Pourquoi 50 ans après, ces Verts fascinent encore ?
Le 12 mai 1976, le Bayern Munich faisait pleurer la France entière en s’adjugeant (1-0) la Coupe d’Europe des clubs champions aux dépens des Verts de l’AS Saint-Étienne. 50 ans après les poteaux carrés, qui avaient repoussé deux de leurs tentatives, un nouvel hommage leur sera rendu le 9 mai au stade Geoffroy-Guichard.
C’est l’un des grands mystères de l’histoire du sport. Plus encore peut-être que de savoir si les tentatives stéphanoises auraient fait mouche avec des poteaux ronds plutôt que carrés le 12 mai 1976. Là où d’autres succès sont retombés dans l’anonymat, on continue effectivement à célébrer l’AS Saint-Etienne 50 ans après sa défaite (1-0) face au Bayern Munich en finale de Coupe d’Europe des clubs champions. A l’occasion du match de Ligue 2 entre les Verts et Amiens, le 9 mai, Geoffroy-Guichard honorera ainsi de nouveau les joueurs de cette saison 1975-1976(1). Au même moment, le Musée des Verts leur consacrera sa nouvelle exposition temporaire (lire l’encadré).
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Pour comprendre l’ampleur du phénomène, le mieux reste d’en parler avec ceux qui étaient sur la pelouse de Hamden Park, à Glasgow, ce soir-là. « Comme dirait Michel Platini, on est la seule équipe à avoir descendu les Champs-Elysées en ayant perdu un match ! nous avait lancé Dominique Bathenay il y a dix ans. On aurait préféré remporter ce match, c’est sûr, mais on a peut-être gagné beaucoup plus : l’amour de tous les gens. » Il soulignait alors comment l’ASSE a marqué « une, deux voire même trois générations » avec notamment la fameuse chanson Allez les Verts, qui résonne encore à chaque match dans le Chaudron. « Nous faisons partie du patrimoine footballistique », avait ajouté l’ancien milieu de terrain.
Une fierté retrouvée
Des propos corroborés par Ivan Curkovic lors d’une conversation en 2019 : « C’est une question qu’on nous avait déjà posée à l’époque, après le défilé et notre rencontre avec le président de la République (Valéry Giscard d'Estaing, NDLR). Je crois que les gens ont souhaité nous remercier pour notre parcours jusqu’à la finale, mais aussi pour avoir rendu sa fierté au football français. »
Le mythique gardien rappelait alors que le pays n’avait pas eu grand-chose à se mettre sous la dent depuis l’élimination par le Brésil en demi-finale de la Coupe du monde 1958. « En plus des résultats, il y a eu des exploits, des renversements de situation comme contre Split (1-4, 5-1 a.p.) et Kiev (0-2, 3-0 a.p.) qui ont plu à la France entière. Et on sait que le sport est très important pour une nation », appuyait-il.
Si la performance constitue assurément un élément de popularité, le contexte médiatique de cette période en est un autre. En ces temps où la télévision diffusait très peu de matchs, chaque rencontre européenne constituait un événement, rendez-vous qui attirait bien au-delà de Saint-Étienne. Nombre de personnes s’identifiaient à cette équipe besogneuse, qui ne comptait pas ses efforts. Une philosophie instaurée par un entraîneur précurseur sur l’importance du travail foncier en plus de la répétition des gammes techniques.
Des joueurs de valeurs
À l’occasion du 40eanniversaire, Jacques Santini racontait comment le groupe avait travaillé « très dur » avec Robert Herbin pour arriver au plus haut niveau. Un entraîneur salué aussi par Ivan Curkovic pour son management réussi d’un effectif essentiellement formé à Saint-Etienne et « équilibré entre jeunes joueurs et éléments plus expérimentés ».
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« Individuellement, on n’était peut-être pas les meilleurs, mais nous savions utiliser les qualités de chacun au profit du collectif et il n’y avait que l’équipe qui comptait, complétait Jacques Santini, qui avait vu sa reprise de la tête repoussée par la transversale lors de la finale. Conjuguées à nos valeurs de solidarité, de courage, de générosité qu’on n’a jamais abandonnées, beaucoup de Français se sont reconnus en nous. »
Glasgow a été le point culminant pour cette génération multi-titrée au niveau national. Depuis l’AS Saint-Etienne n’a remporté qu’un titre de champion de France de Ligue 1 (1981), deux de Ligue 2 (1999 et 2004), une Coupe de France (1977) et une Coupe de la Ligue (2013). Kilmer Sports, propriétaire du club depuis deux ans, espère ajouter d’autres trophées, mais il faudra déjà réussir cette fin de saison pour remonter parmi l’élite du football tricolore.
Franck Talluto
(1) Le gardien remplaçant Esad Dugalic est décédé en 2011, l’entraîneur Robert Herbin en 2020 et le défenseur Gérard Farison en 2021.
Une expo pour revivre le printemps 76
Qui de mieux placé que le Musée des Verts pour faire revivre l’épopée de 1976 ? Dès le 9 mai, il lui consacrera son exposition temporaire. Les Verts 1976 : une passion française présentera chaque joueur et dirigeant, retraçant aussi le parcours complet dans cette Coupe d’Europe des clubs champions 1975-1976. Une revue de presse locale et nationale fait écho au nom de l’expo, avec un recueil des Unes dédiées à cet événement. Outre la Mercedes d’Ivan Curkovic et les poteaux carrés, pièces majeures de cette institution depuis sa création en 2013, on découvrira des photos inédites et des objets collectors. Les performances sur le plan national ne sont pas oubliées, avec un focus sur le troisième titre de champion de France consécutif obtenu ce printemps-là et la tournée de janvier au Cameroun. Enfin, les visiteurs en apprendront davantage sur l’essor de ce que l’on n’appelait pas encore le merchandising, ainsi sur la fameuse chanson Allez les Verts de Jacques Monty. En complément, deux documentaires seront diffusés en boucle.
F.T.