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Cinéma

La révolution numérique dans les salles obscures rurales

Aujourd'hui, l'ensemble des salles de cinéma permanentes et des circuits itinérants est numérisé. Un passage obligé, mais onéreux, pour permettre aux plus petites structures de survivre.
La révolution numérique dans les salles obscures rurales

Fini les bobines de pellicules dans les salles obscures, l'été 2014 a marqué un tournant dans l'histoire cinématographique française. Les salles de cinéma de l'Hexagone ont profité de la période estivale pour achever leur migration vers le numérique. Selon les dernières statistiques du Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC), 100 % des salles de cinéma permanentes sont désormais numérisées. À Bourg-Argental, dans la salle du cinéma Le Foyer où au moins six séances par semaine sont programmées, le pas a été franchi en mars 2011. « Aujourd'hui, il n'y a plus de films sur bobines et si nous souhaitions continuer à proposer des films récents, il était indispensable de passer au numérique », commente Paul Heyraud, président de l'association du Cinéma Le Foyer. Un investissement de 100 000 euros (projecteur, serveur, ordinateur, système de son et de 3D) rendus possibles grâce aux subventions. « Nous avons été financés à hauteur d'environ 60 % par le CNC sous forme de subventions et d'avance sur la contribution numérique et 30 % par les conseils régional et général. S'il n'y avait pas eu des financements, cet investissement aurait été problématique pour les petites salles comme la nôtre. D'autant plus que le financement de la salle que nous avons construite en 2001 n'est pas terminé. Il aurait été dommage que le cinéma disparaisse, car cela crée du dynamisme, donne envie aux gens de se retrouver, de partager », poursuit le président.

Des aides du CNC

Pour accompagner les plus petits établissements dans cette mutation, le CNC a mis en place, depuis fin 2010, un dispositif de soutien à la numérisation des salles. En trois ans et demi, le CNC a soutenu près de 1 200 établissements, représentant 1 521 écrans. En moyenne, les aides du CNC ont représenté 65,6 % de l'investissement des salles et les soutiens des collectivités locales 18,5 %. Ainsi, près de 60 % des établissements actifs en France ont bénéficié d'une aide du Centre national et plus de 97 % d'entre eux relevaient de la petite exploitation (moins de 80 000 entrées par an) et se situent dans des agglomérations de moins de 20 000 habitants.
L'association du Cinéma Le Foyer a également équipé sa salle fixe saisonnière de Lalouvesc en Ardèche où sont projetés deux films par semaine en juillet et août et sa tournée en 2012. « Nous projetons, en collaboration avec l'association Cinémolette, au moins une fois tous les quinze jours un film à Saint-Julien-Molin-Molette dans la Loire et proposons également de temps en temps des films dans d'autres communes comme Vanosc (07), Vocance (07) et Burdignes. Au total, avec le cinéma itinérant, la salle saisonnière et la salle à Bourg-Argental, nous enregistrons en moyenne 20 000 entrées dans l'année », indique Paul Heyraud.

Les circuits itinérants, dernières fenêtres cinématographiques

Toutefois, la transition vers le numérique pour les cinémas itinérants, souvent dernières fenêtres ouvertes sur le septième art dans les villages, n'était pas gagnée d'avance. En 2012, à l'heure où les premiers projecteurs numériques faisaient leur entrée dans les salles, le matériel semblait, en effet, mal adapté aux déplacements. « Il était alors beaucoup trop fragile et volumineux. Nous devions trouver une solution à ce problème car si nous n'adaptions pas le matériel à l'itinérance, beaucoup de circuits auraient disparu et il ne faut pas oublier qu'aujourd'hui les tournées couvrent près de la moitié des communes françaises. Les cinémas itinérants œuvrent au développement local. Nous nous sommes dès lors engagés au sein de l'Association nationale des cinémas itinérants (Anci) pour travailler sur cette problématique. Nous avons échangé avec les professionnels pour adapter le matériel. Aujourd'hui, nous avons un projecteur plus petit, ce ne sont plus des lampes à xénon mais à led. Nous avons, également, énormément réfléchi à l'ergonomie pour le transport. C'est toute l'organisation des tournées qu'il fallait repenser », souligne Julien Poujade, assistant de direction de la Maison de l'Image à Aubenas en Ardèche, association à but non lucratif vice-présidente de l'Association nationale des cinémas itinérant (Anci).
C'est surtout les coûts liés à l'investissement qui effrayaient dans les rangs des associations gérantes de ces cinémas qui battent la campagne pour offrir au plus grand nombre la magie du cinéma. « Il fallait compter entre 50 000 et 60 000 euros l'unité (projecteur, enceintes, caisse de transport). Et au départ, les cinémas itinérants étaient exclus du plan de financement du CNC. Nous avons alors créé le collectif pour nous faire entendre et prouver notre importance. Nous créons du lien social. Nos cinémas permettent de drainer un public différent. La proximité est l'une de nos premières motivations. Le public apprécie que nous apportions le cinéma à leurs portes », explique Eric Raquet, président de l'Association nationale des cinémas itinérants et de l'association Cinébus, les cinémas itinérants de Haute Savoie. L'aide du CNC à la numérisation a finalement été ouverte fin 2012.
Aujourd'hui, salles fixes et itinérantes ne feraient pas machine arrière. « L'image est vraiment belle. Nous offrons une qualité de projection et un confort aux spectateurs », reconnaît Paul Heyraud. Seul regret pour le cinéphile ligérien. « Nous perdons un peu de la magie du cinéma notamment en termes de technique ».

Marie-Cécile Seigle-Buyat

 

Le cinéma en France

La France dispose d'un parc de salles particulièrement étendu et homogène sur le territoire national. 1 650 communes sont équipées d'au moins un établissement cinématographique en 2013, ces communes regroupant près de la moitié de la population française. La totalité des agglomérations de plus de 50 000 habitants sont équipées. Elles abritent 42,2 % des établissements et réalisent 82,7 % des entrées en 2013. À noter toutefois : trois quarts des établissements relèvent de la petite exploitation. Ils réalisent moins de 80 000 entrées par an. La petite exploitation regroupe, en effet, 76 % des établissements actifs en 2013. Il s'agit en majorité de cinémas mono-écran. Ils rassemblent 37,6 % des écrans, enregistrent 15,6 % des entrées et 12, 3 % des recettes.