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Gouvernement

Le Premier ministre s’adresse aux agriculteurs

Sébastien Lecornu s'est adressé le 15 août aux agriculteurs. Entre la loi d'urgence validée et les aides face à une sécheresse historique, le Premier ministre tente de rassurer la profession.

Par Christophe Soulard 
Le Premier ministre s’adresse aux agriculteurs
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, s'est adressé aux agriculteurs dans une lettre ouverte, le 15 août.©Service d'information du Gouvernement

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a repris la plume pour s’adresser directement aux agriculteurs français. C’est la troisième lettre ouverte envoyée à la profession depuis le début de l’année, après celles de janvier, durant la crise agricole, et de mai, lors de l’entrée de la loi d’urgence au Parlement.


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En s’appuyant sur la récente validation de la quasi-totalité de la loi d’urgence agricole par le Conseil constitutionnel, le chef du Gouvernement martèle que la « parole donnée » a été tenue. Le texte, qui sera promulgué sans délai, promet de lever les verrous sur la gestion de l’eau, de simplifier les constructions de bâtiments d’élevage et de durcir les sanctions contre les intrusions sur les exploitations, indique-t-il.

Répondre à l’urgence

Cependant, cette nouvelle communication intervient dans un climat particulièrement lourd pour le monde paysan, marqué par une sécheresse précoce et sévère qui frappe durement les cultures et les élevages. Pour répondre à l’urgence, le Premier ministre assure « qu’aucun agriculteur ne sera laissé seul ». 

Il annonce le déploiement d’enveloppes ciblées aux mains des préfets pour soutenir les trésoreries, ainsi que le déclenchement de l’Indemnité de solidarité nationale (ISN) pour compenser les pertes de récoltes. Des dégrèvements fiscaux sur la taxe foncière (TFNB) et des prises en charge de cotisations sociales sont également prévus pour les exploitations les plus fragilisées.

Sur le plan européen, Sébastien Lecornu s'engage à défendre les agriculteurs contre une « double peine ». Il refuse que des sanctions administratives liées à la Pac soient infligées à ceux dont le respect des obligations a été rendu impossible par les conditions climatiques. En somme, que du classique.

Quels moyens ?

Malgré cet étalage de mesures, l’accueil de cette lettre par la profession agricole risque d’être particulièrement frais. Si le Premier ministre vante son bilan législatif, il se projette déjà vers l’automne avec la préparation du budget 2027. Il y promet des mécanismes de soutien ambitieux, notamment un suramortissement fiscal pour les projets d’avenir agricole et des investissements massifs dans l’hydraulique pour doubler les volumes d’eau stockés d’ici 2035. Le chef du Gouvernement assure même qu’il ne « manquera pas un centime » sur les aides de la future Pac, dont les négociations sont en cours à Bruxelles. Il oublie au passage que la parole française ne porte plus aujourd’hui de manière aussi puissante à Bruxelles qu’il y a quinze ou vingt ans.

Par ailleurs, les engagements pris par Sébastien Lecornu se heurtent à une réalité institutionnelle brutale : l'actuel Gouvernement ne dispose d'aucune majorité à l'Assemblée nationale pour faire voter ces dispositions. Dans un contexte de réduction des déficits publics, les promesses de suramortissement et d’enveloppes supplémentaires apparaissent incertaines, voire précaires. Sébastien Lecornu semble d’ailleurs anticiper le bras de fer à venir en appelant les députés à prendre leurs responsabilités « loin de toutes considérations politiciennes ». 

Pour les syndicats agricoles, le contraste entre les intentions affichées et la fragilité politique de l'exécutif pourrait transformer cette lettre en un simple exercice de style, à quelques mois seulement de l'élection présidentielle. Le Premier ministre conclut en invitant les agriculteurs à le juger « sur les actes » ; reste à savoir si le Parlement lui en donnera les moyens.