Gaec Laforest
Participer à la conservation d'une race à petits effectifs et en faire la promotion

Implantée à Nervieux depuis 1997, la famille Laforest élève avec passion ses vaches Salers et Ferrandaises. Une race à petits effectifs, rustique et atypique mais très docile. Quels sont les enjeux de l’élevage d’une telle race ? Quels sont les avantages et les contraintes ? Pourquoi avoir choisi cette race en particulier ? 

Participer à la conservation d'une race à petits effectifs et en faire la promotion
De gauche à droite, Matthieu, Bernard et Sylvie Laforest

C’est un réel coup de foudre qui a frappé Bernard Laforest alors qu’il était en vacances. Au premier coup d’œil, l’homme, alors très jeune, s’est pris de passion et d’amour pour cette race atypique et rustique. « Ce sont de très belles vaches, équilibrées et rustiques, avec leurs robes et leurs cornes. » Ainsi l’histoire du Gaec Laforest a-t-elle commencé. 

Bernard raconte : « C’était en 1982, à l’époque, je n’ai commencé l’élevage qu’avec une Ferrandaise et une Salers. Auparavant, ni Sylvie ni moi n’étions issus du monde de l’élevage. J’étais technicien agricole, puis l’opportunité s’est présentée à Saint-Thomas-la-Garde. Nous l’avons tout de suite saisie. Puis nous avons fait naître de plus en plus de vaches pour agrandir petit à petit le troupeau.» « Avec le temps, le terrain devenait trop petit et les terres nous échappaient à cause des constructions urbaines. Il a alors fallu trouver autre chose » souligne Sylvie. Le couple a ensuite décidé, en 1997, de s’implanter sur de nouveaux terrains de plus de 115 hectares, sur la commune de Nervieux. Leur troupeau est alors composé de 22 mères Salers et 23 Ferrandaises. Puis quelques années plus tard, en 2012, leur ls Matthieu les a rejoint pour former le Gaec Laforest. 

Depuis, la famille a bâti son propre laboratoire de transformation et sa propre boutique pour poursuivre dans les meilleures conditions son activité de vente directe. En 2020, une nouvelle construction vient compléter celles déjà présentes : une écurie traditionnelle à système entravé avec couloir d’alimentation, sur caillebotis. Avec un élevage composé d’une centaine de vaches allaitantes Salers et Ferrandaises ainsi que celui d’environ 70 brebis Noires du Velay, les Laforest proposent à la vente directe tous types de charcuterie, de préparations et de viande de porc, de bœuf, d’agneaux et de volailles. La boutique de l’exploitation, ouverte seulement deux fois par mois, est leur seul point de commercialisation. Une exclusivité à laquelle ils tiennent et qui leur permet également de conserver un lien privilégié avec leur clientèle. 

Élever une race à petits effectifs

Bien que la Ferrandaise est considérée comme une race à petits effectifs en France, Matthieu, Bernard et Sylvie Laforest ne considèrent pas être différents des autres éleveurs. « Au quotidien, rien ne change. La différence se trouve dans notre rôle de médiateur et de reproducteur pour que la race ne s’éteigne pas. » 

En effet, la famille a à cœur de promouvoir la race par différents moyens : lors des concours d’animaux, mais aussi sur leur site internet ou dans les médias. « Les Ferrandaises sont des vaches très équili- brées, physiquement mais aussi mentalement. Bien qu’elles aient des cornes impo- santes, elles ne nous ont jamais posé de problème car ce sont des animaux dociles, calmes et plutôt proches de l’Homme. On met d’ailleurs un point d’honneur à cette qualité, c’est pourquoi nous avons mis en place un système entravé dans notre nouveau bâtiment. Elles possèdent égale- ment une très bonne capacité de vêlage », précise le père de famille, et Matthieu d’ajouter : « Leur rusticité leur apporte une robustesse particulière. Elles sont rarement malades et nécessitent peu de soins. Elles sont également par nature très bien adaptées aux conditions impliquées par le réchauffement climatique. » Enfin, Sylvie souligne : « Ce sont également des vaches très belles, avec deux couleurs de robes, noires ou rouges, et trois types : poudrées, barrées et breignées. » 

