact direct sur la biodiversité. « On estime qu’un nid peut consommer plusieurs dizaines de kilos d’insectes sur une année. » Certaines productions agricoles sont également concernées. En arboriculture ou dans les vignes, les dégâts peuvent être sensibles puisque ces nuisibles se nourrissent aussi avec le sucre contenu dans les fruits.

Le frelon asiatique peut aussi représenter un danger pour l’homme. Plus agressif que le frelon européen, il peut provoquer des accidents graves. A Saint-Martin-la-Sauveté, un homme est décédé suite à une piqûre alors qu’il détruisait un nid en 2024.

Deux types de nid

Au printemps, la fondatrice construit d’abord un nid primaire, souvent à faible hauteur, à l’abri de la lumière : dans une haie, des ronces ou sous un abri. « Il se situe à seulement 1,50 m ou 2 m du sol, ce qui augmente le risque de rencontre avec l’homme. »

Plus tard dans la saison, la colonie déménage dans un nid secondaire, généralement très haut dans les arbres. «  Dans 75 % des cas, ils se trouvent à plus de 10  m de hauteur. Ils peuvent atteindre 60  à 80  cm de diamètre et ont une forme de poire avec une ouverture latérale. » Ce détail permet de les distinguer des nids de frelons européens, dont l’ouverture se situe sous le nid.

Pour limiter la prolifération, la lutte s’organise dès le printemps. L’objectif : capturer les fondatrices avant qu’elles ne fondent une colonie.

« Le piégeage s’étend généralement de mi-mars à mi-mai, dès que les températures dépassent 15 °C pendant plusieurs jours », indique Emeline Villard. Attirées par le sucre à cette période, les fondatrices peuvent être capturées grâce à un mélange simple : un tiers de vin, un tiers de bière et un tiers de sirop de fruits rouges. « Même si un frelon asiatique capturé vivant est le meilleur moyen d’en attirer d’autres. »


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Mais tous les pièges ne se valent pas. «  Les bouteilles faites maison sont à bannir, car elles capturent aussi beaucoup d’autres insectes. Il faut privilégier des pièges sélectifs, d’autant qu’ils ne coûtent qu’une dizaine d’euros pour les premiers prix. » Placés à environ 1,20  m du sol, à l’ombre et près d’arbres en fleurs, ils doivent être déplacés au fil de la floraison pour un meilleur résultat.

Dans la Loire, le GDS et ses partenaires se mobilisent. En 2025, 500 pièges ont été fournis aux adhérents de sa section apicole, tandis que de nombreuses communes distribuent du matériel. « Nous utilisons des pièges équipés de réducteurs d’entrée qui empêchent les fondatrices européennes, plus grosses, d’y entrer. »

Lorsque les habitats sont repérés, leur destruction reste essentielle, en particulier avant l’automne. « À cette période, les futures fondatrices quittent le nid pour aller hiverner. Si on le détruit avant, on limite fortement la propagation. » Pour faciliter les signalements, une plateforme en ligne a été mise en place : frelonsasiatiques.fr.

Depuis l’an dernier, un arrêté préfectoral rend la destruction des nids obligatoire, à la charge du propriétaire de la parcelle concernée. « Les maires disposent désormais d’un cadre légal pour encourager les destructions lorsque c’est nécessaire  », souligne Emeline Villard. Face à ce prédateur désormais bien installé, la mobilisation collective reste la meilleure arme.