Sanitaire et Mercosur : quelles conséquences pour l’agriculture de la Loire ?
Entre mobilisation sur le terrain, crise sanitaire et négociations commerciales internationales, la FDSEA de la Loire maintient la pression. Maxime Brun, secrétaire général, revient sur les risques liés aux accords du Mercosur pour les éleveurs et les contestations autour de la répartition des aides liées à la DNC.
«Les feux de la colère ne sont pas prêts de s’éteindre », prévient Maxime Brun, secrétaire général de la FDSEA de la Loire. Allumés la semaine dernière pour protester contre la signature de l’accord du Mercosur, ils sont le reflet de la colère qui mâtine la voix de l’agriculteur. Amer, il dénonce un refus du gouvernement français qui survient trop tard. « A la FNSEA, ça fait trois ans qu’on lutte contre. S’il y avait quelque chose à faire, c’était avant, pour obtenir une minorité de blocage... » Minorité qui était d’ailleurs acquise jusqu’au retrait de l’Italie qui a finalement choisi de voter ce texte, favorisant les exports, un marché qui représente 40 % du PIB italien.
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Qu’en est-il du « non » apposé par Emmanuel Macron ? « Nous n’avons plus confiance en un président qui change d’avis quand il change de pays : lorsqu’il est au Brésil, c’est un bon accord, quand il rentre, il le dénonce. Ce n’est pas avec ce ‘’non’’ qu’il va éteindre les feux agricoles », martèle Maxime Brun.
Pour le secrétaire général de la FDSEA de la Loire, les conséquences du Mercosur sont, pour l’heure, difficile à apprécier. « 99 000 tonnes de viande importée, c’est un peu moins de 2 % de toute celle qui est consommée en Europe. Mais c’est ouvrir une boîte de Pandore », assure-t-il. Les pays d’Amérique du Sud concernés par le traité de libre échange « ont d’énormes capacités de production », que les agriculteurs européens ne peuvent pas concurrencer. « On va autoriser sur notre sol des produits que nous ne pouvons pas produire ! »
Il ne cache pas son inquiétude sur des clauses miroirs qu’il juge « inapplicables » et face à la concurrence de cette viande importée. « Ce ne sont pas des carcasses entières qui vont arriver, mais des piécées, des morceaux nobles (onglets, faux filets, bavettes...). Autant de morceaux qui valorisent nos carcasses européennes. Nous nous attendons inévitablement à des impacts sur les prix. »
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Lors de la conférence de presse organisée par le réseau FDSEA / Jeunes agriculteurs Loire vendredi matin sur le rond-point de l’autoroute de Chalain-le-Comtal, les parlementaires présents ont assuré les agriculteurs ligériens de leur soutien. « Les eurodéputés français aussi sont contre cet accord, mais quel poids ont-ils à Bruxelles ? » Maxime Brun l’assure, les agriculteurs continueront de maintenir la pression : « Tant que ce n’est pas signé, il y a de l’espoir. On espère que les recours auprès de la justice européenne vont se poursuivre, mais nous n’espérons pas de miracles. » Leur colère résonnera à nouveau ce jeudi à Lyon, à l’occasion d’une mobilisation régionale.
DNC : 4 millions d’euros pour la Région
Si le Mercosur est un dossier brûlant, il n’est pas le seul à provoquer l’exaspération des exploitants. La DNC (Dermatose nodulaire contagieuse) touche les campagnes depuis fin juin avec d’importantes répercussions financières dans les fermes. Nationalement, un fonds de 11 millions d’euros (doublé il y a quelques jours) a été levé pour soutenir les agriculteurs touchés économiquement par les contraintes sanitaires.
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Sur ce budget, la région Auvergne-Rhône-Alpes devrait percevoir 4 millions d’euros. « Nous avons fait savoir à Muriel Nguyen (préfète de la Loire, ndlr), que ce montant ne nous convenait pas ! Nous avions proposé un budget par broutard et par jour de 3 euros et d’1,50 euros pour les veaux laitiers, à compter du moment où nous ne pouvions plus exporter nos animaux. Mais la Draaf (Direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt) est partie sur une aide à l’UGB (Unité de gros bétail). »
Ainsi, un éleveur qui a pu vendre ses animaux avant que la DNC n’impacte le territoire ou un éleveur ayant dû supporter les charges de ses broutards pourront tous les deux être indemnisés. « Nous ne sommes d’accord ni avec le mode de calcul, ni avec le mode de distribution », proteste Maxime Brun.