Mission médiation 

Par ailleurs, l’élevage de race à petits effectifs implique une union entre les différents éleveurs de la race. Matthieu explique d’ailleurs : « Il existe très peu de taureaux de pure race, il faut donc être vigilants sur la sélection. C’est d’ailleurs souvent directement entre éleveurs que les animaux sont vendus pour améliorer la lignée. Comme pour un éleveur lambda, notre rôle est de faire naitre le meilleur veau possible. » Pour cela, Bernard explique : « On essaie surtout de sélectionner des vaches qui ont de belles mamelles et un bon lait, qui permet de bien faire grandir les petits après la naissance. » 

Enfin, pour la famille Laforest, l’élevage d’une race à petits effectifs telle que la Ferrandaise implique un « devoir de médiation ». Pour eux, cela passe notamment par la sensibilisation des jeunes et des futurs éleveurs, avec parfois l’espoir de créer de nouvelles vocations. Sylvie explique : « La race Ferrandaise étant menacée de disparition, nous avons en quelque sorte l’impression de faire quelque chose pour l’aider et la soutenir. Par la sélection génétique, nous essayons de faire avancer les choses. » Elle ajoute également que le Gaec se mobilise lors de manifestations comme le comice de Feurs, lors duquel il expose des animaux, mais aussi dans d’autres évènements ouverts au public. Lors des Journées de la fourme de Montbrison et de la fête des airelles-myrtilles à Sauvain ou encore au Sommet de l’élevage de Cournon d’Auvergne, la famille est présente pour sensibiliser le public et faire connaitre la race. 

Lors des créneaux de ventes à la ferme, les trois agriculteurs constatent que la méconnaissance de la race par le grand public est plutôt un avantage. D’abord parce que nombreuses sont les per- sonnes qui se souviennent de la période où ces animaux étaient communs dans la région, d’autre part car elle attise une certaine curiosité. « Les gens découvrent par curiosité mais y reviennent car c’est une viande de qualité et qui a du goût ! » 

En somme, c’est grâce à des agriculteurs engagés et passionnés comme Bernard, Sylvie et Matthieu Laforest que la race Ferrandaise est passée de 151 têtes en 1990 à 2 390 en 2020. Une croissance qu’ils comptent bien faire perdurer et qui atteint aujourd’hui, selon le père de famille, environ les 3 000 animaux. 

À l’avenir, les trois membres de la fa- mille espèrent voir la race se développer davantage. « Cela ne dépend pas unique- ment de nous, mais nous espérons que des jeunes seront motivés par ce dé et que de nouveaux débouchés sur la viande seront trouvés. Nous pensons qu’il serait judicieux, par exemple, de s’unir pour créer une marque, un label, pour défendre la race à plus grande échelle. »

Clara Serrano 

Ferrandaises

Une race locale aux multiples qualités

Alors qu’elle comptait en 1930 plus de 80 000 vaches et 500 000 têtes, la race Ferrandaise a subi une importante baisse d’effectifs lors de la Seconde Guerre mondiale. Un déclin qui s’est poursuivi dans les années suivantes et particulièrement dans les années 1960, à la suite des campagnes de prophylaxie et de l’abandon de la traction animale. À l’époque, la tendance est plutôt à la réduction du nombre de races et à la sélection des plus répandues, à tel point que les taureaux Ferrandais n’étaient pas admis à l’insémination artificielle.

Ses qualités d’attelage jusque-là reconnues se retournent contre elle et ne sont plus un avantage face à la mécanisation de l’agriculture. De plus, alors que la tendance est au développement de la filière laitière, la mixité des Ferrandaises, capables de produire à la fois du lait et de la viande, leur dessert.

Ce n’est qu’à la fin des années 1970 et au début de la décennie suivante que des initiatives sont prises pour sauver la race. Un inventaire des animaux est alors réalisé et dresse un bilan alarmant : en 50 ans, la population de vaches Ferrandaises a chuté de 99,8 %, selon l’association La Ferrandaise. Débute ensuite un travail de localisation, d’expertise et d’identification pour connaitre l’origine des bêtes. Une mission longue et périlleuse a permis un redémarrage malgré l’âge parfois déjà avancé des vaches toujours existantes et le manque de taureaux vierges de tout croisement disponibles. Laurent Avon, technicien à l’Institut de l’élevage chargé de cette étude, explique : « Au cours des années 1980, il a fallu rajeunir les effectifs avant de prétendre les faire croitre au cours des années 2000. »