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Agriculture biologique

Lait bio : Comment la filière régionale prépare-t-elle l’après-crise ?

Face à la baisse du nombre d’éleveurs, aux aléas climatiques et à une consommation encore fragile, producteurs, transformateurs et distributeurs cherchent les moyens de reconstruire une filière durable.

Par ABP
Lait bio : Comment la filière régionale prépare-t-elle l’après-crise ?
Peu de jeunes envisagent de s'installer en agriculture biologique. ©AdobeStock
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La filière lait bio régionale

Après avoir connu une période de surproduction et de déclassement massif, la filière laitière biologique pourrait manquer de lait dans les prochaines années. Chez Sodiaal, le nombre d’exploitations collectées est ainsi passé de 650 à 600, alors que la production est restée quasiment stable.

L'avenir se joue aussi dans le renouvellement des générations. Une enquête menée dans les établissements agricoles d'Auvergne-Rhône-Alpes montre que 72 % des élèves interrogés souhaitent devenir agriculteurs et que 54 % se disent intéressés par les bovins lait. Mais, parmi ces derniers, 69 ne souhaitent pas produire en agriculture biologique.


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Pour Emmanuel Gauchet, directeur général de Vercors Lait, le niveau de rémunération constitue un facteur déterminant. Sa coopérative applique une prime de 100 euros aux producteurs bio et estime manquer aujourd'hui d'environ un million de litres de lait. Onze jeunes installations ont été réalisées en deux ans, selon lui. Une expérience qui montre, à l'échelle de la coopérative, le lien direct entre valorisation du lait et capacité à attirer de nouveaux producteurs.

Faire face à l’urgence climatique

Mais sécuriser la filière ne signifie pas seulement produire davantage. À cette équation économique s’ajoute désormais une contrainte climatique de plus en plus directe. La journée de Précieux s’est tenue dans un contexte marqué par un été chaud et sec, avec des inquiétudes sur les stocks fourragers. Corentin Puvilland a évoqué un retard de 35 à 40 % de la pousse de l’herbe en 2026 et des baisses de 30 à 50 % pour le maïs. Les vagues de chaleur de juin et juillet ont également entraîné des reculs de production à l’échelle de la filière.

Il faut aussi rendre les exploitations plus résistantes aux aléas climatiques. Pour les systèmes très herbagers, particulièrement présents dans certaines zones de montagne d’Auvergne-Rhône-Alpes, l’enjeu est majeur. « Plus on se spécialise, plus on prend de risques », rappelle Jean-Pierre Monier, chargé d’études à de la Chambre d’agriculture de la Loire. Diversification de l’assolement, adaptation des prairies, augmentation des surfaces sans accroître le cheptel, capacité de stockage, gestion de l’eau et de l’ombrage : les pistes avancées visent à renforcer l’autonomie et à amortir les aléas.

L'autre piste avancée lors de la journée professionnelle concerne l'ensemble de la chaîne, de l'éleveur au consommateur. Pour Noura Azeroual, de Biodéal, producteurs, transformateurs et distributeurs sont « indissociables ». Elle défend des contrats pluriannuels, un prix plancher pour les producteurs et des relations commerciales permettant de traverser collectivement les périodes difficiles. La restauration collective est également considérée comme un débouché à sécuriser. À la Ferme du Valfleury (Chazelles-sur-Lyon), la transformation sur l'exploitation et les ventes en restauration collective ont permis d'atténuer les effets de la crise. Gauthier Mazet souhaite désormais consolider ces volumes, tout en appelant à une meilleure application de la loi Egalim.

Du côté de Biocoop, Frédéric Faure insiste enfin sur la responsabilité des distributeurs dans l'animation du marché (lire par ailleurs). Pour les acteurs de la filière, l'enjeu est désormais de faire comprendre au consommateur que derrière le prix du litre se joue aussi la pérennité des exploitations.


Lire aussi : Lait biologique : la demande repart, mais la filière reste en surproduction


À court terme, les professionnels restent prudents. Pouvoir d'achat contraint, sécheresse et baisse du nombre de producteurs continuent de peser. Mais tous soulignent qu'il existe des leviers d'action. La filière régionale devra surtout parvenir à les faire fonctionner ensemble : rémunérer correctement les éleveurs, rendre les fermes plus résilientes, renouveler les générations et garantir des débouchés. C'est à cette condition que le lait bio pourra sortir durablement de la logique du « yoyo » dénoncée par les professionnels.