L’estive de Garnier fait partie intégrante de leur système d’élevage
A l’occasion de la Journée du mouton, portait d’éleveurs qui conduisent une partie de leurs brebis à l’estive Garnier, sur les hauteurs des monts du Forez. Pour eux, cet espace de pâturage est totalement intégré à leur conduite du troupeau.
Maxime Méchin : L'estive permet à de jeunes éleveurs de s'installer
Le 1er août 2024, Maxime Méchin a repris la ferme de ses parents, Éliane et Pierre-Yves, à Chalmazel, dans les monts du Forez. Le troupeau de 400 brebis de race Blanche du Massif Central (BMC), comptant également huit béliers BMC et deux Rava vasectomisés, est conduit en sélection. Chaque année, 85 agnelles sont conservées. En plus des ventes de jeunes femelles et de mâles au centre d’élevage, les agneaux sont commercialisés sous les labels rouges Agneau du pays d’Oc et Agneau de l’Adret.
Deux lots de 40 brebis sont mis en reproduction en avril, avec contrôle de paternité. Les autres brebis sont luttées mi-mai. Dans ce lot sont choisies les 200 brebis qui monteront à l’estive de Garnier de début juin et qui y resteront jusqu'à début octobre. Tous les béliers sont enlevés début juillet. Les mises-bas s’étalent donc de mi-septembre à fin novembre. Au 28 août, tout le troupeau, dont les agnelles, est remis en reproduction (sans contrôle de paternité) jusqu’à mi-octobre.
Les surfaces de 59 ha autour de la ferme, sont entièrement en herbe. 35 ha sont récoltés en foin afin de pouvoir en distribuer au moins 300 kg par brebis pour passer un hiver. Seulement 24 ha de pâture sont donc disponibles au printemps, qui démarre début avril, ce qui explique le départ en estive de la moitié du troupeau.
Le trajet de 16 km pour la montée à Garnier et la descente des brebis est effectué à pied. Les béliers sont transportés en moutonnière. Cette année encore, le troupeau de Maxime Méchin bénéficie d'un parc individuel. L’estive de Garnier permet de maintenir les brebis en état, mais peu de reprise de poids.
Une quote-part des aides à la surface attribuée à l’estive (Droits à paiement de base pour la Pac, l’ICHN et les MAEC) est reversée à l’éleveur.
Il précise : « L’estive m'a permis d’avoir la surface nécessaire pour m’installer et de disposer de surfaces pour pâturer l’été. Si je ne les avais pas, il me faudrait diminuer le nombre de brebis. Mon système de reproduction, une mise-bas par an et par brebis, est adapté à l’utilisation de l’estive. »
Stéphane Epice : Atteindre l'autonomie fourragère grâce aux surfaces pastorales
En 2013, Stéphane Epice a repris l’exploitation de ses parents sur la commune de Saint-Bonnet-le-Courreau. Le troupeau se compose de 385 brebis, moitié Rava et moitié F1 Rava x Île-de-France et de douze béliers Île-de-France. Chaque année, 40 agnelles Rava pures sont achetées et 40 F1 sont conservées. Les agneaux sont vendus en labels rouges Agneau de l’Adret et Agneau du pays d’Oc. Le système de reproduction comprend trois périodes d’agnelages : septembre, mi-novembre/décembre et février/mars.
Les surfaces agricoles de 50 ha sont réparties en deux blocs :
- 40 ha de prairies naturelles autour du siège de l’exploitation, dont 27 ha récoltés en foin ;
- 10 ha en plaine à Champdieu (à 15 km), dont 7 ha de prairies temporaires (foin ou enrubannage réalisé par la Cuma du secteur) et 3 ha de céréales autoconsommées.
Les différents types de surfaces pastorales (qualité et quantité d’herbe, altitude…) sont favorables pour le pâturage de mi-mai jusqu'en novembre. Stéphane Epice dispose, en propriété, de 19 ha de landes clôturées et disposant de points d'eau, à proximité de l’estive de Garnier. Elles peuvent accueillir 80 à 100 brebis l'été. Il bénéficie également, en collectif, d’une équivalence calculée de 20 ha sur l’estive de Garnier, soit une surface pour 100 à 120 brebis, qui disposent d'un parc individuel. L’éleveur utilise également deux parcs clôturés avec des points d'eau pour 100 brebis à la coopérative de la montagne de Courreau. Cette estive de 150 ha, créée en 1997 pour neuf éleveurs, est à seulement 2 km de la ferme. Le déplacement des brebis se fait à pied, sans emprunter la route.
