Les risques psychosociaux ont un coût pour l'entreprise
Plus de 90 participants ont répondu à l'invitation de la MSA Ardèche-Drôme-Loire le 27 novembre en Ardèche pour une journée de séminaire sur les risques psychosociaux (RPS). Parmi eux, des chefs d'entreprises représentant tous les secteurs d'activité agricole, des chefs d'exploitations agricoles, des chargés des ressources humaines dans le domaine bancaire, des directeurs de MFR, mais aussi des représentants des salariés puisque ce séminaire était organisé à la demande du comité de protection sociale des salariés de la MSA Ardèche-Drôme-Loire. Pourquoi s'emparer de ce sujet ? Parce que, rappelle Henry Jouve, président de l'organisme mutualiste, « la prévention des risques psychosociaux est un facteur d'adhésion du personnel, mais aussi un facteur d'efficacité de l'entreprise ». Parmi les intervenants, Olivier Bachelard, enseignant chercheur en management des ressources humaines et santé-sécurité au travail, souligne : « Il faut faire de la prévention un véritable objet de gestion et connaître son impact pour l'entreprise, c'est-à-dire identifier son coût financier, son impact social, individuel. »
Absentéisme et turn-over
Un salarié qui va mal, une équipe qui ne s'entend plus, de l'absentéisme, du turn-over, cela a forcément un impact direct sur les résultats de l'entreprise. Didier Garros, consultant chez Aravis (1), a illustré ce propos par la présentation d'un cas concret : celui d'un abattoir, où l'absentéisme et le turn-over étaient tels que l'entreprise risquait de ne plus pouvoir tenir ses objectifs. Le consultant a d'une part accompagné l'entreprise pour identifier le coût réel de ces absences et du recours à l'intérim, mais aussi le coût d'adaptation, c'est-à-dire celui de la mise en route répétée de nouveaux salariés forcément moins productifs au démarrage. « Il fallait absolument sortir du « c'est comme ça, on ne peut rien y faire, l'abattoir c'est un travail difficile. » Une fois les coûts induits (150 000 euros par an !) mis en évidence, le consultant a pu travailler sur les critères à l'origine de ces dysfonctionnements : cadences élevées liées à des sous-effectifs permanents, matériels et locaux inadaptés, manque de formation à destination des nouveaux embauchés... Autant d'éléments sur lesquels l'entreprise a compris qu'elle devait mettre des moyens.
Mais tous les intervenants reconnaissent que la prévention des risques psychosociaux est loin d'être évidente. D'abord parce qu'il y a trois niveaux d'interventions possibles, rappelle Sabrina Rouat, psychologue du travail : la prévention primaire qui s'intéresse à l'organisation du travail et aux facteurs de risques, la prévention secondaire qui permet à des équipes ou des individus de se former pour renforcer leurs capacités, et la prévention tertiaire qui relève de la mise en place de solutions de soutien pour permettre un retour au travail de la personne dans les meilleures conditions. « Souvent, dans les entreprises, on entre par cette troisième porte. C'est la porte de la crise, alors que la prévention primaire est bien plus efficace », souligne la psychologue.
Petites entreprises
La prévention des risques psychosociaux est aussi une question d'autant plus difficile à aborder que la taille de l'entreprise est petite. « La plupart des études réalisées sur la santé-sécurité au travail porte sur des grands groupes, pas sur les PME ou le monde rural, et sur les salariés, pas sur les responsables de TPE ou d'exploitation agricole », précise Olivier Bachelard. L'enseignant chercheur pointe également le contexte particulier des entreprises de petite taille dans les relations employeur ? salarié(s) : une proximité d'intérêts, une identité forte, particulièrement dans le monde agricole, un espace de discussion ouvert... mais aussi dans les petites entreprises du monde rural ou dans les exploitations agricoles des facteurs de risques psychosociaux, particulièrement élevés pour le chef d'entreprise lui-même.
Vincent de Jaeghere, producteur de tomates sous serres à Saint-Paul-Trois-Châteaux (Drôme), a pu en témoigner. Il embauche sur l'année dix permanents et des saisonniers, et a signé avec la MSA un contrat de prévention en 2008. Il s'efforce d'avoir une démarche d'évaluation des risques en continu, de corriger quand nécessaire... Mais il avoue aussi que dans un contexte de tensions permanentes pour les exploitations agricoles, la prévention est un exercice difficile. « Nos productions ne connaissent désormais plus qu'une bonne année sur cinq. Entre le prix de l'énergie, le prix des produits, la mévente liée à des crises comme celle de l'E.Coli sur les concombres ou encore l'embargo russe sur les produits agroalimentaires, nous sommes en état de stress permanent, et forcément notre stress transpire sur les salariés. » Malgré tout, le chef d'entreprise souhaite poursuivre ses efforts dans l'amélioration des conditions de travail, parce que « c'est vrai, nous sommes souvent des techniciens du végétal sur nos exploitations, mais pourtant l'humain reste essentiel dans nos entreprises, et ça quelles que soient les évolutions technologiques ». Tout le monde aurait donc à gagner à une meilleure prise en compte des risques psychosociaux au sein de l'entreprise. Mais, prévient un des intervenants, en abordant le sujet avec des indicateurs pertinents, « pour parler des RPS sans monter une usine à gaz ».
Sophie Sabot
(1) Agence Rhône-Alpes pour la valorisation de l'innovation sociale et l'amélioration des conditions de travail.