Chaque 4 janvier, la journée mondiale du braille est célébrée. Initiée par l’Union mondiale des aveugles, elle a pour objectif de sensibiliser le grand public à l’importance de ce moyen de communication pour les déficients visuels.

Un outil complet et universel
En France, plus de 1,7 millions de personnes sont atteintes d’un trouble de la vision. Le braille est un outil essentiel qui a permis d’améliorer considérablement leur facilité et leur vitesse de lecture et d’écriture.

Louis Braille est l’inventeur du système de lecture et d’écriture éponyme. Aujourd’hui, le braille est utilisé, selon la Fédération des aveugles de France (FAF), par plus de six millions de déficients visuels dans le monde. C’est pourquoi en 2001, l’Union mondiale des aveugles met en place la journée mondiale du braille, célébrée chaque 4 janvier. Jour de l’anniversaire de sa naissance, en 1809.

Créé entre 1825 et 1829, le braille succède au barbier, basé sur la phonétique des mots. Alors que sa version définitive est éditée en 1837, l’alphabet braille est aujourd’hui le plus utilisé par les personnes aveugles. La Fédération des aveugles de France explique : « Le système repose sur six points dont les combinaisons débouchent sur la réalisation de 63 signes permettant de réaliser l’ensemble des lettres de l’alphabet, de couvrir tous les accents, de produire les signes mathématiques et scientifiques et d’établir une musicographie complète. » Et précise : « Les alphabets du monde entier recourent aujourd’hui au système braille. » Tout comme une langue étrangère, il s’apprend mais avec du temps. Pour les enfants, le temps d’assimilation est équivalent à l’apprentissage de l’écriture normale. Pour les adultes, l’association Valentin Haüy estime que six mois sont nécessaires pour le braille intégral ; et douze mois pour le braille abrégé. Ce dernier permet de lire des ouvrages édités uniquement sous cette forme, ou d’évoluer plus rapidement. Les bénévoles de l’organisme proposent d’ailleurs un enseignement du braille, en présentiel ou à distance. Les modules sont adaptés aux déficients visuels comme aux voyants désireux d’apprendre. Ils comprennent bien sûr l’accompagnement mais aussi la fourniture de livres et de fichiers audio explicatifs.  

Cet alphabet très particulier s’appuie sur la mise en relief de ses points. Il ne peut donc pas être imprimé ou écrit de manière traditionnelle. Pour remédier à cette problématique, il existe aujourd’hui des imprimantes (appelées Perkins), machines à écrire (appelées embosseuses) et tablettes spécialisées. Sans oublier des terminaux pouvant être connectés à un ordinateur ou des bloc-notes braille.

En parallèle, différents alphabets destinés aux aveugles et malvoyants se développent avec plus ou moins de succès. Ils se fondent généralement sur l’alphabet courant, comme les systèmes Alston, Fry, Gall et Klein. D’autres comme les écritures Lucas et Moon utilisent la sténographie. Parmi cette diversité, le braille a su s’imposer au fil du temps grâce à ses nombreuses possibilités et son universalité.

En 1953, l’alphabet braille est reconnu officiellement et uniformisé par l’Unesco.

Un état des lieux inquiétant

L’informatique a permis de grandes avancées, y compris pour les personnes déficientes visuelles, notamment pour la saisie, la reproduction répétitive et la transmission à distance des textes en braille. En revanche, alors que l’ampleur du numérique est exponentielle, une étude concernant l’usage des technologies réalisée par la Fédération des aveugles et amblyopes(1) de France dresse un état des lieux étonnant de la situation : « Le constat est sidérant : institutions publiques comme entreprises privées sont souvent très loin des normes attendues en matière de conformité sur le niveau d’accessibilité exigée par le législateur. » En effet, l’analyse montre que seulement 14,6 % des sites publics sont accessibles aux personnes en situation de handicap visuel, et les entreprises privées sont loin de faire mieux. Pourtant, la loi sur l’égalité des droits et des chances des personnes handicapées votée en février 2005 rend obligatoire l’accessibilité numérique. À l’occasion de la journée mondiale de l’accessibilité numérique, la Fédération des aveugles de France saisit l’opportunité de sensibiliser le grand public. Selon une étude réalisée par WebAIM, dans le monde, 98,1 % des pages d’accueil comportent au moins une erreur nuisant à leur bonne lisibilité.

