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Coopel de 1966 à 1984

L'IA devient un moyen d’amélioration du potentiel génétique des troupeaux

La loi sur l’élevage de 1966, qui organise la sélection animale en France, marque un tournant pour l’activité de la coopérative d’insémination de la Loire. La mise au point de la transplantation embryonnaire constitue une autre évolution.

Par Lucie Grolleau-Frécon
L'IA devient un moyen d’amélioration  du potentiel génétique des troupeaux
Source PdlL
24 février 1979, premier veau né de transplantation embryonnaire par méthode non chirurgicale en France. C’était dans un élevage de la Loire.

Après des moments difficiles les premières années d’activité de la coopérative, l’insémination se développe dans le département. Le 2 juin 1966, la coopérative d’insémination de la Loire fête ses 20 ans. Après l’assemblée générale, les taureaux d’IA (Insémination artificielle) défilent fièrement devant les invités. Ces derniers peuvent visiter les installations et le laboratoire. La télévision est présente et les agriculteurs de la Loire peuvent voir le reportage le soir.

Après avoir travaillé plusieurs années avec de la semence fraîche, le centre adopte le système de congélation en pastille, stockées dans des containers d’azote liquide. Les inséminateurs sont approvisionnés à leur domicile en semence et en azote. Chacun détient un container de 42 litres pouvant contenir 10 800 doses de semence sous forme de pastilles. La méthode d’insémination reste la même.

Loi sur l’élevage de 1966

L’organisation de la génétique en France

La loi sur l’élevage, qui organise la génétique en France, est adoptée le 28 décembre 1966. Ses objectifs sont multiples : faire progresser le niveau génétique du cheptel national, améliorer le niveau sanitaire… Elle développe un réseau d’activités comme l’identification animale, le contrôle des filiations et des performances des animaux, l’indexation génétique, l’agrément et le choix des géniteurs, l’insémination animale.

Elle y associe des organismes et des entreprises ayant des missions complémentaires : Inra, Instituts techniques de l’élevage, centres d’élevage et d’insémination animale, unités de sélection, Etablissements départementaux de l’élevage. Suite à la loi sur l’élevage, les coopératives d’insémination ont des zones d’activité déterminés pour la mise en place de la semence. Les centres de production de semence doivent être agréés.

Dès 1967, les dirigeants des coopératives de la Loire et de Saône-et-Loire se rencontrent et décident de créer une union, qui donne naissance, le 1er janvier 1968, à l’Ucef (Union Centre-Est au départ). Les taureaux, les laboratoires, le matériel de production et de conservation de la semence deviennent propriété de cette structure.

La salle de monte de la coopérative est construite sur la période 1974-1976. Elle sera rénovée dans les années 1980-1990. Les deux premiers bâtiments pour loger les taureaux sortent de terre dans les années 1970, lorsque la surélévation du bâtiment principal est faite, au-dessus de l’étable où étaient logés les taureaux. Il fallait les héberger ailleurs. D’autres logements pour les taureaux voient régulièrement le jour jusque dans les années 1990.

Le déploiement du testage

Le testage des taureaux d’IA se déploie progressivement dans la Loire dans les années 1960, après avoir commencé en 1955 et s’être officialisé par la législation en 1964. Il s’agit d’inséminer un nombre limité de femelles pour chaque mâle et d’examiner la qualité de ses produits avant de l’utiliser pleinement. En 1966, 17 jeunes taurillons charolais sont mis au testage. Les points examinés sont la fécondité du taureau, le poids des veaux à la naissance, la facilité de vêlage, la croissance des veaux, leur conformation. La collaboration des tous les éleveurs du département est demandée par la coopérative.


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En 1970, dans le journal Paysans de la Loire, est évoqué le contrôle individuel et sur la descendance des taureaux utilisés en insémination par la coopérative. Le schéma vise à faire entrer chaque année en station 30 taurillons charolais pour suivre leur croissance, leur conformation, leurs qualités bouchères et leur indice de consommation. Après quatre mois, seuls 20 mâles sont retenus pour être mis en testage pour le « croisement industriel » (insémination de 200  ou 300  vaches laitières dans le département, pesée des veaux) ou en « race pure charolaise » (insémination sur 300  vaches charolaises pour chaque mâle, suivi des veaux nés les premiers mois, puis des femelles jusqu’à leur vêlage). Ce n’est qu’après qu’un taureau peut être utilisé en IA. Au début, l’insémination était utilisée comme un moyen de lutte contre l’infécondité des femelles bovines. Désormais, c’est pour le potentiel d’amélioration génétique des troupeaux.

