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Chambre d’agriculture

La gestion de la ressource en eau, une priorité dans la Loire

Bertrand Palais, le responsable de la commission environnement - eau - agronomie - filières végétales de la Chambre d’agriculture de la Loire s’exprime sur la politique de cette structure dans le domaine de l’eau.

Par Propos recueillis par Lucie Grolleau-Frécon
La gestion de la ressource en eau, une priorité dans la Loire
Bertrand Palais, membre du bureau de la Chambre d’agriculture de la Loire. Crédit : PdlL

Pourquoi la ressource en eau est-elle essentielle dans la Loire ?

Bertrand Palais : « Notre département ne dispose pas de vraies nappes phréatiques. La ressource en eau est principalement en surface, qu’il est essentiel de préserver, stocker et gérer. De plus, la pluviométrie est faible, surtout dans la plaine du Forez. L’eau sert à l’abreuvement des animaux d’élevage et à l’irrigation des productions végétales (fourrages, maraichage, cultures…). Derrière l’agriculture, c’est aussi toute une économie qui dépend de cette ressource : s’il n’y a pas d’eau pour abreuver les bovins, il n’y a pas d’abattoirs ; s’il n’y a pas d’eau pour arroser les légumes, il n’y a pas de marchés. »

Quelles sont les grandes lignes de la politique de l’eau conduite par la Chambre d’agriculture de la Loire ?

BP : « La gestion de la ressource en eau est placée comme l’une des priorités du mandat, derrière le renouvellement des générations. Nous sommes en train d’écrire une feuille de route politique, avec tous les syndicats agricoles autour de la table. L’objectif est de sécuriser l’eau d’abreuvement dans les élevages, d’optimiser les surfaces déjà irriguées par des outils techniques et technologiques, d’accompagner au maximum le développement de projets qui émergent sur les territoires, de ne pas se fermer à des projets, qu’ils soient par exemple des reconversions d’outils ou d’utilisation d’eau de station d’épuration. Nous devons nous intéresser à tous les plans qui puissent sécuriser l’agriculture.

Y associer tous les syndicats permet d’avoir une politique partagée dans le département et de parler d’une seule voix afin d’avoir plus de poids. Bien évidemment, nous avons des points de désaccords, mais nous misons sur nos convergences pour en faire une force.

La Loire, en tête du bassin Loire-Bretagne, est un département sobre en utilisation de l’eau. Elle est en dessous de la moyenne pour l’irrigation. Notre objectif est vraiment de sécuriser la ressource en eau. »

Comment la Chambre d’agriculture de la Loire est-elle organisée pour traiter les sujets relatifs à l’eau ?

BP : « Nous nous inscrivons dans la continuité des politiques passées. Plusieurs élus suivent les dossiers de l’eau, d’autres travaillent aussi sur ce sujet dans le cadre de la commission environnement. Notre structure compte des collaborateurs ayant une grande expérience sur la ressource en eau, l’irrigation et l’agronomie. Quand nous n’avons pas toutes les compétences en interne, nous nous autorisons à aller des chercher chez nos collègues ou dans des cabinets extérieurs pour faire avancer les projets. Nous nous projetons au maximum sur l’avenir. Par exemple, une étude est en cours sur l’eau d’abreuvement dans les fermes d’élevage. Un plan d’action devrait en découler. De plus, notre structure travaille avec le Smif, qui gère le canal du Forez. Nous devons renforcer ce partenariat pour être encore plus efficaces. »

Quels sont les projets relatifs au stockage de l’eau en cours ?

BP : « Des grands projets collectifs sont plus ou moins avancés dans le département. Celui du Pilat-Jarez vise à faire remonter de l’eau du fleuve Rhône. Conduit conjointement avec la Chambre d’agriculture du Rhône, il avance plutôt bien. Avoir un maximum d’hectares intégrés à ce projet permettra de diluer les coûts. Sur la rive droite du fleuve Loire, dans la plaine du Forez, après une phase d’étude, le projet du réseau d’eau entre dans une phase de projet avec l’Etat, après avoir beaucoup trainé. A Violay, le projet de reconversion de la retenue d’eau potable d’Echancieux pour l’irrigation connait des rebondissements. Même s’il n’est pas simple, il pourrait servir d’exemple pour d’autres stockages. La Chambre d’agriculture accompagne aussi le projet collectif de Saint-Bonnet-les-Oules, poussé par la municipalité et des agriculteurs. Les contraintes sont levées progressivement. Le territoire de la rivière l’Aix est régulièrement confronté à des difficultés d’irrigation en période d’étiage en raison des règles sur les prélèvements en eau. Les agriculteurs avancent bien sur des ouvrages de récupération de l’eau l’hiver pour l’utiliser en périodes estivale. La Chambre d’agriculture travaille aussi sur le secteur du Lignon avec la réalisation d’un état des lieux. »

Pourquoi les projets relatifs au stockage de l’eau, individuels et collectifs, mettent-ils du temps pour se concrétiser ?

BP : « Une dizaine de retenues individuelles sont dans les tuyaux, mais elles peinent à voir le jour pour des contraintes variées, comme la compensation environnementale, les zones humides, le foncier… Nous avons le sentiment que l’agence de l’eau n’a pas vraiment la volonté d’accepter le stockage. De plus, sur certains secteurs, les zonages s’empilent. Parfois, les documents d’urbanisme viennent compliquer la tâche.

Quand un agriculteur a identifié le site où un projet de retenue d’eau pourrait voir le jour, il n’est pas à l’abri de découvrir une zone humide ou d’être confronté à un zonage réglementaire. Certains projets vont de surprise en surprise. Chaque cas est particulier. Et il n’y a pas de projet où il n’y a pas un souci.

Cependant, il faut rester positif car nous arrivons à trouver des solutions dans la plupart des cas. La Chambre d’agriculture est mobilisée dessus. Son rôle est de mettre de l’huile dans les rouages entre les agriculteurs et l’administration pour lever les contraintes spécifiquement liées au département. C’est déjà une bonne chose de passer outre les difficultés départementales. De beaux ouvrages sortent de terre. Ce n’est pas la taille de la retenue qui fait les contraintes, mais plutôt son emplacement. »

Quel est le rôle de la Chambre d’agriculture pour accompagner les projets individuels et collectifs ?

BP : « Un protocole sur les retenues d’eau a été signé dans le département pour cadrer les démarches. Il permet d’avancer progressivement et de ne jamais revenir en arrière. L’objectif est de garantir une sécurité au projet, étape par étape. Il n’a pas fait augmenter le nombre de dossiers, mais il permet de les arrêter au bon moment s’ils font face à trop de contraintes. Des études coûteuses peuvent ainsi être évitées.

Il ne faut pas hésiter à se lancer dans un projet de retenue d’eau. Bien évidemment, il y a des contraintes. Plutôt que se focaliser dessus, mieux vaut se concentrer sur les objectifs et ne pas se mettre une barrière psychologique dès le départ. Les porteurs de projet ne doivent pas hésiter à se tourner vers la Chambre d’agriculture, qui a l’habitude d’accompagner et de gérer ces démarches. C’est la première étape. Elle fera ensuite tout pour trouver des solutions afin que le projet aboutisse. J’estime que plus il y aura de projets, plus on pourra mutualiser les démarches pour lever les freins.

En tout premier lieu, l’agriculteur doit être en mesure, avec le technicien de la Chambre d’agriculture, d’évaluer ses besoins en eau sur son exploitation. Ceux pour l’abreuvement en premier lieu. Puis pour l’irrigation. »