Chasse
“Les chasseurs font face à des attaques incessantes"

À quelques jours de l’ouverture de la chasse, Gérard Aubret, président de la fédération régionale des chasseurs d’Auvergne-Rhône-Alpes, évoque les différents enjeux auxquels le monde de la chasse est confronté.

“Les chasseurs font face à des attaques incessantes"
Gérard Aubret, président de la fédération régionale des chasseurs d’Auvergne-Rhône-Alpes. ©Pierre Garcia

L’ouverture de la chasse approche après un épisode caniculaire exceptionnel. Comment l’appréhendez-vous ?

Gérard Aubret : « La préoccupation première est de savoir si nous pouvons avoir des ouvertures de chasse concernant les grands gibiers qui ont souffert de la sécheresse et de la canicule. Les techniciens font actuellement du repérage sur le terrain. Hormis les secteurs touchés par les incendies où la chasse n’aura pas lieu, nous n’avons pour l’instant pas d’inquiétude quant à l’état général de la faune en période post-sécheresse et canicule. D’ailleurs, il faut souligner que dans notre région, les chasseurs ont fait de gros efforts en termes d’abreuvage des animaux. Certains ont même recréé des mares artificielles ou fait de l’affourragement. »

Quelles sont les autres préoccupations qui attirent votre attention ?

G. A. : « Nous avons une mortalité importante de chevreuils, qui touche les départements de l’Ardèche, de la Loire et de la Haute-Loire. Cela avait déjà été le cas l’an dernier, mais à un niveau moindre. Nous allons faire des prélèvements d’animaux et nous rapprocher de la fédération régionale de Bretagne qui avait connu la même problématique il y a quelques années. Les chasseurs bretons avaient découvert que les chevreuils étaient atteints d’un virus qui se logeait sur la langue et qui les empêchaient de se nourrir. Après analyse, nous pourrons savoir s’il s’agit de la même pathologie. »

L’indemnisation des dégâts de sangliers est également un enjeu fort. Qu’en est-il aujourd’hui ?

G. A. : « En mars dernier, l’ancien ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, nous avait annoncé que dans le cadre du plan de résilience, l’État allait prendre en charge, dès le mois de juillet, le surcoût des dégâts dus à l’augmentation des coûts de céréales. En parallèle, nous nous sommes battus pour que la prise en charge des frais ne soit plus uniquement l’apanage des fédérations de chasse. Au 24 août, nous n’avons reçu aucune réponse du gouvernement. Certaines fédérations de chasse sont dans le rouge. Pour ne pas les mettre en péril, nous ne paierons plus aucun dégât à partir du 1er janvier 2023. Cette action n’est en aucun cas dirigée contre le monde agricole, il s’agit seulement d’un moyen de pression pour que l’État tienne ses engagements. »

Comment se justifie la hausse des subventions accordées aux fédérations de chasse ?

G. A. : « Au niveau régional, nous avons une convention pluriannuelle d’objectifs depuis 2016. La Région s’est engagée, au travers des actions menées par les chasseurs, à les accompagner financièrement à hauteur de 3,5 millions d’euros sur trois ans. En parallèle, au niveau national, l’État a accepté, dans le cadre de la réforme de la chasse, de nous accompagner sur un dossier appelé « éco-contribution » dans lequel des dotations sont versées aux fédérations pour des actions liées à la biodiversité (création d’abreuvoirs pour les hirondelles, restauration de mares, ndlr) à hauteur de 6,3 millions d’euros. »

Vous êtes en charge du dossier loup à la fédération nationale. Quel regard portez-vous sur la prédation ?

G. A. : « Nous voulons que l’État reconnaisse que la population de loups est quatre à cinq fois supérieure à ce qui est annoncé et que les quotas de tirs soient autorisés en conséquence. Ces tirs doivent être faits par les chasseurs. Il faut arrêter de dire aux éleveurs ou aux bergers de se poster la nuit ou d’acheter des chiens. Le loup doit devenir une espèce que l'on peut chasser, au même titre que les chamois, les mouflons ou les cerfs, avec des quotas raisonnables, pour faire baisser la pression sur l’élevage français. »

Dans quel contexte la nouvelle saison de chasse va-t-elle démarrer ?

G. A. : « Les chasseurs font face à des attaques incessantes qui deviennent insupportables, avec des locaux de chasse dégradés, des miradors coupés, des discours politiques dégradants… Nous ne sommes plus dans un problème environnemental de biodiversité, mais dans un problème politique. C’est une attaque en règle contre le monde cynégétique. Je crains que certains raccrochent le fusil par lassitude, et pourtant, je le revendique, la chasse est un loisir. Comme tout loisir, nous souhaitons le pratiquer dans une ambiance sereine et amicale. Pourtant, aujourd’hui, en tant que vice-président de la fédération nationale, je suis très inquiet. Je crains des débordements quand on voit les actions qui sont régulièrement menées contre le monde de la chasse. »

Propos recueillis par Amandine Priolet