De la création de la coopérative à l’essor de l’insémination
La coopérative d’insémination de la Loire est officiellement créée en 1946. Après la réticence de certains éleveurs à utiliser l’insémination, cette technique se déploie largement dans le département.
Le 13 juillet 1946, à la maison de l’Agriculture à Montbrison, 28 agriculteurs se réunissent pour constituer une Coopérative agricole d’insémination artificielle et de lutte contre l’infécondité des bovins, aujourd’hui dénommée Coopel. Le premier conseil d’administration est constitué le même jour. Le 28 décembre 1946, Simon Dosson, agriculteur à Montrond-les-Bains, est élu président.
Des éleveurs font confiance à la coopérative alors que d’autres font une campagne de dénigrement. Leur crainte est que les vaches ne fassent pas plus de trois veaux, que l’Insémination artificielle (IA) propage des maladies, que des veaux naissent anormaux ou que la viande de ces animaux soit mauvaise. A cette époque, trois centres fonctionnent déjà en France.
En 1946, le site de la coopérative comprend une maison. Le laboratoire est dans les locaux actuels de Loire conseil élevage, avec un vestiaire et un bureau. A l’étage se situe le premier appartement de M. Fougerol, le chef de centre. Puis, le bureau est muté à l’étage. Le bâtiment où sont logés les taureaux est celui de l’ancienne ferme, avec une sortie vers le pré devant et une derrière vers la cour pour les prélèvements.
Le département de la Vendée est le premier à demander un agrément pour l’IA en France auprès du ministère de l’Agriculture. La coopérative de la Loire le deuxième. Mais celle-ci ouvre avant celle de Vendée, en 1947, officiellement le 24 mai. Le 23 juin, la première collecte de sperme est effectuée au centre, avec le taureau hollandais Sinterklass. Cette opération se passe dans la cour. La première vache de la Loire est inséminée le même jour. Un taureau charolais et un pie-roue de l’Est sont aussi présents sur le site.
Les travaux de l’étable pour loger les taureaux se déroulent en 1947 et1948. La troisième partie du bâtiment, la maison de M. Gauché (le directeur), est construite dans la continuité du bâtiment, environ deux ans après. L’étage au-dessus de l’étable sera construit plus tard.
A cette époque, M. Gauché se procure un appareil de projection, lui servant à visionner un film sur la pratique de l’IA lors de réunions de vulgarisation. Elles sont organisées en commun avec les syndicats agricoles pour expliquer l’IA aux éleveurs. « Ceux qui inséminaient avaient peur des insultes. C’était une période difficile », se souvient Louis Paillas, l’un des premiers inséminateurs de la coopérative. Finalement, les agriculteurs se motivent pour utiliser cette technique de reproduction face aux échecs avec les taureaux de monte naturelle.
De la crainte à la vulgarisation
Dans le courant de l’année 1948, six sous-stations (ou sous-centres) sont constitués dans le département. Celui de Saint-Galmier ouvre en août. Louis Paillas prend pension à l’hôtel-restaurant Le Terminus de cette ville. Les agriculteurs appellent ou font appeler pour qu’il passe dans leur ferme. L’hôtelière, en préparant les repas pour le restaurant, répond au téléphone pour les IA. Chaque jour, elle fournit à Louis Paillas le casse-croûte pour le midi.
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Dès la fin des années 1940, la confiance des agriculteurs envers l’insémination s’accroit incontestablement. Dès le printemps 1949, devant la montée des demandes, le conseil d’administration décide la construction d’une nouvelle étable. Le centre abrite neuf taureaux. Treize sous-stations fonctionnent régulièrement. 7 871 vaches sont inséminées cette année-là.
Dans le journal Paysans de la Loire du 11 novembre 1949, Simon Dosson, le président de la coopérative écrit : « La méthode était plus que nouvelle, elle était révolutionnaire : elle heurtait beaucoup de préjugés. Heureusement, les paysans de la Loire ont su discerner où étaient leurs véritables intérêts. Ils ont compris rapidement que l’insémination artificielle n’était pas de la sorcellerie, mais le véritable, et pour beaucoup d’entre eux, le seul moyen d’améliorer rapidement leur cheptel. »
A l’assemblée générale du 19 mars 1949, les statuts sont modifiés. La structure élargit son champ d’action et change de dénomination : la Coopérative départementale d’insémination artificielle et de lutte contre l’infécondité des bovins devient Coopérative départementale d’élevage et d’insémination artificielle. Sans perdre de vue son but initial pour la reproduction, elle s’intéresse à tout ce qui peut améliorer les élevages.
Déploiement du service de désinfection
Au début des années 1950, la fièvre aphteuse gagne du terrain dans la Loire, engendrant de nombreuses pertes dans les élevages. Le service de désinfection des étables devient une activité à part entière au sein de la coopérative en 1951, avec l’appui de la Direction départementale des services agricoles. 600 étables sont visitées et traitées. Il sera remis en route au printemps 1952 ; 1 200 étables seront visitées. La désinfection peut être faite à titre préventif lorsqu’une maladie éclate à proximité, ou à titre curatif, après le passage d’une épizootie, avant l’introduction d’animaux sains.
