Le rapport du Sénat sur la grande distribution fait réagir
Le rapport accablant du Sénat sur les pratiques de la grande distribution présenté le 19 mai a suscité de nombreuses réactions de la part des filières concernées.
Mardi 19 mai, les sénatrices Antoinette Guhl et Anne-Catherine Loisier ont présenté leur rapport sur les pratiques de la grande distribution (lire ici). Les réactions des acteurs des filières concernées ont été multiples. Ce rapport « vient confirmer ce que le monde agricole dénonce depuis des années : le partage de la valeur est profondément déséquilibré et toujours au détriment des producteurs », écrit la FNSEA sur son compte LinkedIn. « Dans un contexte marqué par une instabilité géopolitique croissante, une hausse continue des charges, et des exigences réglementaires toujours plus fortes, les agriculteurs ne peuvent plus être la variable d’ajustement des négociations commerciales », ajoute-t-elle.
La Fédération demande une application stricte des lois Egalim ; un meilleur encadrement des centrales d’achat ; le renforcement de la transparence sur les marges ; et de garantir une construction des prix à partir des coûts de production. « Il revient désormais aux députés et sénateurs de se saisir du projet de loi d’urgence agricole pour adopter sans attendre les mesures qui permettront enfin une juste rémunération des agriculteurs », souligne la FNSEA.
« Combat fratricide »
Pour les Entreprises françaises de charcuterie-traiteur (FICT), la commission d’enquête « vient d'exposer au grand jour les comportements destructeurs de la grande distribution », réagit-elle dans un communiqué de presse. « Le constat dressé est accablant », poursuit l’organisation professionnelle, pour qui le rapport met en évidence les « pratiques brutales de négociations (...) mises en œuvre par les distributeurs : menaces de déréférencement ; baisses soudaines de commandes ; exigences d’alignement tarifaire ; pénalités logistiques automatiques ; services commerciaux jugés fictifs ou disproportionnés ».
« La guerre des prix que se livrent les distributeurs dans un combat fratricide est bien réelle. Elle a continuellement détruit de la valeur et fragilisé toute notre filière », déclare Christiane Lambert, présidente de la FICT. La fédération appelle les pouvoirs publics à traduire rapidement ces constats en décisions concrètes afin de garantir des relations commerciales réellement équilibrées et de préserver durablement la compétitivité des entreprises françaises de charcuterie.
« Imposture »
Pour sa part, la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) considère que les travaux du Sénat « mettent en évidence le rôle des centrales d’achat européennes dans le contournement des règles et les déséquilibres de la filière ». « Un produit à base de lait français doit être négocié en France, selon les règles françaises » insiste-t-elle par voie de presse.
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La FNPL regrette par ailleurs que « les sénateurs aient laissé de côté un enjeu tout aussi central : les pratiques des industriels ». « Les éleveurs laitiers n’attendent pas des déclarations, mais des décisions concrètes pour assurer un revenu décent. Il va falloir du courage politique » souligne Yohann Barbe, président de la FNPL.
Enfin, une coalition d’organisations des industries agro-alimentaires (La Coopération agricole, l’Ania,…) se félicite que le rapport mette en lumière le fait que « le pouvoir d’achat du consommateur français n’est pas protégé par la grande distribution. Depuis vingt ans, la grande distribution cultive un récit selon lequel elle serait le bouclier des Français face à des industriels qui chercheraient à augmenter les prix. La commission en démonte l’imposture avec une rigueur sans précédent ». « Les sénateurs ont fait un travail remarquable. Il appartient maintenant au Gouvernement et aux régulateurs de faire le leur », conclut la coalition.