Ensilage d’herbe
De la fauche à la mise au silo, comment conduire son chantier de récolte ?

En raison de la succession des déficits fourragers et plus globalement du changement climatique, assurer des fourrages de qualité est un des éléments majeurs d’adaptation. Le travail de quelques jours de la fauche à la récolte va conditionner toute une saison de production agricole. Cet article permet de reprendre les phases essentielles de la récolte des fourrages.
De la fauche à la mise au silo, comment conduire son chantier de récolte ?

Un bon ensilage commence par une récolte au bon stade. La diversité des fourrages augmente dans les exploitations : ray-grass italien, prairie en association ray grass trèfle, prairie multi espèces, prairie naturelle ou bien encore méteils fourrages. Pour toutes ces surfaces fourragères, le stade physiologique des plantes est le premier facteur de qualité. Tout est une question de compromis entre bon stade physiologique (richesse en énergie et protéine) et quantité.
La date de réalisation de la fauche dépend de plusieurs paramètres : nature de la culture fourragère, mais aussi exigences de la culture suivante (date de semis, préparation du sol...).
La date de récolte optimale est juste avant l'apparition des premiers épis. Il n'est pas toujours facile d'apprécier ce paramètre. Avec le changement climatique, les repères évoluent et les années se ressemblent de moins en moins. Même si elle ne remplacera jamais le tour de parcelles, l'analyse des sommes de températures est un outil d'aide à la décision. Elles permettent aussi de mieux anticiper les interventions en se basant sur les prévisions météo à court terme.
Quelles que soient l'année ou l'altitude, un même stade de développement sera toujours atteint à la même somme de températures. Par exemple, l'épiaison aura toujours lieu à 700°C pour une prairie fertile. En revanche, ce stade ne sera pas atteint à la même date d'une année sur l'autre. Sur les neuf dernières années l'atteinte sur stade optimale de récolte de 700°C varie de trois semaines en zone plaine à plus d'un mois en zone de coteaux et de montagne entre l'année la plus précoce et l'année la plus tardive.
Ces repères doivent être ajustés avec les prairies implantées en RGI, pour lequel on utilise le seuil des 500°C, qui serait alors plus favorable pour un fourrage de qualité.

La récolte

L'objectif de toute chaîne de récolte est d'atteindre une teneur en matière sèche optimale en un minimum de temps pour préserver au mieux la qualité du fourrage. La fauche doit être réalisée en fin de rosée pour ne pas piéger d'eau dans le fourrage. La hauteur de fauche est un élément essentiel à prendre en compte. Elle influence le rendement de la parcelle, la qualité du fourrage récolté, mais également la vitesse des repousses et la pérennité des prairies. Il est donc très important de prendre le temps de régler la faucheuse.
Il faut viser une hauteur de coupe de 7 cm. En dessous, il y a d'une part un risque de mélange avec de la terre et donc par conséquent de contamination des fourrages par les butyriques, et d'autre part, la repousse est pénalisée dans la mesure où les graminées ont leurs réserves au ras du sol. Au-dessus, on augmente les pertes. 1 cm représente entre 170 et 250 kg de MS pour les graminées et 60 kg de MS pour les légumineuses, en fonction des prairies.
En cumul sur l'année, sur plusieurs coupes, il est possible de gagner plus d'une tonne de matière sèche à l'hectare en fauchant à 7 cm au lieu de 5 cm. Par ailleurs, selon certaines études, faucher à une hauteur de 6-8 cm par rapport à une hauteur de 3-4 cm permet d'améliorer la teneur en MAT de plus d'un point.
Le type de faucheuse est un autre paramètre permettant d'atteindre rapidement le taux de matière sèche visé. L'objectif sera alors d'élargir le plus possible le fourrage pour profiter d'une surface d'exposition au soleil plus importante. Des essais ont été réalisés en région Auvergne-Rhône-Alpes. Selon certains résultats, des écarts de plus de dix points de matière sèche ont été notés entre les différentes techniques. L'essai se poursuit en 2020 dans le Pilat. Les résultats seront communiqués dans un prochain article.
Afin de favoriser le tassage du fourrage au silo ainsi que son ingestibilité, la longueur de coupe de 2 à 3 cm est conseillée. Ceci ne pose en général pas de problème avec les automotrices, il faut cependant prendre le temps de le vérifier. Les autochargeuses permettent d'apporter plus d'autonomie, de souplesse dans l'organisation des chantiers (date de fauche optimale, dimensionnement des chantiers) mais la longueur de coupe optimale est plus difficile à obtenir.

 

La mise au silo

Le taux de matière sèche est le premier critère de réussite d'un ensilage d'herbe. Il ne doit pas être inférieur à 30%. Un ensilage trop humide est responsable de pertes par les jus, et encombrant et mal consommé. En graminées pures, l'objectif de teneur en matière sèche pour assurer une bonne conservation se situe entre 30 et 35%. Pour les légumineuses pures, en raison de leur plus faible teneur en sucres solubles et de leurs plus fortes teneurs en protéines et minéraux, il est nécessaire de viser une teneur en matière sèche entre 40 et 45%.
Le dimensionnement des silos conditionne la qualité du fourrage lors de la reprise et de la distribution aux animaux. Afin d'éviter les risques d'échauffement du front d'attaque, les vitesses de désilage doivent être de plus de 15 cm en hiver et plus de 25 cm en été. De nombreux types de silos existent en fonction de leur coût et de la facilité de reprise : silo taupe, silo couloir, silo boudin, silo tour... Le silo boudin est principalement utilisé comme silo tampon, notamment pour l'été. Il est réalisé sur une dalle bétonnée ou une plateforme stabilisée. La densité est de 20 à 30% supplémentaire par rapport au silo classique, soit près de 4 T de MS/m linéaire. En diamètre 2,7m, le coût est de 30 à 40 euros/m linéaire. Le silo tour est très peu répandu en France. Il présente de nombreux avantages : tassement, facilité de reprise automatisée, absence de perte..., mais occasionne un coût conséquent, deux fois plus élevé au mètre cube qu'un silo couloir classique.
Le tassage est une des dernières opérations réalisées et doit avoir une attention particulière. Le repère des 400 kg d'engins-tasseurs par tonne de matière sèche entrante par heure ou le nombre d'hectare récolté à l'heure égal au nombre de tracteurs- tasseurs au silo constituent des éléments fondamentaux pour assurer la conservation du fourrage. Pour que le tassage soit efficace, le fourrage doit être étalé en couche d'une épaisseur de moins de 20 cm.
Après l'étalement et le tassage de la dernière benne, la couverture du silo garantira le démarrage rapide des fermentations lactiques. Il existe aujourd'hui une panoplie de solutions alternatives aux pneus pour couvrir les silos.
Une fois le silo fermé, il est recommandé d'attendre au minimum trois semaines avant de distribuer l'ensilage afin que les fermentations soient stabilisées.

 

Pierre Vergiat, Chambre d'agriculture de la Loire