Pour Stéphane Epice : « La diversité des ressources fourragères permet une bonne autonomie alimentaire, mais me demande beaucoup de temps de surveillance et de déplacements. »
Gaec La ferme des Crêts : trois estives économisent les stocks fourragers, mais exigent beaucoup de travail
Adeline Trouche s’est installée en 2021 sur la ferme de Jean-François et Martine Piot, à Neaux. Son compagnon, Charly Cheine, l'a rejointe en 2024. Le troupeau est constitué de 550 brebis, 300 brebis Rava conduites en sélection et 250 d'autres races rustiques (Marron des Aravis, Noire du Velay, Mérinos) et F1. Afin de vendre des agneaux en direct tout au long de l'année, les mises bas sont réparties sur cinq périodes de trois à quatre semaines : septembre, novembre, janvier, mars et mai. Cet étalement facilite aussi le tri des brebis vides qui iront en montagne. Pour à la fois conserver des agnelles de race pure et produire des agneaux croisés mieux conformés, une quinzaine de béliers de plusieurs races (Rava, Île-de-France, Suffolk, Charollais et Marron des Aravis) sont nécessaires.
La surface autour du siège d'exploitation est de 84 ha, dont 74 ha de prairies naturelles (20 récoltés en foin), 5 ha de prairies temporaires et 5 ha de céréales autoconsommées.
Le Gaec La ferme des Crêts a accès à trois estives :
- l’estive à Garnier : 200 brebis sont transportées en camion jusqu'à l'estive, elles y séjournent de mi-juin à fin septembre. La surface attribuée au Gaec est d’environ 40 ha. Depuis 2025, le troupeau est mélangé avec trois autres troupeaux du Rhône, sur deux parcs surveillés par le berger. Les béliers sont introduits à la montée de l’estive pendant quatre semaines, puis sur quatre semaines en août.
- estive au Col de la Colombière (74) : les 300 ha (communes du Reposoir et du Grand-Bornand) peuvent accueillir 1 350 brebis et agneaux. Les brebis du Gaec sont rassemblées avec les lots des trois mêmes élevages qu'à Garnier. Les surfaces sont gérées par un groupement pastoral ou en direct pour des communaux. Le bas de la montagne est pâturé par des bovins (60 vaches) et le reste par les ovins. Les animaux sont présents de début juin à fin septembre, ils sont gardés par un berger et un aide berger accompagnés de quatre chiens de protection (montagne des Pyrénées) et six chiens de berger (Border collie). Les surfaces sont situées de part et d'autre du col, d'un côté un chalet est accessible en 15 mn par un chemin carrossable, d'un autre un chalet l’est en 1 h de marche. Enfin, le troupeau séjourne pendant 10 jours sur une zone éloignée, où est présent un chalet d’urgence. Chaque année, un héliportage a lieu sur le chalet situé à 1 h de marche pour apporter le sel, le gaz, les croquettes, les filets et clôtures, des vivres…
Adeline et Charly se rendent dans les Alpes six fois dans l'année (3h30 de route) pour remplacer les bergers, ramener des animaux, effectuer des chantiers. Dans cet alpage la présence du loup induit chaque année des pertes parfois importantes.
- surfaces pastorales à Sainte-Foy-L'Argentière (69) : depuis 2 ans, 200 brebis pâturent pendant 90 jours sur des parcelles (essentiellement des ray-grass) d'exploitations de vaches laitières, ce qui nécessite la pose de filets. Les éleveurs effectuent donc des allers-retours deux à trois fois par semaine pour surveiller les brebis, refaire des parcs d’avance et les changer de parcs.
« Toutes ces pratiques nous permettent d’être autonome en fourrage, expliquent Adeline et Charly. Les brebis restent peu de temps en bâtiment, donc nous avons moins de foin à faire. Mais c'est très chronophage et cela nous demande une excellente organisation. »