Finaliser le pâturage de printemps pour mieux le reprendre à l’automne
La Chambre d’agriculture de la Loire et Loire conseil élevage proposent un suivi hebdomadaire de la croissance de l’herbe pour aider les éleveurs ligériens à bien maîtriser le pâturage et la récolte de l’herbe. Voici le bulletin du 15 juin.
Après un intermède très court de fraicheur, avec un retour relatif d’humidité, les fortes températures de ces jours signent la fin du pâturage de printemps. Ce pic de chaleur intervient dans un contexte de sols particulièrement secs et de déficit de pluviométrie printanière plus ou moins accentuée selon les secteurs.
En zones de plaines, de piémonts et de montagnes « sèches », quelles que soient les productions animales, il est intéressant de finaliser son pâturage de printemps et d’assurer dès à présent le repos estival des prairies de printemps. Il a déjà été en partie mis en place sur certaines exploitations : forte réduction de la part de l’herbe pâturée dans les rations, pâturage de stocks sur pied lactogène uniquement, mise en place de zones d’affouragement et de complémentation. Ce repos estival doit également s’appliquer dès à présent aux prairies de fauche ou paddocks de pâturage débrayés ce printemps et réincorporées dans le circuit de pâturage ces dernières semaines.
Il est contre-productif, voire dangereux, de prolonger davantage le pâturage de printemps, même tournant dynamique. Le risque est d’hypothéquer très fortement celui de cet automne et le potentiel alimentaire sur le (très) long terme. De plus, maintenir un pâturage dans ces conditions météo sera source d’inconfort thermique exacerbé pour les animaux.
En zones de montagnes plus fraiches (monts du Pilat/Saint-Genest-Malifaux, hauteurs des monts du Forez), le pâturage de printemps peut se prolonger sur des parcelles de fauche ou paddocks de pâturage débrayés ces dernières semaines (après fauche haute). L’essentiel est de réduire les cycles de pâturage sur des prairies permanentes ou temporaires à base de ray-grass/fétuques des prés et de privilégier le pâturage tournant le plus rationné et dynamique possible des repousses.
Les données du terrain
Les sommes de températures depuis le 1er février et le cumul pluviométrique sur le mois de juin dans le département sont les suivantes (source Infoclimat / Météo France au 13/06/2025) :
- Chalmazel, 1 058°C, 39,7 mm ;
- Noirétable, 1 228°C, 30,5 mm ;
- Saint-Sauveur-en-Rue, 1 291°C, 85,1 mm ;
- Violay, 1 348°C, 19,8 mm ;
- Chazelles-sur-Lyon, 1 424°C, 28,7 mm ;
- Fourneaux, 1 473°C, 20,3 mm ;
- La Valla-en-Gier, 1 436°C, 33,7 mm ;
- Panissières, 1 442°C, 22 mm ;
- Saint-Georges-en-Couzan, 1 288°C, 11,8 mm ;
- Arthun, 1 351°C, 17,4 mm ;
- Balbigny, 1 432°C, 17,1 mm ;
- Nandax, 1 490°C, 21,2 mm ;
- Pélussin, 1 585°C, 45,1 mm ;
- Savigneux, 1 358°C, 13,1 mm ;
- Veauchette, 1 428°C, 21 mm.
Le suivi de la croissance de l’herbe dans plusieurs exploitations du département (hauteur en cm et croissance en kg de matière sèche/ha/jour) rapporte les données suivantes :
- Saint-Héand (575 m) : 6,2 cm ; 9,5 kg ;
- Soleymieux (630 m) : 8,8 cm ;
- Périgneux (680 m) : 8,1 cm ; 27,8 kg ;
- Essertines-en-Chatelneuf (800 m) : 7,1 cm ; 21,0 kg ;
- Lérigneux (850 m) : 7,4 cm ; 31,1 kg ;
- Saint-Bonnet-le-Courreau (1 070 m) : 9,2 cm ; 24,7 kg ;
- Champoly (660 m) : 7 cm ; 11,0 kg ;
- Bourg-Argental (600 m) : 6,2 cm ; 23,5 kg ;
- Magneux-Haute-Rive (375 m) : 6,8 cm ; 29,3 kg ;
- Pouilly-sous-Charlieu (280 m) : 7,1 cm ; 40,3 kg ;
- Vivans (320 m) : 9,6 cm ; 40,3 kg ;
- Vézelin-sur-Loire (450 m) : 5,8 cm ; 15,2 kg ;
- Perreux (lycée de Chervé) : 6,1 cm ; 10,3 kg ;
- Saint-Marcel-de-Félines (490 m) : 7,7 cm ; 3 kg ;
- Bussières (650 m) : 6,1 cm ; 31,3 kg ;
- Violay (700 m) : 10,5 cm ; 38,8 kg ;
- Violay (720 m) : 10,8 cm ; 7,5 kg ;
- Violay (800 m) : 10,1 cm ; 33,9 kg ;
- Tarentaise (1 100 m) : 9,8 cm ; 32,5 kg ;
Animaux et fortes chaleurs
Quelles que soient les productions, il est important de réorganiser la journée (voire la nuit) des animaux sortis du parcellaire de pâturage « productif ». Plusieurs leviers peuvent être enclenchés :
- entrée en bâtiment le jour et la nuit, ou uniquement la journée, sous condition d’adaptabilité des bâtiments ;
- aménagement de parcelles « parking » pour garantir un point d’abreuvement avec une offre en eau en quantité et qualité abondante, de l’ombrage et des zones propres et saines de minéralisation voire d’affouragement et de complémentation ;
Constituer une biomasse de sécurité
Constituer une biomasse de sécurité sur pied est un des leviers fondamentaux pour passer des étés brûlants. Arrêter le pâturage dès à présent favorise la constitution d’une biomasse de sécurité, la plus couvrante possible, laissant le moins de sol nu visible, avec une hauteur écrasée minimum de 9 à 12 cm. Les objectifs sont de :
- protéger les organes stockage des principales espèces fourragères d’intérêt ;
- conforter le maintien d’une biomasse minimum capable de photosynthétiser ;
- réduire la hausse des températures en surface de sol et donc la mortalité par « brûlage » des racines superficielles de certaines espèces fourragères d’intérêt.
In fine, l’objectif est de conforter une offre en herbe significative de (très) bonne qualité alimentaire en automne (sous condition de pluies), que ce soient pour du pâturage comme de la fauche. De plus, cette biomasse de sécurité doit être sauvegardée au maximum durant toute la période, sans piétinement d’animaux ou de machines agricoles, et ce même si elle parait visuellement complètement desséchée.
Stéphane Laurent, Loire conseil élevage