En 1951, deux nouvelles races de taureaux sont introduites au centre : la Salers et la Tarentaise. 24 inséminateurs sont employés continuellement. Une véritable montée en flèche de l’IA est opérée : 30 976 vaches inséminées ; 15 taureaux utilisés, 3 000 vaches traitées contre la stérilité. Plusieurs coopératives s’approvisionnent en semence au centre de Montrond-les-Bains (Puy-de-Dôme, Yonne-Loiret, Côte d’Or, Indra, Haute-Loire).
Le président Simon Dosson décède en septembre 1955. Un nouveau président, Pierre Berger, est élu en 1957. C’est l’année de la construction du laboratoire. Le garage de la coopérative voit le jour au début des années 1960 pour équiper les voitures des inséminateurs. Au départ, ils utilisaient leurs propres voitures, puis la coopérative leur a fourni.
La mise en place du testage
En 1955, la coopérative organise, pour la première fois en France, le testage de taureaux charolais. Un taureau est acheté : Milord. L’année suivante, elle en acquiert six. Puis, un arrêté du 20 octobre 1964 demande que tous les centres d’insémination travaillent avec de la semence de taureau testé, c’est-à-dire des mâles dont on connait la valeur de leur descendance. Cela nécessite la mise en place d’un programme de testage qui se divise en deux parties pour le centre de la Loire : le testage « Elevage charolais » ; le testage « croisement industriel charolais ».
A partir de février 1965, le centre d’insémination fonctionne entièrement avec de la semence congelée. La technique permet de conserver les doses fécondantes pendant plusieurs années, bien après la mort du taureau. Evolution notable : l’éleveur peut choisir alors le mâle à utiliser.
Au début de l’année 1965 est annoncée la spécialisation du centre en charolais. Les taureaux Pie rouge sont éliminés, les Pie-noir le sont progressivement. L’approvisionnement en semence pour ces races se fait par échange avec les centres spécialisés, permettant un large choix de taureaux.
De la semence fraîche à la congélation
Les premières années d’existence de la coopérative d’insémination, il faut tout construire. Par exemple, après le prélèvement des taureaux, elle s’organise pour faire passer les doses de sperme par un service de cars régionaux qui fait la navette entre Roanne et Saint-Etienne. Les inséminateurs vont les chercher au point de dépôt. Les tubes contenant la semence fraîche sont dans du coton.
Ils ont des casiers en bois avec tout leur matériel : une blouse, des cathéters et des seringues. Les gants sont arrivés plus tard. La caisse en bois ressemble à une grosse valise, avec trois compartiments et deux tiroirs dessus : un pour les cathéters utilisés et un pour les propres. Il y a une place pour la bouteille thermos pour réchauffer la semence.
Celle-ci, déjà diluée, est dans des tubes en verre permettant d’inséminer sept ou huit vaches. « Il fallait bien calculer pour en avoir assez ! » raconte Louis Paillas, inséminateur à cette époque. Le bouchon porte une couleur différente selon la race du taureau. La semence se conserve deux jours. Chaque inséminateur a un microscope pour la contrôler chaque matin.
D’une longueur de 41 cm de long, le cathéter est en verre épais ; il ne casse pas. Il permet de prélever la semence dans le tube (1 à 1,5 cm3) avec un embout en caoutchouc et une seringue. C’est avec le même cathéter que la vache est inséminée.
Le soir, l’inséminateur fait bouillir de l’eau au fond de la boîte métallique, qui contient les cathéters utilisés, pour les stériliser. Pour chaque agriculteur, il a un dossier vert contenant des informations sur l’élevage. Une fiche par animal est placée à l’intérieur. Chaque IA est notée et les années se cumulent.
Au début des années 1950, les récoltes de sperme sont faites trois fois par semaine. Un vagin artificiel et une vache témoin sont utilisés. Immédiatement après la récolte, la semence est examinée au microscope. Des travaux au laboratoire (réactions chimiques, colorations, numération des spermatozoïdes) permettent de vérifier la valeur du sperme. S’il est insuffisant, il est rejeté. L’expédition de la semence se fait au moyen de boîtes en liège contenant plus ou moins de glace suivant la saison. Une nouvelle vérification est faite à l’arrivée.
A son arrivée à la tête du la coopérative en 1961, le Dr Plat commence à travailler sur les premières congélations de la semence dans un pain de carboglace (glace carbonique), à -80°C. L’ensemble est stocké dans l’azote liquide. Les pastilles sont distribuées aux inséminateurs et stockées dans leur cuve d’azote liquide pour assurer une conservation de longue durée. En 5 mn, la semence est décongelée. Il faut utiliser du diluant (du sérum physiologique). D’autres laboratoires travaillent aussi sur la congélation de la semence en paillette. Les résultats sont plutôt bons. Cette technique se généralise en 1965.
LGF