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Syndicalisme

Quelles sont les attentes des agriculteurs ligériens envers le nouveau préfet de la Loire ?

Jeudi 28 mai, dans une ferme de Saint-Marcellin-en-Forez, les représentants de la FDSEA et des JA de la Loire ont présenté au nouveau préfet, François-Xavier Bieuville, les principaux enjeux agricoles du département. L’occasion d’aborder des problématiques récurrentes et d’esquisser des pistes de travail.

Par Lucie Grolleau-Frécon
Quelles sont les attentes des agriculteurs ligériens envers le nouveau préfet de la Loire ?
Le nouveau préfet de la Loire, François-Xavier Bieuville, a pu approfondir ses connaissances sur l’agriculture ligériennes grâce à la visite de l’exploitation de la famille Bony à Saint-Marcellin-en-Forez et aux interventions des représentants de la FDSEA, de JA et de la Chambre d’agriculture de la Loire. ©LGF

L’une des premières sorties sur le terrain du nouveau préfet de la Loire, François-Xavier Bieuville, se déroule sur une ferme, celle de la famille Bony (Gaec Ferme de la Lande), à Saint-Marcellin-en-Forez. Alors que la chaleur est accablante en ce jeudi 28  mai, les deux associés, Stéphane, le père, et Anthony, le fils, invitent à se mettre à l’ombre de la tonnelle et servent de l’eau. Les responsables de la FDSEA et de Jeunes agriculteurs (JA) de la Loire, à l’origine de cette visite, avaient convié les responsables syndicaux locaux, quelques présidents de sections et commissions et les représentants des groupes coopératifs du département.


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Tout juste descendu de sa voiture, le préfet, un verre d’eau fraîche en main, se fait interpeller sur la problématique récurrente des dégâts de sangliers. Pour élargir le cercle de discussion et faciliter les échanges, le groupe se dirige dans la stabulation des vaches laitières de race Simmental. Nullement impressionnées par cette agitation, celles-ci continuent de se succéder dans le robot pour se faire traire.

La parole est alors laissée au maire de la commune, Eric Lardon, pour la présenter sommairement. Il aborde alors le sujet des constructions illégales sur des parcelles agricoles ou naturelles, où les propriétaires s’installent progressivement, d’abord un cabanon qui devient une maison d’habitation, sans permis. Elus locaux et professionnels agricoles estiment qu’ils doivent faire front face à cette situation. Le préfet n’exclut pas de les épauler.

Le président de la Chambre d’agriculture, Rémi Jousserand, propose ensuite que chaque personne se présente (ferme et responsabilités). Ce tour a été l’occasion de brosser les principaux sujets de l’actualité agricole départementale.

Jean-Marc Riocreux, président de l’union cantonale FDSEA de la couronne stéphanoise, se fait le porte-parole des agriculteurs de ce secteur géographique : « Ils ne croient plus au soutien de l’Etat, non pas financier mais en son écoute. Nous rabâchons toujours les mêmes discours aux préfets, qui sont de passage, alors que les agriculteurs restent et transmettent leur exploitation de génération en génération. » Le préfet lui répond alors en direct, demandant de prendre ce déplacement comme un signe d’intérêt à cette profession : « Comptez sur moi pour m’appuyer sur les relais du terrain pour des avancées concrètes le temps où je serai dans le département. »

Dégâts de sangliers redondants

Rémi Bernard, président des JA du canton, évoque quant à lui les dégâts de sangliers sur les cultures, et, en cette période, plus spécifiquement sur les semis de maïs. Un sujet évoqué à plusieurs reprises au cours de l’après-midi et redondant dans de nombreux secteurs du département. Rémi Jousserand intervient : « Je ne peux pas laisser dire que rien n’a été fait. Mais tout n’est pas non plus résolu. Nous ne lâcherons rien. » « Je partage ce sujet de préoccupation, assure le préfet. Nous devons trouver les moyens d’aller plus loin, mais, pour autant, je ne veux pas vendre du rêve. »

Madeleine Chaut, responsable de la commission dégâts de gibiers de la FDSEA, aborde la prolifération des ragondins, qu’il est impossible de piéger en raison de la présence dans le département de la loutre et du castor, deux espèces protégées. Le préfet annonce que sa prédécesseure avait fait une demande d’aménagement du plan loutre pour permettre le piégeage des ragondins. Dossier à approfondir…

