Céréales : la mer Noire redessine la carte des échanges
Comme les capacités d’acheminement des céréales russes et ukrainiennes sont réduites de moitié, les pays importateurs de céréales revoient leurs stratégies d’approvisionnement en diversifiant autant que possible leurs fournisseurs.
La campagne de commercialisation avançant, la navigation aux abords des ports russes et ukrainiens est toujours très risquée. Des cargos sont bombardés. Les capacités d’acheminement des voies alternatives pour transporter les céréales slaves sont limitées. « Au mois de septembre dernier, la Russie et l’Ukraine ont livré environ 4 millions de tonnes (Mt) de blé, soit moitié moins que l’an passé, en supportant des coûts d’affrètement astronomiques (+35 à 45 €/t via la mer Baltique, +85 €/t via le Danube) », rapporte FranceAgriMer.
Selon le ministère américain de l’Agriculture (USDA), la Russie n’exporterait que 40 Mt d’ici le mois de juillet 2027, soit 8 Mt de moins qu’en 2025-2026. Or, ces prévisions tablent sur une reprise normale des opérations d'exportation dans les ports de la mer Noire d'ici janvier 2027 !
Par ailleurs, les deux pays en conflit sont confrontés à une pénurie croissante d'installations de stockage de céréales. La Russie est contrainte, comme l’Ukraine, d’abriter une partie de ses récoltes dans d’énormes boudins en plastique.
Toutes les voies alternatives russes pour acheminer des grains sont saturées. Dans les ports de la mer Caspienne, d’importantes quantités de céréales s’accumulent, car le trafic maritime est au bord de l’asphyxie.
A l’intérieur du pays, les agriculteurs et les sidérurgistes se disputent les capacités ferroviaires pour transporter leurs grains et leur acier vers des ports baltiques, et surtout moins exposés. Les expéditions de produits sidérurgiques auraient ainsi chuté de moitié l’été dernier comparées à 2025, selon Ukragroconsult.
Par ailleurs, la Lettonie prévoit d’accroître de 25 % les taxes appliquées aux céréales russes qui transitent sur son territoire avant d’être chargées dans ses ports.
Réduire sa dépendance
A l’achat, l'Égypte, la Turquie et le Bangladesh ne peuvent pas attendre un hypothétique retour à la normale au début de l’année pour importer des céréales d’Ukraine et de Russie. Aussi choisissent-ils d’autres origines pour être approvisionnés. Au mois de septembre dernier, Le Caire a acheté du blé français et l’Indonésie du blé australien. Mais les transactions portaient sur des volumes très faibles. Elles n’ont pas compensé la chute de 74 % et de 88 % des quantités de blé russe importées en moins l’an passé à pareille époque, selon FranceAgriMer (FAM).
« La situation est particulièrement délicate pour l'Égypte. Les acheteurs doivent trouver un équilibre entre la nécessité de garantir un approvisionnement suffisant en céréales pour le marché intérieur et la hausse des coûts de transport, ainsi que le risque de retards de livraison en provenance de la région de la mer Noire », explique Ukragroconsult.
Enfin, l’Algérie a récemment lancé un appel d’offres international pour le blé meunier en visant les marchés européen et argentin aux dépens de l’origine russe, à laquelle elle renonce. Pour les autres pays exportateurs de blé et de maïs situés hors mer Noire, le conflit slave et ses paralysies portuaires offrent de nouvelles opportunités commerciales.
Selon l’USDA, le Canada écoulera aisément ses 30,5 Mt de blé disponibles à l’export. Et l’Australie impactée par l’El Nino, parviendrait à en expédier 24,5 Mt, comme la campagne passée, en puisant dans ses stocks invendus. Sa récolte (31 Mt) serait toutefois inférieure de 5 Mt à celle de l’an passé.
De son côté, la France ne pourra pas commercer plus de 6,5 Mt de blé hors Union européenne cette année, car la sécheresse a impacté ses capacités d’exportation de près de 4 Mt. Réduire sa dépendance à l’égard des marchés est la solution adoptée par la Chine. Sa production de céréales a de nouveau crû de plusieurs millions de tonnes cette année.
Pékin s’appuie dorénavant sur ses stocks massifs de grains pour équilibrer sa campagne de commercialisation. Aussi, il n’importerait que 11 Mt de blé et de maïs (-22 Mt sur trois ans) mais toujours autant d’orges (13 Mt) françaises, australiennes et canadiennes moins risquées et meilleur marché.