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Royaume-Uni

Le Brexit a dix ans : de la rupture au pragmatisme

Une décennie après le référendum sur le Brexit, une majorité de Britanniques estime que la sortie de l'Union européenne était une erreur. Sans souhaiter forcément un retour en arrière, l'opinion publique privilégie désormais un rapprochement pragmatique avec Bruxelles.

Par Christophe Soulard
Le Brexit a dix ans : de la rupture au pragmatisme
Il y a dix ans, les Britanniques se prononçaient en faveur de la sortie de leur pays de l’Union européenne. ©AdobeStock

Le 23 juin 2026 marquait les dix ans du référendum qui a vu le Royaume-Uni choisir de quitter l’Union européenne avec 52 % des voix. Ce dixième anniversaire s’inscrit dans un climat de désillusion profonde outre-Manche. Le concept de « Bregret » (contraction de Brexit et de regret) n’est plus un simple slogan, mais une réalité statistique solidement ancrée.

Selon une enquête de l’institut YouGov publiée le 9 juin(1), le rapport de force s’est totalement inversé par rapport à 2016. Désormais, 57 % des Britanniques estiment que le Brexit était une « mauvaise décision », tandis que seulement 30 % des sondés continuent de le considérer comme un choix pertinent. Cette tendance ne date pas d'hier, mais s'est accélérée au fil des crises : si l'opinion était encore très partagée juste après le vote (45 % d'avis négatifs contre 44 % d'avis positifs), elle a basculé durablement au cours de l'année 2019, lors des négociations tendues sur les termes de la sortie.


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Un bref regain de soutien avait été observé lors de la sortie officielle le 31 janvier 2020, mais depuis juillet 2022, au moins la moitié de la population désapprouve systématiquement le retrait. Les analystes considèrent qu’il ne s’agit plus uniquement d’une opposition frontale entre les camps historiques. La fatigue gagne les partisans de la première heure : 23 % des électeurs ayant voté pour le « Leave » en 2016 jugent aujourd'hui qu'il s'agissait d'une erreur. À l'inverse, chez les partisans du maintien (« Remain »), le rejet reste quasi unanime à 89 %.

Un rapprochement stratégique

Politiquement, cette déception générale structure le débat public. La ligne de fracture suit fidèlement les étiquettes partisanes. Les sympathisants du gouvernement travailliste de Keir Starmer(2) (79 %), des Libéraux-démocrates (83 %) et des Verts (85 %) rejettent massivement le Brexit. Seule l'extrême droite populiste, représentée par Reform UK et Nigel Farage, reste fidèle à la sortie, avec seulement 11 % de mécontents dans ses rangs.

Pourtant, malgré ce regret global, un retour pur et simple dans le giron européen semble complexe. Si 55 % des citoyens se disent favorables à une réadhésion en principe, ce chiffre chute à 35 % si Londres doit renoncer à ses avantages historiques (rabais budgétaire de l'ère Thatcher, exemptions sur l'euro ou sur l'espace Schengen).

L’option qui semble aujourd’hui faire consensus — soutenue par 59 % des Britanniques — est celle d’un rapprochement technique et stratégique avec Bruxelles, sans pour autant réintégrer formellement le marché unique ou l’union douanière. C’est précisément la voie du « reset » (remise à zéro) engagée par le gouvernement Starmer depuis juillet 2024.

En dix ans, le Royaume-Uni est passé de la volonté de rupture à la recherche d'une coopération pragmatique, poussé par une opinion publique qui ne voit plus les bénéfices promis du « Global Britain ».

 

Dix ans après le référendum, l'agriculture britannique affiche un bilan comptable sévère. Selon les données du syndicat National Farmers’ Union (NFU), les exportations agroalimentaires vers l’UE ont chuté de 34 % entre 2019 et 2024. Les filières animales sont les plus touchées, avec une baisse des expéditions de 37,7 % pour la volaille, 23,6 % pour le bœuf et 15,6 % pour les produits laitiers. Globalement, ce recul des ventes vers l'Europe représente un manque à gagner estimé à 3,1 milliards de livres sterling par an pour l'économie nationale. Au-delà des flux commerciaux, le secteur subit une crise structurelle de la main-d’œuvre. La fin de la libre circulation a durement frappé l'horticulture et les cultures fruitières, obligeant le Royaume-Uni à multiplier les visas saisonniers pour éviter que les récoltes ne restent dans les champs. Si Londres met en avant de nouveaux accords commerciaux hors UE (avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande) et une flexibilité réglementaire accrue sur les cultures génétiquement éditées, ces gains restent marginaux. Ces nouveaux débouchés ne compensent pas la perte de fluidité du marché européen, qui demeure, de loin, le principal client des agriculteurs britanniques, désormais confrontés à des coûts administratifs plus élevés.

(1) https ://yougov.com/en-gb/articles/54567-how-strong-is-uk-support-for-rejoining-the-european-union(2) Le Premier ministre britanique Keir Starmer a démissionné il y a quelques jours. L’enquête avait été réalisée et publiée avant.