L’eau, un bien précieux

La gestion de la ressource en eau est également au cœur des débats. Jérémy Epalle, membre de la commission de l’eau, e la FDSEA et responsable des dossiers relatifs à l’eau, fait allusion à la lenteur des démarches pour qu’un projet de stockage ou d’irrigation se concrétise : « Des projets avancent, mais, pour certains, cela fait douze ans qu’ils avancent… » Plusieurs exemples, finalisés ou pas, collectifs ou individuels, sont cités. Bertrand Palais, membre du bureau de la Chambre d’agriculture de la Loire en charge de l’eau, revient sur les projets individuels de stockage d’eau : « Certaines fermes ont des possibilités, mais les agriculteurs ont peur de la lourdeur pour leur dossier et abandonnent. »


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Le préfet demande alors aux agriculteurs et aux structures qui les accompagnent de lui préparer un dossier présentant les étapes clés de ces projets sur une échelle de temps. « L’objectif est d’identifier les points de blocage afin de réduire les échéances », justifie-t-il.

Chantal Brosse, vice-présidente du Département en charge de l’agriculture et vice-présidente du Smif, présente alors le Syndicat mixte d'irrigation et de mise en valeur du Forez, qui a en charge la gestion du canal. Elle explique que le comité Grangeant est désormais en place et travaille sur l’utilisation de l’eau : « Ce n’est pas simple, mais il avance pas à pas pour faire profiter de la seule ressource en eau du département, celle alimentée par le fleuve Loire. »

Rémi Jousserand insiste sur le fait que « l’irrigation est structurante pour notre territoire, qui a la chance d’avoir le canal du Forez. Elle donne de l’air aux exploitations qui en bénéficient. Cette ressource contribue à l’autonomie alimentaire, mais elle nécessite des investissements et du travail. Quand on parle de stockage d’eau, il ne faut pas oublier qu’elle peut être utilisée pour l’abreuvement des animaux, ce qui réduit les tensions sur le réseau d’eau potable en période de sécheresse. Bien évidemment, les retenues d’eau peuvent aussi servir de protection contre l’incendie. »

Mathieu Vassel, président de JA Loire, indique au préfet qu’il est essentiel qu’en période de sécheresse les restrictions des usages de l’eau, prises par arrêté, tiennent compte des stades des cultures : « Les agriculteurs doivent pouvoir continuer à irriguer leurs cultures jusqu’à la fin de leur cycle végétatif. »

Agriculture et économie du territoire

Dans ce contexte départemental et dans une période économique et politique délicate, le président de la FDSEA, Jean-Luc Perrin, assure que « les agriculteurs croient malgré tout en leur métier. C’est ce qui favorise le dynamisme de ce secteur d’activité. Ils sont prêts à continuer à produire, mais il faut leur en donner les moyens. Ils veulent vivre de leur métier, mais ils doivent faire face à de multiples entraves, plus que dans d’autres pays européens. Les élus et les Français doivent leur faire confiance. Notre réseau FDSEA et JA est prêt à construire avec les services de l’Etat et à être porteur de solutions ».

La présentation du groupe Eurea par son président Julien Delheur, celle de Sicarev par son vice-président Thierry Frécon et celle de Sodiaal par son administrateur national Yvan Ogier mettent en évidence le tissu économique dense du département grâce à l’implantation de plusieurs outils de ces coopératives dans la Loire (abattoirs, usine de conditionnement du lait, minoteries…). Ces structures d’amont et d’aval constituent une richesse pour l’agriculture ligérienne et plus largement pour le territoire (emplois par exemple).

Divers autres sujets sont abordés au cours de l’après-midi, comme la DNC (Dermatose nodulaire contagieuse) avec des indemnités que les éleveurs peuvent demander mais qui ne font pas l’unanimité ou avec la réglementation en vigueur qui complique la gestion des centres d’allotement. Les retraites des agriculteurs et des conjoints sont aussi pointées du doigt, avant que le groupe ne parte visiter les installations du Gaec La ferme de la lande. Les explications concrètes d’Anthony Bony permettent au préfet de sa familiariser un peu plus avec l’agriculture. Ce dernier n’hésite pas à poser de simples questions, démontrant une envie certaine d’apprendre et surtout de comprendre.

Lucie Grolleau-Frécon