Le 8 mai a-t-il toujours été célébré ?
Pourquoi le 8 mai est-il un jour férié en France ? Cette date commémore la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe et la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie.
Le 8 mai 1945 marque, pour la France et pour l’Europe occidentale, la capitulation de l’Allemagne nazie. Après six années de guerre, de destructions massives, de bombardements, de déportations et de massacres, le IIIe Reich s’effondre. Adolf Hitler se serait suicidé le 30 avril dans son bunker berlinois. Berlin tombe le 2 mai. Le régime nazi n’a plus d’issue.
Dans la nuit du 6 au 7 mai 1945, à Reims, le général allemand Alfred Jodl signe une reddition sans condition devant les représentants des Alliés. Le texte fixe l’arrêt des combats au 8 mai à 23h01. En France, la nouvelle est annoncée le 8 mai dans l’après-midi.
Saint-Étienne exulte, comme des centaines de villes et villages français. La guerre n’est pas encore terminée dans le Pacifique, mais en Europe, elle s’achève. C’est ce moment précis que la France commémore chaque année : la victoire sur le nazisme, la fin de l’occupation allemande et le retour de la paix sur le continent européen. Mais cette mémoire ne s’est pas imposée d’un bloc. Le 8 mai n’a pas toujours été un jour férié.
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Dès 1946, une loi instaure une journée de commémoration de la victoire. Mais elle reste modeste : si le 8 mai tombe un dimanche, on le célèbre ce jour-là ; sinon, la cérémonie est reportée au dimanche suivant. La mémoire est là, mais l’État hésite encore à sanctuariser la date. En 1953, sous la pression des anciens combattants, des résistants et des déportés, le Parlement franchit un cap : le 8 mai devient officiellement un jour férié, chômé et payé. La République inscrit alors dans son calendrier le souvenir de la victoire.
Supprimer la commémoration ?
En 1959, le général de Gaulle supprime son caractère férié. La commémoration demeure, mais elle est déplacée au deuxième dimanche de mai. L’objectif est politique : alléger le calendrier, mais aussi accompagner la réconciliation européenne, notamment avec l’Allemagne de l’Ouest.
Même logique en 1975. Valéry Giscard d’Estaing va plus loin : il supprime la commémoration officielle du 8 mai, au nom de la réconciliation franco-allemande et de la construction européenne. Le souvenir de la victoire n’est pas effacé, mais l’État choisit de le fondre dans une mémoire plus large, tournée vers la paix entre les peuples. La décision passe mal. Pour beaucoup d’anciens résistants et de déportés, supprimer le 8 mai revient à diluer la mémoire de la guerre et du combat contre le nazisme.
Le tournant intervient en 1981. À peine élu, François Mitterrand rétablit le 8 mai comme journée nationale de commémoration, fériée et chômée. Depuis la loi du 2 octobre 1981, la date n’a plus bougé. Voilà pourquoi, chaque année, la France s’arrête le 8 mai. Non pour célébrer la guerre, mais pour marquer sa fin. Pour rappeler la victoire contre le nazisme, honorer les soldats, les résistants, les déportés, les victimes civiles. Et rappeler, derrière les gerbes déposées et les sonneries aux morts, qu’un jour de paix est aussi un jour de mémoire.