Les contrats d’avenir deviendront-ils l’outil clé de la souveraineté alimentaire française ?
Le Premier ministre Sébastien Lecornu s’est déplacé le 30 janvier dans une exploitation d’amandiers à Baigneaux (Eure-et-Loir). Il y a annoncé une réforme de la commande publique et le déploiement des contrats d’avenir, notamment réclamés par Jeunes agriculteurs (JA).
C’est entouré de trois ministres (Annie Genevard-Agriculture, Serge Papin-PME), François Gatel-Ruralité), que le chef du gouvernement a effectué un déplacement sur une exploitation eurélienne produisant des amandiers. Tout un symbole dans ces terres qui sont plutôt réservées aux grandes cultures. Car l'objectif affiché du gouvernement est clairement de pousser à l’adaptation des fermes au changement climatique, ainsi qu’à leur trouver des débouchés, tout en garantissant que l'argent du contribuable ne finance plus de produits agricoles et agroalimentaires hors Union européenne.
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Dans la ligne de mire de Sébastien Lecornu, la commande publique. En effet, chaque année, l’État commande entre 900 millions et un milliard d’euros de produits agricoles bruts et transformés pour alimenter ses cantines : armées, hôpitaux, universités… « J’ai demandé aux différents services combien allait en dehors de l'Union européenne et combien restait en France, et on n'a toujours pas la réponse », a-t-il admis. Le Premier ministre a déploré l'opacité actuelle de ces flux : « On ne sait pas dire où va l'argent ». Pour remédier à ce dysfonctionnement, le gouvernement prévoit de « reprendre en main la commande publique » via un système de récompenses et de sanctions pour les acheteurs publics. Aux termes de la loi Égalim, les restaurants collectifs assurant un service public doivent, en théorie et depuis le 1er janvier 2022, proposer 50 % de produits de qualité et durables, dont au moins 20 % de produits biologiques.
Depuis le 1er janvier 2024, les viandes bovine, porcine, ovine et de volailles et les produits de la pêche répondant aux mêmes conditions doivent représenter une part au moins égale, en valeur, à 60 % des viandes bovine, porcine, ovine et de volailles et des produits de la pêche servis. L’État lui-même peine à respecter ces critères, allant jusqu’à s’approvisionner hors UE. Le système de récompenses-sanctions évoqué par Sébastien Lecornu devrait être inscrit dans les lois à venir, en particulier « celle sur la décentralisation et dans la loi d’urgence agricole », a-t-il indiqué.
« Enjeu stratégique »
Le chef du gouvernement a également apporté son appui aux contrats d'avenir, projet porté par Jeunes agriculteurs (JA). Ces contrats sont destinés à aider les exploitants à diversifier leur production face au réchauffement climatique, via une planification territoriale, puis des contrats tripartites entre agriculteurs, pouvoirs publics et transformateurs.
L'idée est de créer un cadre « régulier et prévisible » pour la production, permettant aux outils de transformation de s'adapter aux nouvelles cultures, comme l'illustre la visite du verger d’amandiers d'Aude et Jules Sevestre à Baigneaux, une exploitation autrefois dédiée aux céréales et à la betterave.
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La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a rappelé que la souveraineté alimentaire était un « enjeu stratégique », soulignant que trop de filières sont aujourd'hui en difficulté. Le président de Chambres d’agriculture France, Sébastien Windsor, présent lors de la visite ministérielle, a assuré que les chambres d'agriculture devraient également voir leur rôle renforcé pour piloter cette nouvelle planification locale.
Le président de JA, Pierrick Horel, voit dans ce projet gouvernemental « une prise de conscience collective, un engagement pris au plus haut niveau du gouvernement autour de ce sujet, cela pose les bonnes bases ». « Ces annonces sont un engagement fort du gouvernement, qui change de paradigme et qui fait des contrats d’avenir l’outil de notre souveraineté alimentaire », a-t-il commenté. Il restera maintenant à concrétiser ces bonnes intentions.