En 2021, la Fédération des aveugles de France relate : « Des citoyens aveugles lassés de se heurter chaque jour à l’inaccessibilité de sites internet  en avaient alerté la secrétaire d’État. [Face à son inaction], ils sont allés en justice par le biais de recours en excès de pouvoir devant le Conseil d’État. Ils concernent plusieurs sociétés connues. »

Plus généralement, selon l’organisme, le pays compte aujourd’hui plus de 1,7 millions de personnes atteintes d’un trouble de la vision, dont 207 000 aveugles. Pourtant, seulement 10 % des sites internet leur sont accessibles, comme 6 % des livres, 20 % des films sortant au cinéma, et 4 % des émissions de télévision. Des livres couvrant à peu près tous les sujets sont disponibles, des sciences à la musique, en passant par l’histoire et bien sûr la littérature. L’association Valentin Haüy a d’ailleurs constitué une bibliothèque spécialisée figurant parmi les plus grandes du monde. Elle est régulièrement actualisée et prête gratuitement ses ouvrages aux non-voyants. Cet été par exemple, les bénévoles se sont mobilisés pour adapter 80 % des œuvres de cette dernière rentrée littéraire. Rendus disponibles dès leur sortie en librairie, ce sont près de 400 livres qui sont répertoriés et accessibles en version audio et en braille numérique. Bonne nouvelle également en ce début d’année : jusqu’à présent, un livre imprimé en braille coûtait en moyenne cinq fois plus cher qu’un livre traditionnel. Depuis le 4 janvier, ils sont plus accessibles : 2000 ouvrages sont à présent vendus entre 11 et 30 euros. Un changement important qui intervient 40 ans après la loi Lang, sur le prix unique du livre.

Avec sa diffusion dans le monde entier, le braille est devenu universel et de nombreux objets du quotidien s’y sont adaptés comme les montres, les jeux de société, les appareils de mesure, etc.

(1) L'amblyopie, une cause fréquente de perte de vision chez les enfants, est une dégradation de la vue qui survient parce que le cerveau ne prend pas en compte l'image qu'il reçoit d'un des yeux.

Clara Serrano

La création d’une écriture universelle
Buste de Louis Braille, installée à Bad Wiesse, au sud de la Bavière, en Allemagne. « Louis Braille – Inventeur du braille »
Histoire

La création d’une écriture universelle

Né en 1809, Louis Braille est fils de bourrelier. Alors qu’il joue avec les instruments de son père, l’enfant âgé de seulement 3 ans subit un accident et perd l’usage de son œil  droit. C’est une infection étendue à l’œil gauche qui provoque alors la cécité. Conscient de l’importance d’une bonne éducation, ses parents obtiennent une bourse pour son admission à l’institution royale des jeunes aveugles, à Paris. Il y est remarqué pour  sa polyvalence et réussit dans toutes les disciplines, qu’elles soient manuelles ou intellectuelles.

En 1821, le jeune Braille assiste à la présentation du système de sonographie de Charles Barbier, tenue par son inventeur. Ce système ne répond cependant pas à l’ensemble des besoins des personnes aveugles. En effet, basé sur la phonétique des mots, il ne respecte pas l’orthographe, ne transcrit pas la ponctuation, les chiffres et symboles mathématiques ou encore les notes de musique.  Louis Braille réfléchît alors à un moyen d’améliorer cette écriture mais a du mal à se faire entendre. Cela ne l’empêche pas de poursuivre sa réflexion, qui aboutira en 1827, alors qu’il n’a que 18 ans. C’est en 1829 qu’il publie son ouvrage intitulé Procédé pour écrire les paroles, la musique et le plain-chant au moyen de points, à l’usage des aveugles et disposé pour eux. La version définitive de l’alphabet est éditée en 1837. La lecture se trouve considérablement simplifiée, accélérée et complétée.  La même année, le premier livre imprimé en braille paraît : Précis de l'histoire de France divisée en siècles. Alors qu’il montre des premiers signes de tuberculose dans ses années d’étude en raison des mauvaises conditions de vie à l’institut, sa santé est fragile. L’inventeur décède le 6 janvier 1852, à 43 ans. Sa dépouille a été transférée au Panthéon un siècle plus tard. C’est quelques années après, en 1878, que le braille est reconnu officiellement sur le plan mondial puis uniformisé par l’Unesco en 1953. Le 4 janvier est ensuite désigné comme journée mondiale du braille, de façon à rendre hommage à son créateur, mais surtout à sensibiliser le grand public à son importance.