L’OMSA alerte sur un sous-investissement mondial face aux maladies d’élevage
Le 13 mai, l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) a présenté son traditionnel rapport annuel. L’occasion pour elle de lancer un avertissement clair aux acteurs du monde agricole : la santé de nos cheptels n’est plus une simple question technique, mais le pivot de la stabilité économique et alimentaire mondiale.
Dans le monde, environ 1,3 milliard de personnes dépendent des animaux d'élevage pour leur subsistance. Or la maladie qui peut toucher les cheptels est une menace directe contre laquelle le monde reste sous-préparé, indique le dernier rapport de l’Omsa (Organisation mondiale de la santé animale) dirigé par la française Emmanuelle Soubeyran.
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Cette dernière a dressé, lors d’une conférence de presse, un constat assez alarmant : « plus de 20 % de la production animale mondiale est détruite par des maladies évitables », a-t-elle affirmé expliquant que ces pertes « ne sont pas que des chiffres ; elles se traduisent par une hausse des prix alimentaires, des ruptures dans les chaînes d’approvisionnement et une fragilisation des revenus des exploitants, particulièrement les plus vulnérables », a-t-elle indiqué.
Le rapport(1) (disponible sur le site de l’Omsa) souligne un décalage frappant entre les risques et les moyens mobilisés : alors que les maladies animales sont à l'origine de 75 % des maladies infectieuses humaines émergentes, les systèmes de prévention (surveillance, vaccination, services vétérinaires) reçoivent moins de 0,6 % des dépenses mondiales de santé.
Des menaces transfrontalières en expansion
L’Omsa s’inquiète d’année en année de l’intensification des crises sanitaires qui ont pris un essor particulier l’an dernier. La grippe aviaire a enregistré plus de 2 100 foyers chez les animaux, s'étendant à de nouvelles espèces et régions. La fièvre aphteuse a provoqué des flambées sans précédent en Afrique du Sud, tandis que la Dermatose nodulaire contagieuse (DNC) a atteint l’Europe occidentale pour la première fois.
En parallèle, les experts de l’Omsa alertent sur la Résistance aux antimicrobiens (RAM) qu’ils qualifient de « pandémie silencieuse ». Cette RAM concerne la résistance aux antibiotiques (bactéries), aux antiviraux (virus), aux antifongiques (champignons) et aux antiparasitaires (parasites). « Sans action urgente, elle pourrait entraîner 953 milliards de dollars de pertes de production animale d'ici 2050 », avertit le rapport.
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Pourtant, les vaccins animaux, remparts directs contre l’usage excessif d’antibiotiques, ne reçoivent que sept centimes sur chaque tranche de dix dollars consacrée à la recherche sur la RAM.
Prévenir coûte moins cher que réagir
Le rapport milite ouvertement pour une efficace politique de prévention dotée de moyens importants, expliquant que cette politique préventive est un choix économique gagnant. Au Royaume-Uni, l’épidémie de fièvre aphteuse de 2001, gérée dans l'urgence, avait coûté huit milliards de livres sterling. En 2007, après des investissements massifs dans la préparation, une nouvelle flambée a été maîtrisée en 58 jours pour seulement 47 millions de livres. « Investir dans les services vétérinaires offre des retours sur investissement pouvant atteindre 86 % par an », a rappelé Emmanuelle Soubeyran.
Pour l’Omsa, il manque environ 2,3 milliards de dollars par an pour conduire à bien une politique sanitaire efficace. C’est pourquoi, avec quelques-uns de ses partenaires, elle propose plusieurs axes prioritaires. Cette somme servirait notamment à renforcer le personnel vétérinaire : les effectifs sont sous pression, avec une baisse de capacité constatée chez 18 % des vétérinaires et 22 % des paraprofessionnels évalués. « Il est crucial d'investir dans la formation continue et les modèles communautaires », souligne le rapport.
Deuxième recommandation : garantir l'accès aux vaccins. « La vaccination est la stratégie la plus rentable pour stabiliser les revenus ruraux et réduire la RAM », rappelle le rapport qui entend développer les partenariats public-privé pour sécuriser les chaînes de distribution. L’Omsa souhaite en plus digitaliser la surveillance à travers des plateformes comme Wahis (World animal health information system) ou Adis( Animal disease information system). L'intégration de l'intelligence artificielle permet en outre une détection précoce, vitale pour limiter l'ampleur des abattages sanitaires.
Enfin, dernière recommandation importante, l’Omsa souhaite financer la santé animale comme un bien public mondial : aucun pays ne peut gérer seul les risques transfrontaliers. « Les maladies ne connaissent pas de frontières », ont rappelé les experts lors de la conférence de presse. La coopération et le partage des coûts entre gouvernements et filières (comme l’AusVetPlan en Australie) sont indispensables.
En somme, l’Omsa voudrait que la santé animale devienne une priorité stratégique budgétaire pour éviter que le coût de l'inaction ne soit finalement payé que par les seuls éleveurs.