FDSEA et JA ont interpellé Leclerc sur l’origine des produits
Ce jeudi 1er octobre, des adhérents de la FDSEA et de JA Loire se sont retrouvés à Andrézieux-Bouthéon. En compagnie du directeur du centre E. Leclerc, ils ont examiné les rayons alimentaires et chargés dans des chariots ceux d’origine étrangère. Une action coup de poing pour sensibiliser à la double peine que constituent la sécheresse historique et une spectaculaire hausse des coûts.
Pommes du Chili, tomates du Maroc, salades d’Espagne… En une petite heure, ce jeudi 1er octobre, la dizaine d’adhérents FDSEA et JA Jeunes agriculteurs Loire réunis à Andrézieux-Bouthéon ont identifié et rassemblé dans six chariots les références d’origine étrangère commercialisés dans les rayons du centre E. Leclerc. « Ce qui est choquant, c’est de voir venir de loin des produits qu’on a chez nous et qui ne coûtent pas plus cher », observait l’un des participants. Alerter le consommateur – « et la maison-mère » – sur ce paradoxe à travers la présence de quelques médias locaux constituait justement l’un des enjeux de cette action, au même titre que la neutralisation de radars menée depuis mardi (lire l’encadré).
Retour en arrière. Rendez-vous avait été donné à 10h30 sur le parking. Le temps que tout le monde arrive, les représentants syndicaux avaient fait passer quelques messages. Notamment la détresse des agriculteurs face à la combinaison d’une sécheresse historique et d’une spectaculaire hausse des coûts. Pour l’anecdote, une brève averse venait de s’achever. « Ce n’est évidemment pas assez, mais voir un peu de pluie fait du bien au moral », souriait Mathieu Vassel, président de JA Loire, polo rouge sur les épaules.
À ses côtés, Raoul Junet déroulait les problématiques du moment. « Nos gars sont démoralisés par des lois qui ne servent à rien étant donné que les décrets ne sortent jamais », lançait le vice-président de la FDSEA. Doudoune sans manche du syndicat sur le dos, il évoquait le plan d’urgence Casi (Climat, adaptation, sécheresse, incendies) « insuffisant » présenté par la ministre de l’Agriculture le 4 septembre. Avant de souligner l’urgence de pouvoir ouvrir de nouvelles négociations avec les Grandes et moyennes surfaces (GMS) : « Si on attend le cycle normal, les discussions ne débuteront qu’en début d’année prochaine, dureront jusqu’en mars et on n’en verra les résultats qu’en juillet… »
« L’effet ciseau est terrible »
L’éleveur pointait la baisse de 70 euros des 1 000 litres de lait depuis début 2026 alors que le coût des matières premières s’envole. « L’effet ciseau est terrible », acquiesçait Mathieu Vassel, inquiet de voir des éleveurs obligés de vendre des vaches : « Cela pose en plus des problèmes à l’abattage car ces bêtes ne sont pas “finies” et ne correspondent donc pas aux attentes du consommateur. » « Lait, viande, fruits, légumes… Il faut que tous les prix aux agriculteurs remontent ! » lançait-il alors que Raoul Junet mettait en rapport les canettes d’une célèbre boisson énergisante, vendues autour d’1,50 euro les 25 cl, tandis que le litre de lait s’affiche parfois à moins d’un euro…
Une fois dans le magasin, le petit groupe était accueilli par son directeur, Romain Mallet. Les deux parties échangeaient cordialement durant une dizaine de minutes. « Nous venons vérifier l’origine des produits. Ce n’est pas contre vous particulièrement, vous subissez ce qui se décide au-dessus avec les centrales d’achat », lançait le vice-président de la FDSEA. « Je comprends vos revendications, je demande juste que vous n’abimiez rien, rétorquait le commerçant. On peut nous reprocher plein de choses et nous avons notre part de responsabilité, mais il faut aussi intégrer les industriels à la discussion. »
Après avoir mis en avant le stand de produits locaux installés à l’entrée, le petit-fils de producteurs d’asperges dans l’Ain prêchait pour sa paroisse en vantant sa transparence, avec notamment des contrats régulièrement contrôlés par l’administration. « La loi Egalim était plutôt une avancée, je suis convaincu qu’on peut trouver des solutions en se mettant tous autour d’une table », poursuivait-il avant que plusieurs reproches lui soient adressés par des adhérents FDSEA et JA. « Vous vous servez de l’importation pour pratiquer des prix bas et ensuite nous dire qu’on est trop chers. Le jour où nous ne serons plus là, ce sera la même situation qu’avec le pétrole : vous n’aurez plus de marge de manœuvre et serez obligés d’accepter ce que l’on vous présentera », affirmait l’un d’eux. Puis, un peu plus tard, un autre soulignait que, contrairement aux commerces, les agriculteurs n’ont « aucun moyen de répercuter la hausse du coût sur le client. Ça nous tue ! »
Des incohérences
Romain Mallet accompagnait ses visiteurs d’un jour dans les rayons, tantôt en argumentant, tantôt fataliste devant les incohérences nichées au cœur des petites lignes de certains emballages. Exemple avec ces produits laitiers à haute valeur ajoutée fabriqués à partir de lait venu des pays de l’Est. « Sans parler du bilan carbone désastreux, les normes là-bas ne sont pas les mêmes que les nôtres. Il y a de quoi se poser des questions… » alertait Raoul Junet. Idem en examinant les nuggets, avec une gamme premier prix élaborée à partir de viande française, contrairement aux grandes marques.
Autre cas marquant, ce fromage râpé de marque distributeur provenant de France, d’Espagne ou des Pays-Bas selon le grammage concerné… Le directeur du magasin s’engageait à relayer tout cela à sa hiérarchie avant de poursuivre la discussion à l’écart. « Il a été à l’écoute, mais nous devons rester vigilants », estimait Raoul Junet, joint un peu plus tard sur le chemin du retour vers le Roannais. S’il estime que les GMS sont rodées à ce type d’imprévu avec des éléments de langage visant à rassurer leurs interlocuteurs, l’éleveur appelle à renouveler ce type d’initiatives : « Les agriculteurs sont usés et de telles actions sont contraignantes, mais il faut persévérer et, idéalement, faire de même dans toutes les enseignes. C’est symbolique et important à la fois ! »
Jeunes agriculteurs a ciblé les radars
Depuis mardi et jusqu’à vendredi, le réseau Jeunes agriculteurs Loire se mobilise pour bâcher des radars routiers sur l’ensemble du département. « Le but, c’est à la fois de faire prendre conscience au consommateur des difficultés du monde agricole et de maintenir la pression sur l’État », expliquait son président, Mathieu Vassel, jeudi matin. En ligne de mire, le Sommet de l’élevage, qui pourrait être le lieu d’annonces la semaine prochaine. La venue annoncée de la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, et de parlementaires est un espoir. La présence de candidats à l’élection présidentielle éventuellement. « Cela peut être intéressant de les rencontrer, mais l’élection aura lieu dans plus de six mois, avec ensuite le temps nécessaire à la mise en place d’un gouvernement… C’est trop lointain », soufflait le président de JA Loire avant d’évoquer « une impasse » : « Beaucoup d’exploitations sont en grande difficulté, 2027 s’annonce compliquée s’il n'y a pas de changement. Les jeunes sont particulièrement vulnérables et il devient très difficile de s’installer alors que le renouvellement des générations est essentiel. Il faut vraiment que les prix remontent, et sur tous les produits ! ».
F.T.