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Perspectives

Ukraine : une puissance convoitée

Après plus de quatre ans de guerre, l’Ukraine est toujours une grande puissance agricole et agroalimentaire très convoitée. Pour ne pas être isolée sur la scène internationale, une fois la paix retrouvée, plusieurs partenariats sont envisageables. 

Par Actuagri
Ukraine : une puissance convoitée
Une fois la guerre terminée, plusieurs partenariats sont envisageables pour l'Ukraine, dont celui de l'adhésion à l'Union européenne. ©iStock

L’Ukraine est l’un des six États regroupés sous l’acronyme Cubita (Congo, Ukraine, Brésil, Indonésie, Turquie, Australie) passés au peigne fin dans Le Déméter 2026 - Appétits stratégiques et pivots, un ouvrage coordonné par Sébastien Abis. Selon lui, ces six États sont « appelés à jouer un rôle stratégique et démographique, à l’horizon de 2050 ». Arthur Portier, consultant sénior chez Agritel-Argus Media France et agriculteur, est l’auteur de l’article Ukraine, front agricole disputé, publié dans cet ouvrage.

Depuis 2014, la guerre a renforcé le sentiment national. La paix retrouvée, le pays en sortira transformé. « L’Union européenne (UE), en première ligne du soutien financier et technique, voit dans cette phase post-conflit une opportunité de renforcer les liens avec Kiev, tout en consolidant son influence avec l’Est », soutient le consultant. « Mais l’adhésion de l’Ukraine à l’UE n’est pas le seul scénario envisageable », ajoute-t-il.


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Sur le papier, l’UE associée à l’Ukraine sont complémentaires. Cependant, l’adhésion de l’Ukraine à l’UE impose au préalable une harmonisation de ses normes de production actuellement en vigueur dans les vingt-sept pays membres. Par ailleurs, « le budget européen nécessaire pour financer l’intégration du pays est estimé à 136 milliards d’euros, selon le think tank Bruegel », rapporte Arthur Portier. Or, le cadre financier pluriannuel européen 2028-2034 pourrait manquer d’ambition. Outre l’élargissement de l’UE, le consultant d’Argus Media envisage trois autres scénarios alternatifs.

Les États-Unis 

Même si les États-Unis ont déçu ces dernières années, un partenariat avec la première puissance économique mondiale n’est pas exclu compte tenu de l’aide colossale apportée par Washington au cours des premières années du conflit, soutient le consultant d’Argus. L’Ukraine serait alors, dans le bassin de la mer Noire, un relais étasunien pour affirmer la puissance agricole des deux pays face à l’Union européenne et à la Russie.

L’essor de l’industrie ukrainienne de première ou seconde transformation pourrait s’appuyer sur l’exploitation de ses terres rares et la valorisation de ses commodités agricoles. L’Ukraine réserverait alors l’éthanol et les oléoprotéagineux triturés en tourteaux à son nouveau partenaire qui aurait alors les moyens de s’affranchir de ses importations canadiennes. « L’Ukraine pourrait aussi devenir un champ d’expérimentation pour y développer une agriculture biologique modèle, écologiquement intensive. À moins qu’elle copie le système agricole étasunien en introduisant notamment les OGM », suggère Arthur Portier. 

La Chine 

Une autre alternative à l’adhésion à l’UE existe sous l’effet d’un rapprochement avec la Chine. En effet, l’Ukraine lui vend déjà massivement de l’orge et du soja. Alors pourquoi l’Empire du Milieu ne renforcerait-il pas ses relations commerciales avec un pays fiable qui lui exporterait en priorité ses excédents agricoles (orge, soja, maïs) ? La Chine serait alors moins dépendante des États-Unis pour s’approvisionner en grains et elle contribuerait fortement à la reconstruction et à la modernisation de l’Ukraine. Le nouvel eldorado industriel ukrainien serait alors une réplique du modèle chinois. Vue de Pékin, l’Ukraine prolongerait « les nouvelles routes de la soie » de l’Empire du Milieu jusqu’aux frontières de l’UE. Dans ce scénario, Kiev aurait toujours un accès privilégié au marché européen.

Les BRICS

Mais l’Ukraine pourrait aussi pactiser avec les pays des Brics (Brésil, Inde, Chine, Indonésie, Afrique du Sud… hors Russie évidemment) et renforcer leur hégémonie agricole, défend Arthur Portier. Ensemble, ils pèsent 50 % de la production mondiale de blé, 44 % de soja, 63 % de colza. Sur les marchés, cette association opportuniste redistribuerait la géographie des échanges commerciaux en marginalisant les États-Unis et l’Union européenne. En fait, ces trois scénarios alternatifs à l’adhésion à l’UE et leurs conséquences géopolitiques ébranleraient la construction européenne, analyse Arthur Portier. Certains États membres pourraient même être tentés de reprendre leur destin en main, de sortir de l’UE et se rapprocher d’autres puissances économiques.