Comment accélérer les investissements et répondre aux difficultés de recrutement ?
Avec plus de 500 000 emplois industriels, Auvergne-Rhône-Alpes occupe une place majeure dans l’industrie française. Le préfet de région a dégagé trois axes pour faire face aux difficultés économiques et aux tensions sur le recrutement.
L’industrie régionale reste un pilier de l’économie, mais elle doit composer avec un environnement économique difficile. Pour soutenir les entreprises et préparer les transformations du secteur, l’État entend renforcer son accompagnement en Auvergne-Rhône-Alpes. Ces orientations ont été présentées le 15 octobre par Étienne Guyot, préfet du Rhône mais aussi de région, à l’occasion d’un Comité de l’administration régionale consacré à l’industrie, réunissant les préfets de département et les services de l’État.
L’objectif est double : répondre aux difficultés rencontrées par les entreprises à court terme et créer les conditions nécessaires à de nouveaux investissements industriels. Trois axes doivent structurer cette mobilisation. Premier levier : faciliter la concrétisation des projets industriels et soutenir les investissements. Selon la préfecture, 7 milliards d’euros de crédits du programme France 2030 ont été mobilisés dans la région, qui se classe au deuxième rang national des territoires bénéficiaires. Ce programme national vise notamment à soutenir l’innovation, la réindustrialisation et le développement de technologies stratégiques. Pour l’État, l’enjeu consiste désormais à accompagner les entreprises dans la réalisation de leurs projets, en anticipant les difficultés susceptibles de retarder leur mise en œuvre.
La région Auvergne-Rhône-Alpes compte ainsi 18 « Grands Projets Stratégiques », des opérations industrielles d’envergure nationale ou européenne. Pour ces projets, les services de l’État appliquent une méthode d’accompagnement destinée à repérer plus tôt les obstacles réglementaires et à coordonner les réponses des différentes administrations. Cette démarche, désignée sous le nom de projets « Notre-Dame », doit permettre de fluidifier les procédures et d’éviter que des difficultés administratives ne compromettent les calendriers d’investissement.
Des terrains industriels pour faciliter les implantations
L’accompagnement porte également sur la disponibilité du foncier. La région compte 25 Territoires d’industrie, dont la vocation est de structurer les écosystèmes industriels locaux et de rapprocher les entreprises, les collectivités et les acteurs de la formation. Six candidatures de sites sont par ailleurs identifiées dans le cadre du dispositif des sites industriels « clés en main ». Le principe est de proposer aux investisseurs des terrains dont les principales contraintes en matière d’urbanisme, d’environnement et d’aménagement ont été anticipées, afin de faciliter l’installation de nouvelles activités. Une nouvelle campagne de labellisation, engagée en 2026, doit permettre d’élargir cette offre foncière.
En Auvergne-Rhône-Alpes, plusieurs sites ont déjà obtenu cette labellisation : Contifibre SAS, à Saint-Julien-en-Saint-Alban, Givors Industrie, la zone d’aménagement concerté Lybertec, à Belleville-en-Beaujolais, et le Parc industriel de la Plaine de l’Ain, à Saint-Vulbas. Autre sujet identifié par le préfet : les data centers (centres de données, ndlr). Ces infrastructures nécessitent d’importantes ressources foncières et électriques, mais aussi une attention particulière aux besoins en eau, aux enjeux environnementaux et à leur intégration dans les territoires. L’État souhaite donc mettre en place une méthode de travail interministérielle spécifique afin d’examiner ces différents enjeux de manière globale.
Agir sur le recrutement
Au-delà des investissements, la question des compétences constitue un autre défi majeur pour les industriels. Malgré des besoins de main-d’œuvre importants, les entreprises rencontrent des difficultés pour recruter les profils nécessaires à leur développement et à leur transformation. 59 % des projets de recrutement dans les 20 principales filières industrielles sont considérés comme difficiles.
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Les données de France Travail confirment l’importance de ces tensions. Dans son enquête sur les besoins en main-d’œuvre pour 2026, l’organisme recense environ 30 330 projets de recrutement dans le secteur industriel en Auvergne-Rhône-Alpes. Parmi eux, 48,8 % sont jugés difficiles à pourvoir. En 2025, cette proportion atteignait 58,6 %, pour 31 360 projets recensés. Ces chiffres, issus de périmètres statistiques distincts de celui retenu dans le communiqué préfectoral, illustrent néanmoins les difficultés persistantes auxquelles se heurtent les employeurs.
L’ambition est d’agir simultanément sur plusieurs fronts : mieux faire connaître les métiers industriels, améliorer l’orientation des jeunes, développer les formations adaptées aux besoins des entreprises et faciliter les reconversions professionnelles. Les jeunes, les demandeurs d’emploi et les salariés en reconversion constituent ainsi des publics prioritaires. Au-delà du recrutement, la fidélisation des salariés représente également un défi. Les entreprises doivent pouvoir conserver les compétences nécessaires à leur développement, alors même que les métiers et les technologies évoluent.
Dialogue renforcé avec les filières industrielles
Troisième priorité annoncée par Étienne Guyot : instaurer un dialogue plus régulier avec les principales filières industrielles de la région. Le préfet souhaite organiser un cycle de rencontres consacrées à chacune d’entre elles. Ces échanges devront permettre d’identifier les difficultés propres aux secteurs, de faire remonter les besoins des entreprises et de suivre les projets nécessitant l’intervention des services de l’État.
L’objectif est d’aboutir à des plans d’action par filière, afin de mieux coordonner les réponses publiques et de traiter les difficultés au plus près des réalités économiques locales. Cette approche doit permettre de dépasser une logique d’intervention ponctuelle pour installer un suivi dans la durée, en tenant compte des enjeux propres à chaque activité industrielle.