La première transplantation embryonnaire

En 1976, la coopérative d’insémination de la Loire adhère à Uneco (par l’intermédiaire de l’Ucef), devenu Gènes diffusion.

En février 1979 nait le premier animal français issu de transplantation embryonnaire dans la Loire : un veau charolais né d’une vache frisonne chez Jean Bruyère à Saint-Paul-en-Jarez. Cette femelle, appelée Perle, est la fille d’une vache du troupeau de la ferme expérimentale du centre de Chalain-le-Comtal et son père est le taureau Friand. La transplantation a été intégralement réalisée de façon non chirurgicale à Montrond-les-Bains par l’équipe de l’Ucef, comportant François Houillon (chef de centre), André Blanc (chef de laboratoire), Messieurs Vellerut et Reverdy (techniciens), Mademoiselle Mourier (aide laboratoire) et Monsieur Michaud (bouvier). Plus d’informations sont données dans l’encadré ci-contre. En 1981 est créée la société France embryon, qui prend le relai de l’Ucef dans la transplantation embryonnaire.

Transplantation embryonnaire

Le premier veau est né dans la Loire

André Blanc, responsable du laboratoire de la coopérative d’insémination à partir de 1961, raconte les premiers essais pour la transplantation embryonnaire « Ils ont commencé en 1976, sans détenir beaucoup de matériel. Nous avions abattu une vache pour récupérer ses ovocytes. Le travail se faisait en collaboration avec l’Inra. Le Dr Plat, directeur, avait fait un voyage aux Etats-Unis en 1973, où ils travaillaient déjà sur l’amélioration génétique par la voie femelle. » En 1976, André Blanc est allé à son tour aux Etats-Unis pour faire un stage dans le cadre d’un programme de recherche, avec un vétérinaire de l’Unceia (union des coopératives d’IA), qui donnait des cours à Maison Alfort.

« Les transferts d’embryons se faisaient par chirurgie. Cette technique était difficile à appliquer en élevage. C’est à partir de là que nous avons commencé à travailler sur le transfert par voie naturelle. Nous avons pu avancer en ayant du matériel adéquat, comme des sondes pour faire le lavage de l’utérus. »

En 1976 est né le 1er veau en laboratoire avec l’Inra. Il a nécessité trois ans pour que la technique évolue et se mette en place sur le terrain. « Il fallait travailler sur la conduite de l’élevage (alimentation) pour que les donneuses soient bien sanitairement et s’assurer d’avoir un maximum d’embryons. » C’est en février 1979, dans la Loire, que nait le premier veau français issu de transplantation embryonnaire.

Dans une interview publiée dans le journal Paysans de la Loire du 28 juin 1980, le Docteur Plat, directeur de la coopérative d’insémination, explique la technique de la transplantation embryonnaire : « Vers le 11e ou 12e jour du cycle de la vache, on injecte des hormones. Au lieu de pondre un seul ovule, elle va en produire plusieurs : 15, 20 ou plus encore. Si ensuite ces ovules sont inséminés avec la semence d’un très bon taureau, on aura 10, 20 embryons, ou même plus. On attend alors six à sept jours qu’ils se développent. Huit jours après la fécondation, on va les prélever dans la corne utérine par une technique très spéciale. Les embryons, qui baignent dans un liquide, ne sont pas visibles à l’œil. A la loupe, on va les rechercher, les isoler, les placer dans une ampoule ou une paillette. Et assez rapidement, on va, un par un, les “repiquer“ sur des vaches dites “receveuses“. »

Des bâtiments, des ordinateurs

En 1982 a lieu l’indispensable programme de rénovation complète des installations, ce qui permet de doter Sicarev, le contrôle laitier et la Scav 42 de locaux administratifs convenables.

En 1983 est construit le bâtiment du contrôle individuel des taureaux avec 50 places. Il est agrandi en 1991 pour atteindre 85 places. Au départ, il concerne les taureaux à muscularité précoce pour les croisements, puis, à partir de 1985, uniquement ceux pour la race pure charolaise.

Les ordinateurs sont déployés auprès des inséminateurs de la coopérative dès 1983. Ils permettent d’éditer la sortie du bulletin d’IA, après avoir saisi les informations relatives à la vache et au taureau. Les données sont stockées sur des caissettes, qui sont collectées lors de tournées, de manière à récupérer les éléments informatiques. A l’arrivée de ces outils, les voitures n’ont pas l’électricité. Pendant quelques années, les inséminateurs doivent charger la batterie de l’ordinateur le matin ou ils entrent avec dans la maison de l’éleveur.