Comment rapprocher l'école des besoins des fermes ?
Conduite de tracteur, recherche de maîtres de stage, promotion du salariat ou encore évolution des référentiels : les acteurs de la formation et de la profession agricole ont identifié plusieurs leviers pour renforcer l'attractivité des métiers.
Lors de la campagne de terrain pour les élections à la Chambre d’agriculture, Jeunes agriculteurs (JA) Loire avait constaté que les établissements dispensant des formations agricoles attiraient de nombreux élèves, mais que peu d’entre eux envisageaient finalement ensuite de devenir agriculteurs ou salariés agricoles. Ce constat a conduit le syndicat à lancer une enquête auprès des élèves, une première fois en juin 2025 puis en janvier 2026.
Les résultats ont été présentés jeudi 25 juin à Feurs, lors d’une réunion réunissant les représentants des établissements de formation du département et ceux des organisations agricoles impliquées dans l’installation et le salariat. Il en ressort notamment que la majorité des répondants perçoivent l’avenir économique de l’agriculture comme compliqué. La profession doit donc communiquer davantage sur les aspects positifs du métier. « Nous estimons que les responsabilités sont partagées, ce qui nécessite d’agir ensemble dès maintenant pour renforcer l’attractivité des métiers de l’agriculture », résume Valentin Perret, co-responsable installation chez JA Loire. « L’objectif de la matinée est de sortir de cette salle avec des actions concrètes à mettre en œuvre », ajoute Mathieu Vassel, le président.
Les échanges ont débouché sur plusieurs pistes de travail : proposer des mini-formations à la conduite de tracteur, mutualiser les listes de maîtres de stage, créer une journée "Demain je suis salarié agricole" ou encore rédiger un courrier commun sur les référentiels de formation.
Apprendre à conduire les tracteurs
Trouver un patron de stage ou d’apprentissage reste parfois difficile, en particulier pour les jeunes non issus du milieu agricole. Alors que la Chambre d’agriculture tient déjà un fichier de maîtres de stage et que chaque établissement de formation a le sien, il a été proposé de mettre en commun ces ressources.
Les échanges ont également porté sur les conditions d’accueil des jeunes en exploitation. « Dans une ferme déjà surchargée de travail, est-ce qu’un alternant a vraiment sa place ? interroge Mathieu Vassel. L’exploitant devrait peut-être plutôt recruter un salarié. Chaque agriculteur doit s’interroger sur le type de main-d’œuvre dont il a besoin, le niveau de diplôme recherché, mais aussi sur le temps qu’il pourra consacrer à la formation du jeune. »
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De plus, pour de nombreux apprenants, ne pas savoir conduire un tracteur constitue un frein pour décrocher un stage ou travailler dans une ferme. Des agriculteurs seraient-ils prêts à consacrer du temps à cette formation ? Quel accompagnement et quels financements pourraient être mobilisés ? Les questions sont nombreuses. Au moins un établissement devrait étudier la possibilité d’organiser des mini-formations sur sa ferme.
Orienter vers le salariat
Les discussions ont aussi mis en lumière les freins liés à l’image des métiers. Les représentants des établissements constatent que certains parents sont attentifs au temps de travail de leurs enfants. Il est donc nécessaire d’expliquer que les horaires peuvent varier en raison des aléas, notamment climatiques, mais aussi de rappeler que le métier exige de solides compétences techniques et de gestion pour faire face aux imprévus.
De plus, tous les jeunes ne sont pas faits pour être chefs d’exploitation. En revanche, certains pourraient s’épanouir comme salariés agricoles. D’où l’intérêt de mieux valoriser cette voie, à travers des témoignages en classe, une journée dédiée ou encore une journée "Demain je suis salarié agricole" qui serait une déclinaison des interventions "Demain je m’installe" dans les écoles. Après le stand commun tenu sous la bannière de l’Anefa lors du comice de Feurs 2025, les organisations agricoles pourraient poursuivre cette dynamique en organisant une journée à destination des élèves.
Enfin, les participants ont souligné que les référentiels de formation ne répondaient plus pleinement aux attentes de la profession. Les établissements disent disposer de marges de manœuvre limitées par le cadre national. Il a donc été décidé de rédiger un courrier commun afin de faire évoluer cette situation. Il sera adressé à Jeunes agriculteurs France pour être transmis au ministère de l’Agriculture.
- 270 jeunes issus de six établissements de formations agricoles ont répondu au questionnaire de JA Loire (70 % d’hommes et 30 % de femmes). La moyenne d’âge est de 21 ans. Les deux tiers ont moins de 20 ans et 5 % plus de 35 ans.
- 70 % des répondants sont issus d’une famille d’agriculteurs (parents, grands-parents, lien familial plus éloigné). Les personnes en reconversion professionnelle sont plutôt des hors cadre familial. Celles s’intéressant plutôt aux métiers de l’élevage sont d’une famille agricole.
- A l’horizon d’une année, la moitié des répondants veulent poursuivre leur formation, 18 % souhaitent entrer dans le parcours installation et 20 % se voient évoluer dans le secteur agricole et para-agricole comme salarié. Les autres pensent quitter ce secteur.
- 45 % des jeunes imaginent s’être installés dans cinq ans. 48 % veulent rester dans le milieu agricole. La plupart des autres sont incertains.
- Sur le temps long, 54 % des jeunes espèrent être installés et 38 % travailler dans le secteur agricole.
- Sur les 270 répondants, 85 % voient un avenir économique compliqué pour l’agriculture.