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Les éleveurs des viandes AOP consolident leur modèle

Malgré les exigences déjà élevées de leurs cahiers des charges, les éleveurs de viandes sous appellation d’origine protégée réfléchissent à de nouveaux engagements en matière de durabilité pour renforcer un modèle payant du point de vue écologique et économique.

Les éleveurs des viandes AOP consolident leur modèle
Les éleveurs rassemblés au sein de la jeune fédération des viandes AOP de France (Fevao) entendent renforcer leur modèle en matière de durabilité économique, sociale et environnementale. ©Agri.gouv

Les éleveurs rassemblés au sein de la jeune fédération des viandes AOP de France (Fevao) entendent renforcer leur modèle en matière de durabilité économique, sociale et environnementale. « Les crises de ces dernières années, notamment la crise climatique, nous ont amenés à réfléchir au moyen de conforter le socle de nos AOP en allant au-delà des exigences actuelles », a expliqué Michel Oçafrain, le président de la Fevao. « Nous répondons aussi en cela à l’appel lancé par l’INAO aux organismes de défense et de gestion (ODG) pour qu’elles engagent collectivement les exploitations dans des démarches environnementales », a poursuivi le président de l’AOP Kintoa, le porc basque. « L’AOP est en effet une démarche écologique par l’harmonie qu’elle suppose entre l’homme, le produit et le terroir ».

Depuis la création de la Fevao en 2019, les onze AOP adhérentes ont donc longuement débattu des modes de production des uns et des autres afin de dégager des axes de progrès.  « Ces échanges très riches nous ont permis de définir une douzaine d’enjeux et trente-quatre objectifs en matière économique, sociale et environnementale avec des actions liées qui restent à définir », précise Sophie Deffis, présidente des éleveurs de porc noir de Bigorre. Ceux-ci vont de la nécessité « d’assurer l’accessibilité du produit à l’échelle locale » à « l’encouragement des pratiques permettant le stockage du carbone » en passant par « la protection des zones humides et des points d’eau », avec la part belle accordée aux objectifs environnementaux, qui comptent pour la moitié du total.

Des cahiers des charges à rouvrir

« Lors de la mise en place de cette feuille de route, nous nous sommes rendu compte que certaines démarches étaient engagées chez les uns mais pas toujours chez les autres, a indiqué Michel Oçafrain. L’objectif est que chacun avance dans le domaine prioritaire qu’il s’est fixé. » La Fevao dit attendre de chacune des organisations adhérentes qu’elle prenne au moins un engagement sur chaque objectif d’ici la prochaine assemblée générale, en 2023. « Ce travail montre que les AOP ne comptent pas rester sur leurs acquis », a poursuivi Michel Oçafrain. « Basées sur l’observation des cycles naturels, les appellations constituent également une agriculture de précision. »

À cette occasion, les cahiers des charges de certaines AOP viandes pourraient être réouverts, comme ils l’ont été dans les vins ou les produits laitiers. La durabilité n’est pas le seul chantier engagé par la Fevao. La jeune organisation entend en effet développer le travail en commun également sur les terrains économiques, politiques et juridiques.

Sur le modèle du Conseil national des appellations d'origine laitières (Cnaol) créé en 2002, « la Fevao souhaite faire entendre sa voix singulière au niveau national et européen et de mutualiser ses moyens sur la reconnaissance, la promotion et la défense de la notion d’AOP pour les produits de viande, la lutte contre l’usurpation et la contrefaçon et les actions d’information et de promotion », a détaillé Michel Oçafrain. La Fevao met notamment en avant la bonne santé économique de la plupart des exploitations engagées dans les appellations et les perspectives favorables qu’elles offrent aux jeunes éleveurs.

Actuagri

Les AOP viande en croissance

Avec sa reconnaissance en juillet 2022 par l’Union européenne, le poulet du Bourbonnais a porté à douze le nombre de viandes françaises bénéficiant d’une AOP, toutes espèces confondues : bœuf, agneau, porc et volaille. Depuis la reconnaissance du poulet et de la dinde de Bresse en 1957, il avait fallu attendre près de quarante ans pour voir une deuxième appellation, le taureau de Camargue, obtenir son précieux décret en 1996.  « Pendant longtemps, personne ou presque ne croyait que les terroirs pouvaient marquer les viandes, ce n’est plus le cas aujourd’hui », s’est félicité Jean-François Ravault, le président du bœuf de Charolles AOP. Depuis, le nombre de productions locales bovines, ovines et porcines s’est considérablement étoffé. Même si les productions adhérentes à la Fevao sont parfois confidentielles, elles représentent tout de même un volume cumulé équivalent à 4 600 tonnes, pour un chiffre d’affaires estimé à 30 M€. De quoi faire vivre environ 700 producteurs et entreprises mais aussi de faire rayonner l’image de ces terroirs bien au-delà de leurs frontières.