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Eau

Gestion de l’eau : comment la Loire anticipe le partage de la ressource avec le PTGE ?

Face aux tensions croissantes sur la ressource, la Loire s’organise pour mieux gérer son eau. Piloté dans le cadre du Sage, le futur Projet de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE) vise à anticiper les besoins, répartir les usages et sécuriser l’avenir, dans un contexte de changement climatique.

Par ABP
Gestion de l’eau : comment la Loire anticipe le partage de la ressource avec le PTGE ?
Daniel Fréchet, vice-président du Département en charge de l'eau et de l'environnement. ©Département de la Loire

Dans la Loire, la gestion de l’eau repose sur un équilibre délicat entre usages, préservation et anticipation. Au cœur de cette organisation, le Schéma d’aménagement et de gestion des eaux (Sage) constitue une instance clé. « Tout ce qui a un rapport avec l’eau doit passer par la commission locale de l’eau », rappelle Daniel Fréchet, vice-président en charge de l’eau pour le Département de la Loire. Elle valide ou non les projets liés aux prélèvements ou aux aménagements, assurant une cohérence à l’échelle du territoire.


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Créé il y a une vingtaine d’années en Rhône-Alpes, le Sage répond à une volonté de structurer la gestion de l’eau. « Il permet d’avoir une vision claire du territoire et d’éviter qu’il ne se fasse n’importe quoi », souligne Daniel Fréchet. Autour de la table, tous les acteurs sont représentés : élus, agriculteurs, industriels, associations environnementales ou encore acteurs du tourisme. Cette diversité permet d’aborder chaque projet sous différents angles et d’en mesurer les impacts.

Deux grands enjeux dominent dans la Loire : la quantité et la qualité. En période d’étiage, la ressource devient rare et doit être partagée entre les usages. « La priorité reste l’eau potable, puis l’abreuvement des animaux », précise-t-il. Vient ensuite la répartition entre les différents secteurs, sous l’arbitrage de l’État en cas de crise. Mais l’objectif est désormais d’anticiper plutôt que de subir. C’est tout l’enjeu du Projet de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE), actuellement en cours d’élaboration.

Anticiper plutôt que subir

« On travaille sur un PTGE pour prévoir cette répartition en amont et non en période de crise », explique Daniel Fréchet. Ce projet s’appuie sur une étude HMUC (hydrologie, milieux, usages, climat) menée pendant deux ans et récemment validée. Elle offre une vision à long terme des besoins et des ressources, intégrant les effets du changement climatique. L’ambition est de définir, pour la période 2030-2050, une répartition concertée de l’eau. « On sait que la concertation ne sera pas simple, mais tout le monde est prêt à faire des efforts », insiste-t-il.


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Dans cette réflexion, l’agriculture occupe une place centrale. « Pour nourrir la population, il faut de l’eau », rappelle Daniel Fréchet, soulignant que certaines pratiques, y compris en agriculture biologique, peuvent être consommatrices. Consciente des enjeux, la profession s’adapte : diversification des cultures, réduction des intrants, amélioration des pratiques. « La Chambre d’agriculture a bien compris que l’on allait manquer d’eau dans les années à venir. »

Qualité améliorée

Au-delà des usages, la qualité de l’eau constitue le second pilier. Sur ce point, les indicateurs sont encourageants. « La situation s’améliore dans la Loire », observe Daniel Fréchet. Les efforts conjoints des collectivités, des agriculteurs et des industriels portent leurs fruits : modernisation des stations d’épuration, meilleure gestion des effluents, baisse du phosphore. Les contrats de rivière et l’entretien des berges contribuent également à cette dynamique. Les pêcheurs jouent, eux aussi, un rôle de sentinelle, alertant en cas de pollution ou de mortalité piscicole.

Reste que la gestion de l’eau demeure un dossier complexe, éclaté entre de multiples acteurs. Le Sage apparaît alors comme une instance de coordination essentielle, capable de « mettre tout le monde autour de la table » et de favoriser le compromis. « On passe notre temps à discuter pour trouver des solutions acceptables pour tous », résume Daniel Fréchet.


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Parmi les pistes envisagées, le développement de réserves d’eau fait débat. Le projet autour du barrage d’Échancieux, initialement destiné à l’eau potable, illustre ces réflexions en cours pour soutenir l’agriculture. Mais les contraintes financières freinent les initiatives. « Un agriculteur ne fera pas des travaux si le prix du mètre cube est trop élevé », souligne-t-il, pointant la baisse des aides publiques.

Dans un contexte de changement climatique, la prise de conscience est désormais collective. Sécheresses estivales, hivers incertains, pression sur les milieux : l’eau s’impose comme un enjeu majeur. Pour Daniel Fréchet, l’avenir repose sur une gestion anticipée, concertée et responsable. Le PTGE pourrait bien en être la pierre angulaire.

ABP