L’agriculture ligérienne et ses filières
Quelles sont les principales caractéristiques de l’agriculture ligérienne, tant d’un point de vue des fermes que des productions ? Quelles filières alimente-t-elle ?
La Loire recense autour de 4 050 exploitations agricoles. Elles sont en général familiales et de taille moyenne (57 ha en moyenne). Mais en fonction de la localisation et de la production, la taille peut varier.
La Loire compte 228 500 hectares de Surface agricole utile (SAU), ce qui représente 54% de la superficie du département. 80% de cette surface est en herbe. La forêt, qui n’est pas intégrée dans la SAU, s’étend sur environ 155 000 ha.
Dans la nouvelle région Auvergne-Rhône-Alpes, la Loire est le troisième département en termes d’effectifs bovins et le premier de Rhône-Alpes. La production laitière bovine (50 400 vaches en 2023) est le secteur économique le plus important en faisant vivre 45 % des exploitations professionnelles. Quant à la production de viande bovine (71 900 vaches allaitantes en 2023), elle fait vivre 35 % des exploitations du département.
Productions complémentaires
L’élevage de chèvres (14 400) s’est également développé ces quinze dernières années avec l’émergence de laiteries. L’élevage ovin (30 500 brebis) est présent sur l’ensemble du département. Certains agriculteurs ont diversifié leur production principale en élevant des porcs, des poulets de chair, des poules pondeuses, des lapins…
Les agriculteurs ligériens ont su profiter de la proximité des villes pour développer la transformation fermière et la vente directe sur les exploitations ou les marchés. 30 % des exploitations agricoles vendent une partie de leur production en circuit court.
L’agriculture de la Loire compte des fruits, localisés principalement dans deux vergers : le Pilat et le Jarez. Sans oublier les légumes, historiquement cultivés autour de Saint-Just-Saint-Rambert mais qui se développent dans l’ensemble du département. La viticulture tient une place non négligeable dans la Loire avec 986 ha et cinq AOP (Appellation d’origine protégée) : Côte roannaise, Côtes du Forez, Saint-Joseph, Condrieu, Château-Grillet.
Il existe aussi des AOP pour trois fromages : Fourme de Montbrison, Rigotte de Condrieu et Charolais. Et une pour la viande bovine : AOP bœuf de Charolles.
Il faut également savoir que le cheval, dont la plupart des activités font partie intégrante de l’agriculture, tient une place importante dans le département : élevages de trotteurs, deux hippodromes, centres équestres.
Pour faire découvrir leur métier, des agriculteurs proposent diverses activités d’accueil sur leur ferme, comme les gîtes, les chambres et tables d’hôtes, les fermes pédagogiques…
Une exploitation sur trois est en forme sociétaire, le plus souvent en Gaec (Groupement agricole d’exploitation en commun).
L’aval de la filière
La Loire compte 173 industries agro-alimentaires (viandes, fruits et légumes, lait, grains, boulangerie-pâtisserie, pâtes, boissons) et 300 commerces de gros (produits agricoles bruts, animaux vivants, produits alimentaires, boissons). Les établissements agro-alimentaires recensent près de 6 000 emplois. Le secteur de la transformation et conservation de viande et de la préparation de viande constitue le plus important employeur de main d’œuvre.
Il faut aussi savoir que la Loire est le troisième département de la région pour l’enseignement agricole en termes de jeunes accueillis dans des établissements de formation (2 862). Ils accueillent 1 318 apprentis, ce qui fait de la Loire le deuxième département d’Auvergne-Rhône-Alpes sur ce critère. Une aubaine quand on sait que plus de la moitié des agriculteurs actuels atteindront l’âge de la retraite dans les dix prochaines années.
Les chiffres sont issus du mémento 2024 de la Draaf Aura.
L’élevage et les prairies au cœur de l’environnement
L’élevage est régulièrement pointé du doigt pour son impact sur l’environnement. Or, c’est une activité dont les conséquences sont aussi positives. Sans élevage, les paysages ligériens ne ressembleraient pas à ce qu’ils sont aujourd’hui. Le cas des jasseries du Forez est très parlant. Si, en 2024, on considère les terres des Hautes Chaumes comme ‘’naturelles’’, elles ont été avant tout façonnées par l’Homme pour qu’il puisse y mener ses troupeaux.
En France, on compte 250 000 élevages, toute espèce confondue (vaches, moutons, chèvres, chevaux). Ils sont répartis entre les zones où il pleut régulièrement, permettant la pousse de l’herbe et la culture des fourrages, et les zones plus difficiles (montagnes), où qualité du sol et la géographie ne sont pas propices à la culture de céréales. 20 % du territoire français est ainsi valorisé par les élevages de ruminants qui transforment une herbe que l’homme ne peut pas manger.
Les éleveurs français, attachés au bien-être de leurs animaux, produisent en moyenne 90 % de l’alimentation qu’ils leur donnent : une bonne prairie doit pouvoir fournir tous les nutriments nécessaires aux animaux d’élevage. Elle est l’un piliers de la viabilité économique d’une exploitation. Une vache qui donne du bon lait donne du bon fromage. Idem, un bovin bien nourrit fournit une viande de qualité. Selon l’Institut de l’élevage, une ration alimentaire d’une vache contient 60 % d’herbe, se hissant même à 80 % pour les races à viande.
L’Hexagone, c’est aussi 13 millions d’hectares de prairies valorisés. Autant de surfaces dans lesquelles les éleveurs peuvent récupérer la paille pour faire la litière des bêtes dont ils réutilisent les déjections pour produire des énergies renouvelables (méthanisation).
Lutte contre le réchauffement climatique
Les prairies hébergent une très grande biodiversité : une partie visible (bovins, ovins, caprins) et une autre sur laquelle l’attention se porte moins (cervidés, gibiers, plantes, champignons, insectes, micro-organismes...). La France compte 750 000 km de haies bordant les parcelles agricoles, hébergeant de nombreux microcosmes.
L’équilibre de cet écosystème permet au bétail d’être bien nourri, et ainsi produire du lait et une viande de qualité. Le cycle est vertueux : les animaux se nourrissent des végétaux de la prairie, qu’ils fertilisent en retour avec leurs déjections. Un moyen pour l’éleveur de limiter les achats d’engrais, lui évitant une dépense coûteuse. Cette imbrication vient aussi favoriser le développement des plantes et autres fleurs sauvages, véritables joyaux pour les pollinisateurs. Dans cet écosystème, les insectes, oiseaux et petits mammifères peuvent aussi être gages de protection contre les parasites.
Les prairies sont également un moyen de lutter contre le réchauffement climatique. Toutes les espèces animales qui y vivent, fabriquent, à leur façon, de l’humus, favorisant l’émergence des plantes qui stockent le carbone tandis que les lombrics, qui creusent de nombreuses galeries, rendent la terre souple et perméable, permettant à l’eau de pluie de s’infiltrer dans les sols. D’autres insectes, comme les arthropodes se nourrissent de ces mêmes lombrics et leurs déjections enrichissent le sol qui sera alors moins friable, résistant davantage aux intempéries et au piétinement du troupeau. Selon le ministère de l’Agriculture, un hectare de prairie permanente peut stocker jusqu’à 110 kg de carbone par an.
Plus de 5 millions d’hectares de prairies permanentes sont conduites en zéro phyto, soit 28 % de la Surface agricole utile (SAU). L’élevage joue donc un rôle essentiel dans le maintien des prairies. D’autant que si le bétail ne pâturait pas, elles seraient vouées à disparaître, envahies par les broussailles et les arbustes.
Alexandra Pacrot